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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2003095

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2003095

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2003095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2020, M. A B, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 10 juin 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle s'agissant en particulier de son état de vulnérabilité ;

- l'OFII s'est considéré, à tort, en situation de compétence liée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'un motif légitime l'ayant conduit à formuler sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 novembre 2020.

Par ordonnance du 3 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 31 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant djiboutien, a demandé l'asile en France le 10 juin 2020 auprès du guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de Toulouse. Par une décision du 10 juin 2020, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande d'asile avait été présentée, sans motif légitime, plus de 90 jours après son entrée en France. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse en date du 6 novembre 2020, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, la demande du requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle l'administration refuse au demandeur l'attribution des conditions matérielles d'accueil a le caractère d'une décision refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit comporter les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

4. La décision attaquée, qui vise les articles L. 744-8, 2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. B se voit refuser les conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande d'asile a été présentée, sans motif légitime, plus de 90 jours après son entrée en France, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ".

6. M. B ne peut utilement faire valoir qu'il a été privé du bénéfice de la procédure contradictoire prévue par l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il résulte des termes mêmes de ces dispositions qu'elles ne s'appliquent pas au refus des conditions matérielles d'accueil décidé sur le fondement du 2° de l'article L. 744-8 de ce code mais seulement au retrait de ces conditions matérielles en application du 1°du même article. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII, qui a évalué la vulnérabilité du requérant à l'occasion d'un entretien réalisé lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas davantage des termes de la décision attaquée que l'OFII se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () / 2° Refusé si le demandeur () n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. ". Aux termes de l'article L. 723-2, alors en vigueur : " () III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

10. M. B est entré sur le territoire français le 13 septembre 2019 et n'a présenté sa demande d'asile que le 10 juin 2020, soit postérieurement au délai de 90 jours prévu au 3° du III de l'article L. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Si le requérant soutient qu'il n'a pas été en mesure de présenter sa demande d'asile dans le délai prévu par la loi en raison de son état de santé, la production de documents médicaux des ordonnances datées des 17 septembre 2019 et 9 janvier 2020 prescrivant divers examens médicaux, un compte rendu d'échographie de la prostate daté du 4 octobre 2019, un certificat médical du 15 octobre 2019, et la programmation d'une hospitalisation pour le 17 janvier 2020 ne permettent pas d'établir l'existence d'un motif légitime justifiant le dépôt de sa demande d'asile plus de neuf mois après son entrée en France. Dès lors, l'OFII n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 744-8, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour le motif précité.

11. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 janvier 2020 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. B.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Laspalles et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Leymarie, conseiller,

Mme Rousseau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

M. C

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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