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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2002522

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2002522

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2002522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantVERCELLONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2020, M. B A, représenté par la Selarl Vercellone Avocats, aux écritures de Me Vercellone, demande au tribunal :

1) d'annuler, d'une part, la décision 48 SI en date du 12 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié, outre une perte d'un point de son permis de conduire consécutivement à l'infraction au code de la route commise le 26 octobre 2018 à 21h03 à Verdun, l'ensemble des retraits de points successivement opérés à son encontre ainsi que la perte de la totalité des points affectés à son permis de conduire et corrélativement celle de la validité du permis de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite invalidé aux services préfectoraux de son département de résidence dans le délai de dix jours francs à compter de la réception de la décision 48 SI, d'autre part, les décisions successives de retrait de trois et un point consécutivement aux infractions commises les 22 juillet 2017 et 26 octobre 2018, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 5 mars 2020 ;

2) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconnaître le bénéfice des points illégalement retirés consécutivement aux infractions commises les 22 juillet 2017 et 26 octobre 2018 dans un délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas l'auteur des infractions commises le 22 juillet 2017 et le 26 octobre 2018 et n'a pas été destinataire d'un quelconque avis de contravention relatif à ces infractions, ni par conséquent de l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 et L. 225-1 à L. 225-9 du code de la route ;

- ne s'étant jamais acquitté des amendes forfaitaires, la réalité de ces deux infractions qui ont donné lieu à des amendes forfaitaires majorées n'est nullement établie ;

- n'ayant commis aucune infraction sanctionnée par un retrait de points entre le 26 février 2019 et le 26 août 2019, il doit récupérer un point sur son permis de conduire à compter du 26 août 2019 en application de l'article L. 223-6 du code de la route ;

- les décisions successives de retrait de points ne lui ont jamais été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu la lettre en date du 11 mars 2022 informant les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI en tant qu'elle notifie à M. A le retrait d'un point à la suite de l'infraction commise le 24 mars 2016, alors que ce point lui a été restitué.

Vu :

- le relevé d'information intégral de M. A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande l'annulation de la décision 48 SI en date du 12 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé à l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que des décisions successives de retrait de points consécutives aux infractions commises les 22 juillet 2017 et 26 octobre 2018, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 5 mars 2020.

Sur l'étendue des conclusions en annulation :

2. Pour l'infraction commise le 24 mars 2016, ayant entraîné le retrait d'un point du permis de conduire de M. A, il ressort du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. A que le point retiré lui a été restitué le 2 mai 2017 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI en tant qu'elle notifie à M. A la perte de ce point sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

Sur le surplus des conclusions en annulation :

En ce qui concerne la procédure de notification des retraits de points :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " () Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. () ".

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Dès lors, M. A ne saurait utilement se prévaloir de ce que les retraits de points successifs ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

5. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affectés au permis de conduire est réduit de plein droit, lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire ou par une condamnation définitive ou par l'émission du titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, la réalité de l'infraction donnant lieu au retrait des points et en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, lorsque l'intéressé est avisé qu'une infraction passible d'un retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé de la perte des points qu'il est susceptible d'encourir, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

6. Pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, il est prescrit depuis l'intervention de l'arrêté du 5 octobre 1999 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, dont les dispositions pertinentes sont codifiées aux articles A. 37 à A. 37-4 du même code, que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est relevée avec interception du véhicule mais sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ce dernier utilise un formulaire réunissant, en une même liasse autocopiante, le procès-verbal conservé par le service verbalisateur, une carte de paiement matériellement indispensable pour procéder au règlement de l'amende et l'avis de contravention, également remis au contrevenant pour servir de justificatif du paiement ultérieur, qui comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un formulaire conforme à ce modèle et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

S'agissant des infractions commises les 28 septembre 2016 à 15h34 et 15h44 et 22 juillet 2017 :

7. Il résulte de l'instruction que les infractions commises les 28 septembre 2016 à 15h34 et 15h44 et 22 juillet 2017, constatées avec interception du véhicule, ont donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique mentionnant, d'une part, le déroulé de l'interpellation, la nature de l'infraction et les dispositions du code de la route la réprimant, et d'autre part, le fait que cette infraction entraînait un retrait de points. M. A a apposé sa signature sous la mention, au demeurant parfaitement lisible : " Signature de M. A B, qui reconnaît avoir été informé, avant paiement, des dispositions suivantes : () ", laquelle mention est suivie d'une information relative au retrait de points conforme aux exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information s'agissant des infractions commises les 28 septembre 2016 à 15h34 et 15h44 et 22 juillet 2017 manque en fait et ne peut dès lors qu'être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 26 octobre 2018 :

8. Concernant l'infraction pour excès de vitesse inférieur à 20 km/h commise le 26 octobre 2016, constatée par radar automatique, il ressort des mentions du relevé d'information intégral le concernant que cette infraction a donné lieu à l'émission, le 26 février 2019, d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire au tarif majoré. Il résulte par ailleurs de l'attestation de paiement établie le 17 septembre 2020 par le trésorier du contrôle automatisé, produite par le ministre de l'intérieur, que M. A a procédé, le 12 décembre 2019 et le 8 janvier 2020, au règlement de cette amende forfaitaire majorée dont il était redevable à raison du non-paiement de l'amende forfaitaire encourue à raison de cette infraction. Ainsi, il a nécessairement été destinataire d'un avis d'amende forfaitaire majorée, sur la base duquel il s'est acquitté de cette amende. Par suite, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information à l'égard de M. A qui, en ne produisant pas l'avis d'amende forfaitaire majorée émis à la suite de l'infraction relevée à son encontre le 26 octobre 2018, ne démontre pas avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Le moyen tiré du défaut d'information à la suite de cette infraction doit donc être écarté.

En ce qui concerne la réalité des infractions commises le 22 juillet 2017 et le 26 octobre 2018 :

9. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

10. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

11. Le ministre a versé au dossier le relevé d'information intégral relatif à la situation de M. A édité le 12 avril 2021, extrait du système national du permis de conduire. Eu égard aux mentions de ce document qui ne saurait être écarté des débats comme dépourvu de valeur probante et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à remettre en cause leur exactitude, il est établi que des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée ont été émis à son encontre respectivement le 18 octobre 2017 et le 26 février 2019 à la suite des manquements au code de la route commis le 22 juillet 2017 et le 26 octobre 2018. Le requérant ne démontre pas en effet qu'il aurait formé, en application de l'article 530 précité du code de procédure pénale, une réclamation motivée ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions commises le 22 juillet 2017 et le 26 octobre 2018. Il suit de là que la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route, sans que le requérant puisse utilement arguer de ce que la charge de la preuve incombe à l'administration.

En ce qui concerne la réattribution automatique de points :

12. Le requérant soutient avoir perdu un point à l'occasion de l'infraction commise le 26 octobre 2018, ne pas avoir commis d'infraction pendant plus de six mois, et fait ainsi valoir qu'il aurait dû bénéficier d'une restitution d'un point à la date du 26 février 2019, six mois après la notification du retrait de point précité. Or, le permis de conduire de M. A ayant perdu sa validité à la date à laquelle il a présenté, à l'occasion de son recours gracieux du 5 mars 2020, sa demande tendant à la restitution d'un point, cette circonstance fait ainsi obstacle à ce que M. A bénéficie des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. Il appartenait, le cas échéant, au requérant, par la prise de connaissance de son relevé d'information intégral réalisable selon la procédure présentée à l'article R. 225-6 précité du code de la route, de solliciter l'administration aux fins d'obtenir la restitution dont il estimait être injustement privé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à contester l'exactitude du solde de points affectés à son permis de conduire établi à la date de sa requête, laquelle ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution.".

14. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à payer à M. A la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La présidente,

Isabelle Carthé Mazères La greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

Le greffier en chef,

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