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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2002167

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2002167

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2002167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantVERCELLONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2020, Mme A B, représentée par Me Vercellone, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision 48 SI en date du 20 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié, outre une perte de quatre point de son permis de conduire consécutivement à l'infraction au code de la route commise le 6 octobre 2018 à 15h05 à Toulouse, l'ensemble des retraits de points successivement opérés à son encontre ainsi que la perte de la totalité des points affectés à son permis de conduire et corrélativement celle de la validité du permis de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite invalidé aux services préfectoraux de son département de résidence dans le délai de dix jours francs à compter de la réception de la décision 48 SI ;

2) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré successivement deux fois quatre, deux fois un et trois points sur son permis de conduire à la suite des infractions commises les 15 octobre 2017, 6 octobre 2018, 9 juin 2019, 26 juin 2019 et 18 septembre 2019 ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de reconstituer en conséquence le capital de points de son permis de conduire et ce, dans un délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas bénéficié de l'information préalable aux retraits de points prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors du constat de chacune des infractions qui lui sont reprochées ;

- elle n'a jamais été destinataire d'un quelconque avis de contravention relatif à l'infraction du 6 octobre 2018 qui aurait donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire le 12 février 2020, étant précisé qu'elle a été uniquement destinataire d'un avis de condamnation pécuniaire qu'elle a contesté auprès de l'officier du ministère public compétent, lequel a rejeté son recours sur un motif infondé dans la mesure où elle justifie, d'une part, avoir déposé une plainte à la suite du vol de documents administratifs dont elle a été victime le 17 août 2018 et, d'autre part, avoir déménagé du 5 rue des Saules à Toulouse au 84 chemin Raynal et sollicité le 18 septembre 2018 un duplicata de sa carte grise avec changement de domicile qui ne sera édité par les services de l'Ants que le 12 novembre 2018 ;

- elle a déposé le 15 mai 2020 une requête en incident contentieux devant le tribunal de police de Toulouse sur laquelle il sera statué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en toutes ses conclusions.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu la lettre en date du 15 mars 2022 demandant aux parties de justifier de l'issue de la requête en incident contentieux que Mme B a formée le 15 mai 2020 devant le tribunal de police de Toulouse contre le rejet le 4 avril 2019 par l'officier du ministère public du CNT de sa réclamation en date du 11 mars 2019 relative à l'infraction du 6 octobre 2018.

Par un nouveau mémoire, enregistré le 15 mars 2022, Mme B transmet au tribunal le jugement du tribunal de police de Toulouse en date du 6 novembre 2020 rendu à la suite de sa requête en incident contentieux du 15 mai 2020 s'agissant de l'infraction du 6 octobre 2018.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 1er avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut :

1) à titre principal, au non-lieu partiel à statuer sur la requête de Mme B mais au maintien de ses observations présentées dans son mémoire en défense du 2 septembre 2020 concernant les décisions de retraits de points restant en litige ;

2) à titre subsidiaire, au rejet de l'ensemble des autres conclusions de la requête de l'intéressée.

Il soutient que :

- il ressort du relevé d'information intégral de la requérante que la décision 48 SI et les mentions afférentes à l'infraction commise le 6 octobre 2018 ont été supprimée de son dossier de permis de conduire et que celle-ci ne donne donc plus lieu à retrait de points ;

- le solde de points du permis de conduire étant redevenu positif et crédité actuellement de sept points, la requérante ayant par ailleurs bénéficié d'un ajout de quatre points à la suite d'un stage effectué les 25 et 26 janvier 2021 l'administration est réputée avoir retiré la décision 48 SI portant invalidation de son permis de conduire et les conclusions dirigées contre elle et contre le retrait de points consécutif à l'infraction commise le 6 octobre 2018 sont sans objet.

Vu :

- le relevé d'information intégral de Mme B ;

- l'ordonnance de référé n° 2002584 du 24 juin 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique présenté son rapport.

1. Mme B a commis les 15 octobre 2017, 6 octobre 2018, 9 juin 2019, 26 juin 2019 et 18 septembre 2019, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 20 mars 2020, modèle 48 SI, prise sur le fondement des dispositions du code de la route, le ministre de l'intérieur a notifié à Mme B le dernier retrait de points, a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'elle avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis de conduire dans un délai de dix jours francs. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de cette décision 48 SI ainsi que des décisions successives de retrait de points.

Sur les conclusions en annulation de la décision 48 SI du 20 mars 2020 et de la décision de retrait de points consécutif à l'infraction commise le 6 octobre 2018 :

2. Par mémoire enregistré le 1er avril 2022, le ministre de l'intérieur affirme qu'aucune mention relative à une décision 48 SI et à une infraction du 6 octobre 2018 ne figure sur le relevé d'information intégral de Mme B et que le solde de points de son permis de conduire est redevenu positif et est actuellement crédité de trois points. Cette affirmation est corroborée par l'examen du relevé d'information intégral de l'intéressée établi par l'administration à la date du 31 mars 2022. Elle doit, par suite, être regardée comme ayant obtenu satisfaction. Ainsi, les conclusions de la requête de Mme B aux fins d'annulation de la décision 48 SI du 20 mars 2020 et du retrait de points consécutif à l'infraction commise le 6 octobre 2018 ont perdu leur intérêt. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions en annulation :

S'agissant des infractions commises les 15 octobre 2017, 9 juin 2019 et 26 juin 2019 :

3. Pour l'infraction pour non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant commise le 15 octobre 2017 et pour les infractions pour excès de vitesse commises les 9 juin 2019 et 26 juin 2019, constatées par radar automatique, il ressort des mentions du relevé d'information intégral que la requérante s'est acquittée du paiement des amendes forfaitaires y afférentes. Cette dernière n'apporte aucun élément permettant de mettre en doute l'exactitude de ces mentions, lesquelles établissent qu'elle a nécessairement reçu le document nécessaire au paiement sur lequel figurent automatiquement les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Faute pour la contrevenante de contester cette affirmation en produisant elle-même les avis qui lui ont été remis et qui sont restés en sa possession, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, de la remise à l'intéressée de l'ensemble des informations prescrites par le code de

la route pour ces infractions. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions de retrait de quatre et deux fois un point consécutives à ces infractions sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 18 septembre 2019 :

4. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction ayant donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention qui, dans le cadre de cette procédure électronique, est adressé au domicile du contrevenant ou du titulaire du certificat d'immatriculation. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Pour ce qui concerne l'infraction commise le 18 septembre 2019, ayant entraîné le retrait de trois points de son permis de conduire, constatée par procès-verbal électronique, il ressort des mentions du relevé d'information intégral la concernant que Mme B s'est acquittée du paiement différé de l'amende forfaitaire afférente à cette infraction. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de retrait de trois points consécutive à cette infraction est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L.911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

7. Il résulte de ce qui précède aux points 2 à 5 que le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision 48 SI du 20 mars 2020 et de la décision de retrait de points consécutif à l'infraction commise le 6 octobre 2018.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La présidente,

Isabelle Carthé MazèresLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

Le greffier en chef,

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