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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2003785

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2003785

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2003785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBILLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2020, Mme C H G, représentée par Me Billa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juin 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement de sa carte de résident ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui octroyer une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent faute de délégation de signature ;

- cette décision de refus de séjour procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle se bornait à solliciter le renouvellement de sa carte de résident, qui est de droit ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2020, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme G sont infondés.

Par ordonnance du 15 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 31 décembre 2021.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 20 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, président, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, ressortissante turque, née le 23 janvier 1971, est entrée en France en 1976 et y a vécu jusqu'en 2017, pourvue d'une carte de résident valable jusqu'au 20 mai 2017. Elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 4 mai 2017, demande qui a été classée sans suite par le préfet de la Haute-Garonne. Après un séjour en Turquie, la requérante a, le 18 juin 2019, de nouveau sollicité l'octroi d'une carte de résident. Par une décision du 29 juin 2020, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme Catherine Galinié, directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté en litige, a reçu délégation, par arrêté du 2 avril 2020 du préfet de

la Haute-Garonne publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer les décisions de refus de titre de séjour. Contrairement à ce que soutient la requérante, cette délégation n'est ni générale ni permanente. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, en application de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de résident est valable dix ans. Sous réserve des dispositions des articles L. 314-5 et L. 314-7, elle est renouvelable de plein droit ".

4. D'autre part, en application du deuxième alinéa de l'article L. 114-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite d'acceptation ne court qu'à compter de la date de réception de la demande par l'administration compétente. Si cette administration informe l'auteur de la demande qu'il n'a pas fourni l'ensemble des informations ou pièces exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur, le délai ne court qu'à compter de la réception de ces informations ou pièces ". En vertu de l'article L. 114-5 de ce code : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / () / Le délai () au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises. (.) ". Par ailleurs, en vertu de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". L'article R. 311-12-1 de ce code disposait alors : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, si Mme G a demandé le renouvellement de sa précédente carte de résident le 4 mai 2017, le préfet de la Haute-Garonne lui a réclamé, le 23 novembre 2017, diverses pièces en vue de compléter son dossier et lui a imparti un délai de quinze jours pour les produire. Il en résulte qu'en vertu des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, le délai de naissance d'une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de la requérante a commencé à courir à compter du 4 décembre 2017, faute pour Mme G d'avoir produit ces pièces à cette date. Sa demande de renouvellement de la carte de résident a donc été rejetée implicitement le 4 avril 2018 en vertu des dispositions de l'article R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de telle sorte que la demande formulée par la requérante le 18 juin 2019 ne peut être regardée que comme une première demande de carte de résident et non comme une demande de renouvellement. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient le renouvellement de plein droit de la carte de résident doit donc être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. S'il ressort des pièces du dossier que Mme G, entrée en France à l'âge de cinq ans, y a résidé pendant la plus grande partie de son enfance et de sa vie adulte, qu'elle s'y est mariée et que ses enfants y sont nés, il ressort également des pièces du dossier que la requérante a d'elle-même quitté la France avec son époux, soit totalement, soit, à tout le moins, au cours de longues périodes, entre 2015 et 2018, Mme G n'apportant aux débats aucune pièce susceptible d'établir une présence durable en France pendant cette période, tandis que sa fille cadette A était scolarisée à cette période à Istanbul et qu'elle-même a déclaré résider en Turquie dans la demande de visa de court séjour qu'elle a formulée auprès du consulat général de France à Istanbul en vue de revenir en France. Par ailleurs, si la requérante dit s'être séparée de son époux, elle ne l'établit pas, sa demande de visa mentionnant au contraire qu'elle est mariée. Dans ces conditions, si Mme G conserve indubitablement des liens avec la France en la personne, notamment, de ses enfants désormais adultes, elle doit être regardée comme ayant installé le centre de ses intérêts matériels et moraux en Turquie à compter de 2015. Elle n'est par suite pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui refusant le séjour.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2020 lui refusant l'octroi d'une carte de résident. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

10. Le présent jugement, dès lors qu'il rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme G n'implique la prescription d'aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à cette fin par la requérante doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais relatifs au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Billa la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C H G et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

Mme Namer, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

Le président, rapporteur

P. GRIMAUD

L'assesseur le plus ancien,

M. DLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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