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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2003915

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2003915

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2003915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL KRIMI-LHEUREUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2020, M. A E, représenté par Me Krimi-Chabab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2020 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de lui attribuer un titre de séjour dès la notification du jugement à intervenir sous astreinte, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de fait quant à sa date d'entrée en France ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de fait car il conteste à tort la communauté de vie qu'il entretient avec son épouse ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit faute d'examen de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit faute pour le préfet de lui avoir appliqué les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions ;

- l'arrêté viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2020, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Par un jugement n° 2003915 du 22 juillet 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 20 juillet 2020 et a renvoyé l'examen du surplus de ses conclusions à une formation de jugement collégiale.

Par ordonnance du 8 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 7 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, président, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain né le 18 janvier 1987 et entré en France, selon ses déclarations, au cours de l'année 2014, a épousé une ressortissante française, Mme D, le 25 octobre 2018. Le 30 septembre 2019, M. E a demandé au préfet de Tarn-et-Garonne l'octroi d'un titre de séjour sur le fondement du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juillet 2020, le préfet de Tarn-et-Garonne a rejeté cette demande et obligé M. E à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par un jugement n° 2003915 du 22 juillet 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 20 juillet 2020 et a renvoyé l'examen du surplus de ses conclusions à une formation de jugement collégiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 de ce code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision par laquelle le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé à M. E un titre de séjour vise les textes applicables à sa demande et fait état d'éléments de fait propres à sa situation justifiant, selon l'administration, le rejet de sa demande de titre de séjour. Cette décision énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si l'arrêté attaqué mentionne des dates d'entrée en France du requérant contradictoires et est ainsi entaché d'au moins une erreur de fait, il résulte de l'instruction que le préfet de Tarn-et-Garonne aurait en tout état de cause pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur dès lors qu'il a examiné la situation de l'intéressé au regard de la date d'entrée en France la plus ancienne invoquée par M. E. Dès lors cette erreur est sans incidence sur sa légalité.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors en vigueur : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle () sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 313-11 de ce code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2-1 du même code : " La demande d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois donne lieu à la délivrance par les autorités diplomatiques et consulaires d'un récépissé indiquant la date du dépôt de la demande. / Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour. La durée de validité de ce visa ne peut être supérieure à un an. / Dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat, ce visa confère à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 313-20 et L. 313-21. / Le visa de long séjour ne peut être refusé à un conjoint de Français qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de Français qui remplit les conditions prévues au présent article. / Les autorités diplomatiques et consulaires sont tenues de statuer sur les demandes de visa de long séjour formées par les conjoints de Français et les étudiants dans les meilleurs délais ".

6. Si l'arrêté attaqué se fonde sur un motif tiré de ce qu' " aucune preuve d'une communauté de vie n'est communiquée par M. E hormis de simples déclarations ", aucun élément de fait précis ou pièce n'est apportée au débat par le préfet de Tarn-et-Garonne pour attester d'une éventuelle cessation de la communauté de vie entre M. E et son épouse. Par ailleurs, le requérant produit diverses pièces administratives et attestations établissant une domiciliation commune avec son épouse et une communauté de vie depuis l'intervention de leur mariage, pièces qui ne sont nullement contestées par le préfet de Tarn-et-Garonne. M. E est donc fondé à soutenir que la décision attaquée est sur ce point entachée d'une erreur de fait. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet de Tarn-et-Garonne, qui s'est également fondé, pour refuser le séjour à M. E, sur l'absence de présentation d'un visa de long séjour par le requérant, aurait pris la même décision en se fondant sur cet autre motif de refus, qui était de nature à justifier le refus de titre de séjour opposé à M. E. Il s'ensuit que l'erreur de fait entachant l'arrêté est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Tarn-et-Garonne a examiné la situation particulière du requérant avant de lui refuser le séjour. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit dès lors être écarté.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E a demandé l'octroi d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit à ne pas avoir examiné sa demande sur ce fondement et de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions doivent être écartés.

9. En dernier lieu, M. E fait valoir qu'étant entré en France en 2014, il a fait la connaissance de Mme D en 2018, l'a épousée le 25 octobre 2018 et mène une vie privée et familiale continue avec elle depuis cette date. La continuité de la présence en France du requérant entre 2014 et 2020 ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, ni l'existence d'une intégration socioprofessionnelle le concernant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie avec son épouse ne datait que de deux ans environ à la date de l'arrêté contesté et que le couple n'a pas d'enfant. Enfin, il résulte des dispositions de l'article L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reproduites ci-dessus que le visa demandé par le conjoint de ressortissant français est accordé de droit, de telle sorte que les difficultés et le délai d'obtention de cette pièce par le requérant devraient être limités. Dès lors, et compte tenu par ailleurs qu'il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'intéressé serait privé d'attaches familiales au Maroc, le préfet de Tarn-et-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision litigieuse a été prise. Dans ces conditions, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision du 20 juillet 2020 lui refusant le séjour ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. E, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. E ou à son conseil la somme réclamée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

Mme Namer, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le président, rapporteur,

P. GRIMAUD

L'assesseur le plus ancien,

M. CLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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