mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2003198 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LAGORCE & ASSOCIES - L&MC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juillet 2020, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés le 15 février 2021, le 3 février 2023 et le 9 février 2023 qui n'ont pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Feres-Massol, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mars 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Montauban a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire de deuxième catégorie portant exclusion temporaire de fonction de 5 jours ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Montauban de procéder à la reconstitution de sa carrière dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, avec rappel de salaire pour les mois d'avril et mai 2020 ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Montauban à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montauban la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'aucun grief précis ni aucun nom n'y est précisé ;
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle a reçu l'avis motivé du conseil de discipline, le 5 juin 2020, soit à une date postérieure au prononcé de la sanction retenue à son encontre ;
- le second grief qui lui est reproché dans la décision attaquée ne mentionne aucune période permettant de vérifier l'exactitude des éléments mentionnés et, que, dans les écritures du centre hospitalier de Montauban, sont cités des griefs qui n'ont pas été débattus devant le conseil de discipline et qui ne sont ni datés ni circonstanciés, tel qu'un recadrage qui aurait été opéré en 2017 ;
- la décision attaquée présente un caractère disproportionné au regard des motifs indiqués dans la décision attaquée, des appréciations portées à son dossier et du choc émotionnel et traumatique qu'elle a subi le 11 novembre 2019 relevé par la médecine du travail ;
- elle est fondée à demander à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier de Montauban de procéder à la reconstitution de sa carrière dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, avec rappel de salaire pour les mois d'avril et mai 2020 ;
- la disproportion de la décision attaquée a eu des conséquences sur sa carrière puisqu'elle a dû changer de service et qu'elle lui a porté préjudice dès lors que son exclusion s'est déroulée sans aucune continuité sur les mois de mars et d'avril 2020 ;
- le préjudice moral subi doit être réparé à hauteur de 1 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2021, le centre hospitalier de Montauban, représenté par Me Lagorce-Billiaud, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la décision attaquée est suffisamment motivée dès lors qu'elle mentionne les griefs reprochés et qu'elle vise le rapport du conseil de discipline, porté à la connaissance de Mme A, précisant avec exactitude les faits qui lui sont reprochés ;
- en application de l'article 11 du décret du 7 novembre 1989, seul l'avis du conseil de discipline doit être transmis à l'agent concerné et non le procès-verbal ;
- l'avis du conseil de discipline a été communiqué à Mme A, à l'oral, dès le 24 février 2020, jour de la séance du conseil de discipline, et, à l'écrit, dès lors que le sens de cet avis est précisé dans la décision attaquée ;
- la sanction retenue à l'encontre de Mme A est proportionnée au regard des faits établis.
La clôture de l'instruction a été fixée au 17 février 2021 par une ordonnance du 14 janvier précédent.
Par lettre du 31 janvier 2023, en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, Mme A a été invitée à régulariser sa requête en adressant au tribunal copie de la décision prise sur sa demande indemnitaire préalable ou la pièce justifiant de la date du dépôt de cette demande.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°89-822 du7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêté du 8 janvier 2018 relatif aux commissions consultatives paritaires compétentes à l'égard des agents contractuels de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda,
- les conclusions de M. Daguerre de Hureaux, rapporteur public,
- et les observations de Me Feres-Masol, représentant Mme A Née C, ainsi que celles de Me Lagorce-Billiaud, représentant le centre hospitalier de Montauban.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été recrutée le 16 août 2013 par le centre hospitalier de Montauban (Tarn-et-Garonne) en qualité d'aide-soignante. Par décision du 5 mars 2020, le directeur du centre hospitalier de Montauban a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire de deuxième catégorie portant exclusion temporaire de fonction de 5 jours. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre au centre hospitalier de Montauban de procéder à la reconstitution de sa carrière avec rappel de salaire pour les mois d'avril et mai 2020. Elle demande également au tribunal de condamner le centre hospitalier de Montauban à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". De plus, l'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions que pour satisfaire à l'exigence de motivation des décisions administratives, l'administration doit indiquer, soit dans la décision elle-même, soit par référence à un document joint ou précédemment adressé au destinataire, les considérations de droit et de fait qui la fondent.
3. Mme A soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors qu'aucun grief précis ni aucun nom n'y est précisé. Toutefois, la décision attaquée mentionne les textes qui la fonde et précise qu'il est reproché à Mme A une altercation, des menaces verbales et physiques envers une collègue le 11 novembre 2019, des brimades, des insultes, un ton autoritaire répétés envers plusieurs collègues dont la même collègue que le 11 novembre 2019 et pouvant être assimilés à du harcèlement moral, un comportement inadapté envers des patients, des cris et un ton inadéquat le 11 novembre 2019. En outre, la décision attaquée, vise le rapport du 5 février 2020 rédigé en vue du conseil de discipline du 24 février 2020, qui a été porté à la connaissance de Mme A par convocation du 6 février 2020, qui détaillait les faits reprochés à la requérante et mentionnait le nom des personnes impliquées. Dans ces conditions, la décision attaquée ainsi que le rapport disciplinaire qu'elle vise comportaient des considérations de droit et de fait suffisantes pour permettre à Mme A de connaître de manière claire et précise les faits qui lui sont reprochés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière dispose que : " L'avis émis par le conseil de discipline est communiqué sans délai au fonctionnaire intéressé ainsi qu'à l'autorité qui exerce le pouvoir disciplinaire. () ". S'il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire de communiquer à l'agent hospitalier poursuivi l'avis émis par le conseil de discipline, les dispositions précitées n'imposent pas que la communication à l'agent de cet avis intervienne, à peine d'illégalité de la décision de sanction, avant que cette décision ne soit prise. Dès lors, contrairement à ce qu'elle soutient, le défaut de communication à Mme A de l'avis du conseil de discipline préalablement à l'intervention de la décision lui infligeant une sanction n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit donc être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 39 du décret susvisé du 6 février 1991 : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents non contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une période déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement ".
6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
7. A supposer que Mme A conteste la matérialité de l'ensemble des faits reprochés, il ressort des pièces du dossier et notamment des évaluations professionnelles des années 2015 à 2019 que, même si avec le temps elle parvient à progresser en la matière, Mme A a déjà éprouvé des difficultés dans ses relations avec ses collègues et des problèmes de maîtrise de soi avec les patients. Ses problèmes relationnels ont créé des difficultés d'intégration au sein de l'équipe ainsi que des problèmes de gestion de la pression face à la charge de soins, qui avaient conduit à s'interroger en 2016 à un changement de service. Il ressort également du rapport du conseil de discipline que l'infirmière diplômée d'Etat travaillant de nuit avec Mme A fait état, dans ses propres entretiens d'évaluation pour les années 2018 et 2019, de la persistance des difficultés de communication rencontrées avec la requérante, de l'énervement de celle-ci avec les patients et des difficultés relationnelles qu'elle peut rencontrer avec les autres aides-soignantes. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'une altercation avec sa collègue aide-soignante avec des haussements de voix et des bousculades s'est déroulée dans la nuit du 11 novembre 2019 démontrant, au moins en ce qui concerne Mme A, un comportement non professionnel, agressif et déplacé. La circonstance qu'elle aurait été contrainte à suivre des soins et à être en congé de maladie à la suite de cette altercation est sans effet sur la réalité de celle-ci. Dans ces conditions, l'altercation pendant les heures du service devant les patients avec une de ses collègues avec haussements de voix et bousculades ainsi que le caractère répété des difficultés relationnelles rencontrées par la requérante avec ses collègues et les patients sont établis par les pièces du dossier et sont constitutifs de fautes. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que l'altercation du 11 novembre 2019 constituerait pour elle un choc émotionnel et traumatique n'est pas de nature à minorer la gravité des faits qui lui sont reprochés. Il en est de même des appréciations portées à son dossier ainsi que de la circonstance que l'autre agente impliquée dans l'altercation n'aurait pas été sanctionnée, le cas échéant. Par suite, eu égard à la nature des faits reprochés et à leur gravité, l'autorité disciplinaire n'a pas, en l'espèce, pris une sanction disproportionnée en décidant de prononcer une exclusion temporaire des fonctions d'une durée de 5 jours à l'encontre de Mme A.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 5 mars 2020, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
10. La sanction contestée n'étant entachée d'aucune illégalité fautive, Mme A n'est pas fondée à demander à ce que le centre hospitalier de Montauban soit condamné à lui verser une somme en réparation du préjudice moral qu'elle allègue. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Montauban, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A en application de cet article. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier de Montauban présentée sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Montauban au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Montauban.
Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
La rapporteure,
V. JORDALe président,
D. KATZLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026