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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2002177

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2002177

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2002177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBERTARD-CORBIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 mai 2020 et le 20 juillet 2022, Mme C A, représentée par Me Bertard-Corbieres, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 9 567,35 euros au titre des rémunérations non perçues sur la période courant d'octobre 2017 à décembre 2019 et la somme de 934,07 euros au titre des rémunérations non perçues en 2020, somme à parfaire à la date du jugement à intervenir ;

2°) d'enjoindre au ministre de la défense de la classer en groupe HCB à la date du 1er janvier 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Mme A soutient que :

- les fonctions qu'elle exerce effectivement relèvent du niveau 2 de fonctions à savoir " supply chain " : ses fonctions, dont la principale mission est la finance, ne peuvent être occupées que par un agent de niveau 2 : elle est la seule représentante du 3ème régiment de matériel de l'armée de terre sur le logiciel " HERMES " ; elle est placée directement sous les ordres d'un général alors qu'elle appartient au groupe VI ; elle décide de l'orientation des matériels ; son rapport d'expertise sert de support pour la structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT) ; elle est en charge de l'expertise de l'état extérieur du matériel mis à la vente par le service des domaines ; elle accomplit des missions relevant d'un chargé de prévention au titre des éliminations ;

- eu égard à la réalité des missions exercées, elle aurait dû être reclassée dans le groupe HCA des ouvriers de l'Etat ;

- en ne lui versant pas la rémunération correspondant à ses fonctions et refusant de la promouvoir, l'administration a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- elle subit un préjudice financier dès lors que sa rémunération devrait correspondre au groupe VII pour la période d'octobre 2017 à décembre 2018, puis sur la base de la rémunération du groupe HCA à compter du 1er janvier 2019 ;

- elle subit également un préjudice en l'absence d'avancement au titre des années 2018 et 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°2016-1995 du 30 décembre 2016 ;

- l'arrêté du 30 décembre 2016 ;

- l'instruction n°311293/DEF/SGA/DRH-MD du 3 août 2017 relative aux conditions d'avancement des ouvriers de l'Etat au ministère des armées ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ouvrière de la chaîne logistique " gestion des stocks " occupe les fonctions d'agent d'approvisionnement au sein du 3ème régiment de matériel de l'armée de terre à Montauban. Le 2 mars 2020, elle a présenté une demande indemnitaire préalable en réparation du préjudice financier qu'elle estime subir du fait du retard dans son avancement et du manque à gagner correspondant à la rémunération qu'elle devrait percevoir en lien avec les fonctions effectivement exercées. Par un courrier du 16 mars 2020, sa demande a été rejetée. Par sa requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnisation en réparation de ces préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret susvisé du 30 décembre 2016 relatif à la rémunération des personnels à statut ouvrier relevant du ministère de la défense : " I. - Les salaires versés aux techniciens à statut ouvrier, aux ouvriers de l'Etat et au chef d'équipe sont calculés, pour chaque catégorie professionnelle, selon un barème horaire fixé par groupe de rémunération et par échelon, auquel est appliqué un forfait horaire mensuel prévu par arrêté conjoint du ministre de la défense et des ministres chargés du budget et de la fonction publique. " et aux termes de l'article 1er de l'arrêté susvisé du 30 décembre 2016 portant application du décret n°2016-1995 du 30 décembre 2016 relatif à la rémunération des personnels à statut ouvrier relevant du ministère de la Défense, les ouvriers d'Etat relevant du groupe VI bénéficient d'un salaire horaire allant de 11,6028 euros au 1er échelon à 14,3876 au 9ème échelon ainsi que d'une valeur de l'échelon à 0,3481 euros, ceux du groupe VII bénéficient d'un salaire horaire allant de 12,7928 euros au 1er échelon à 15,8632 euros au 9ème échelon ainsi que d'une valeur de l'échelon à 0,3838 euros, tandis que ceux relevant du groupe HCA bénéficient d'un salaire horaire allant de 14,5035 euros au 1er échelon à 17,9843 euros au 9ème échelon ainsi que d'une valeur de l'échelon à 0,4351 euros.

3. La requérante soutient que les missions qu'elle exerce effectivement correspondent à des missions relevant d'un niveau de " supply chain " et du groupe HCA. Toutefois selon sa fiche de poste, le poste d'agent d'approvisionnement constitue un poste de niveau 3. Ensuite il résulte de l'instruction n°35/DEF/SGA relative à l'emploi, au rôle et à la place du personnel civil au sein des organismes de défense du 13 janvier 1999 que la nomenclature des professions ouvrières décrit sous forme de fiches professionnelles le contenu des emplois et des fonctions qui doivent être confiées aux ouvriers des différentes catégories. A cet égard, d'une part, les fonctions d'agent d'approvisionnement exercées par la requérante correspondent au groupe VI du grade d'ouvrier d'État et, d'autre part, ni la circonstance que toutes les missions qu'elle accomplit ne sont pas listées dans sa fiche de poste ni celle tenant à ce que le poste était occupée précédemment par une agente relevant de la branche professionnelle " supply chain " ne sont de nature à établir qu'elle exerce des missions telles que son poste aurait dû être reclassé dans le groupe VII. Au surplus, si Mme A se prévaut de la comptabilisation des sommes provenant de la vente des matériels réformés et de l'utilisation du logiciel financier HERMES, de décisions quant à l'orientation des matériels et des modalités particulières de gestion de certains matériels pollués, il résulte de sa fiche de poste que ses missions comportent la mise en œuvre des procédures d'élimination, la surveillance de l'application des règles et normes de stockage et la maîtrise d'outils informatiques dont le logiciel HERMES. De même les pièces produites par Mme A, notamment la liste d'enlèvement de véhicules et les courriels dans lesquels elle représente son établissement concernant les ventes domaniales et le démantèlement de matériels n'établissent pas qu'elle exerce des missions telles que sa fonction aurait dû être classée dans le groupe VII et qu'elle devrait bénéficier de la rémunération correspondante. Par suite, en ne lui versant pas une rémunération correspondant au groupe VII, l'État n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.

4. En second lieu, aux termes de l'instruction susvisée n°311293/DEF/SGA/DRH-MD du 3 août 2017 les avancements de groupe peuvent être prononcés à l'essai professionnel, à la formation qualifiante, au choix ou à l'ancienneté.

5. Mme A soutient qu'en ne lui accordant pas d'avancement au titre des années 2018 et 2019, l'État a commis une faute. Il résulte toutefois de l'instruction tout d'abord que Mme A a été reclassée, en 2016, au sein de la profession " ouvriers de la chaine logistique " et dans la spécialité " gestion des stocks " accessible au groupe VI. A la date du reclassement, relevant du groupe VI, elle ne pouvait dès lors être reclassée dans la spécialité " supply chain " dont l'entrée de grille débute au groupe VII. Ensuite il résulte de l'instruction, d'une part, qu'en 2018 aucun droit à l'avancement au groupe VII n'a été attribué au 3ème régiment de matériel de l'armée de terre et, d'autre part, que Mme A a refusé en 2017 de suivre la formation qualifiante " FS2 gestion des matériels et des approvisionnements " qui lui aurait permis, en cas de réussite, d'accéder au groupe VII. Et l'arrêté du 13 septembre 2019 fixant les taux d'avancement de groupe applicables aux personnels à statut ouvrier du ministère des armées au titre des années 2019 à 2021 a fixé ce taux pour l'accès au groupe VII pour la période 2019-2021 à 15% en 2019 et à 14% de 2020 à 2021. Par ailleurs Mme A a été inscrite, en suite de son essai professionnel du 14 décembre 2020, sur la liste d'attente pour exercer la profession d'ouvrier de la chaine logistique " gestion des stocks " groupe VII. A cet égard, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ne profiterait pas des prévisions de l'instruction n°311293/ARM/SGA/DRH-MD du 3 août 2017 selon laquelle les agents inscrits sur une liste d'attente conservent le bénéfice de leur essai pendant une durée de 3 ans et bénéficient à ce titre d'une priorité sur un autre candidat qui se présenterait à un essai dans la profession considérée. Enfin si Mme A se prévaut de ce que l'agente occupant précédemment ces mêmes fonctions a été promue au groupe VII, cette circonstance à la supposer établie ne lui confère pas un droit à l'avancement. Par suite, l'Etat n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité en n'accordant pas à Mme A les avancements en cause.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute, Mme A n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité. Ses conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées par voie de conséquence.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

Sur les dépens :

8. La présente instance n'a entraîné aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions Mme A relatives à la charge des dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carthé Mazères, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

I. CARTHÉ MAZÈRES La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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