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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2004027

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2004027

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2004027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 4
Avocat requérantFAIVRE-VILOTTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 août 2020 et 13 septembre 2021, M. D C, représenté par Me Faivre-Vilotte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2019 par laquelle la ministre des armées lui a infligé une sanction du premier groupe de quarante jours d'arrêts avec dispense d'exécution, ensemble la décision du 17 avril 2020 rejetant son recours administratif ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un vice de forme dès lors que le signataire est identifié en qualité de " major général de la gendarmerie générale ", entité qui n'existe pas ;

- elles sont insuffisamment motivées, en l'absence de précisions sur la nature des fautes qui auraient été commises et des défaillances dont il serait responsable ;

- la sanction a été prononcée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions des articles L. 4137-1 et R. 4137-15 du code de la défense ; le rapport d'enquête de commandement qui lui a été communiqué le 22 février 2019 ne contenait en annexe qu'une partie des comptes rendus d'audition des personnes ayant été entendues dans le cadre de la procédure disciplinaire ; la sanction a été infligée pour des faits établis par des comptes rendus dont il n'a pas pu prendre connaissance ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de fait ; il n'a commis aucune faute dès lors que les propos adressés au brigadier A concernant son physique avaient pour seul objectif de le motiver afin qu'il effectue correctement son entraînement sportif ; il n'a jamais proféré d'insultes ou de propos outrageants envers ses subordonnés ; en dépit de la dureté des propos qu'il a pu tenir, il n'a pas excédé son pouvoir hiérarchique compte tenu du contexte particulier dans lesquels ils ont été tenus et au vu des exigences d'une unité comme le PSIG ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation ; il n'a aucun antécédent disciplinaire en vingt-trois ans de carrière dans la gendarmerie ; il a démontré ses grandes qualités humaines et professionnelles au cours d'un parcours professionnel exemplaire ;

- il a fait l'objet de deux sanctions déguisées révélées par la perte de son poste de commandement du PSIG SABRE d'Albi et par sa mutation en tant qu'adjoint au commandement du PSIG de Pamiers, qui implique une perte d'attribution ; par ailleurs, le retrait d'un point sur sa notation au titre de l'année 2019 constitue une sanction professionnelle au sens de l'article R. 4137-115 du code de la défense ;

- il ne conteste pas le principe de la sanction infligée mais son quantum ; la sanction du premier groupe qui lui a été infligée est la plus sévère des sanctions prévues à l'article R. 4131-25 du code de la défense ; cette sanction restera dans son dossier jusqu'à son admission à la retraite puisqu'en application de l'article R. 4137-23-1 du même code, il ne pourra pas en demander l'effacement avant la onzième année suivant celle au cours de laquelle elle a été prononcée ; une sanction inférieure ou égale à trente jours d'arrêt aurait été plus adaptée aux fautes commises ;

- il ne doit pas être sanctionné pour des faits qu'il n'a pas commis et dont il n'avait pas connaissance ; les faits de violence invoqués ont été commis par le maréchal des logis chef B ;

- la mauvaise organisation du service ne lui est pas imputable mais résulte d'un important manque d'effectifs de son peloton.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- l'arrêté du 12 août 2013 portant organisation de la direction générale de la gendarmerie nationale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jordan-Selva, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Coutier, rapporteur public,

- et les observations de Me Faivre-Vilotte, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, né le 17 janvier 1974, a intégré l'école des sous-officiers de la gendarmerie nationale le 16 juin 1998. Il a été promu au grade d'adjudant le 1er septembre 2012 puis d'adjudant-chef le 1er mars 2017. Il assurait depuis 1er août 2016 les fonctions de commandant du peloton de surveillance et d'instruction de la gendarmerie (PSIG) à Albi. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 10 décembre 2019 par laquelle le major général de la gendarmerie nationale lui a infligé une sanction de quarante jours d'arrêt dispensés d'exécution, ensemble la décision du 17 avril 2020 de rejet de son recours exercé auprès du directeur général de la gendarmerie nationale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 4137-4 du code de la défense : " Le ministre de la défense ou les autorités habilitées à cet effet prononcent les sanctions disciplinaires et professionnelles prévues aux articles L.4137-1 et L.4137-2 () ". Au nombre des sanctions prévues à l'article L. 4137-2 du code de la défense figure les arrêts, sanction de premier groupe. D'autre part, aux termes de l'article R. 4137-10 du même code, " Les autorités investies du pouvoir disciplinaire mentionnées à l'article L. 4137-4 du code de la défense () sont le ministre de la défense et les autorités militaires. / Les autorités militaires sont désignées parmi les officiers () ". L'article R. 4137-25 du même code prévoit que l'autorité habilitée à infliger la sanction de quarante jours d'arrêts est le ministre ou l'autorité militaire de troisième niveau, pour les militaires du rang ou les sous-officiers. Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 3° le major général de la gendarmerie, () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un décret du 20 novembre 2019, publié au journal officiel de la République française du 21 novembre suivant, le général de corps d'armée Bruno Jockers a été nommé major général de la gendarmerie nationale. Il disposait ainsi d'une délégation pour signer, au nom du ministre de la défense, la décision en litige. Par suite, et dès lors que cette délégation n'est ni trop générale, ni trop imprécise, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 10 décembre 2019 doit, en tout état de cause, être écarté.

4. En deuxième lieu, en l'absence de doute possible sur la nature et la fonction du signataire au sein de la gendarmerie nationale, la seule circonstance que la décision du 10 décembre 2019 mentionne, par erreur, que le général de corps d'armée Bruno Jockers est " major général de la gendarmerie générale " et non " major général de la gendarmerie nationale " est sans incidence sur la légalité de la décision dès lors que la gendarmerie générale est une entité inexistante.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 4137-134 du code de la défense : " La décision portant sanction disciplinaire ou professionnelle ou suspension de fonctions prononcée à l'encontre d'un militaire peut être contestée par l'intéressé, y compris après cessation de l'état militaire, dans un délai de deux mois à compter de sa notification./ La notification de la décision mentionne la possibilité d'exercer un droit de recours administratif, ainsi que l'indication des voies et délais d'un recours contentieux devant les juridictions administratives. " Aux termes de l'article R. 4137-135 du même code : " Lorsqu'il s'agit d'une sanction disciplinaire du premier groupe (), le recours administratif est adressé à l'autorité militaire de premier niveau dont relève le militaire et inscrite au registre des recours. / L'autorité militaire de premier niveau entend l'intéressé, qui peut se faire assister exclusivement par un militaire en activité de son choix. Si cette autorité maintient la sanction prise ou si la décision contestée excède son pouvoir disciplinaire, elle adresse directement, dans un délai de huit jours francs à partir de la date de l'inscription du recours au registre des recours, le dossier au chef d'état-major de l'armée d'appartenance de l'intéressé ou à l'autorité correspondante pour les autres forces armées et les formations rattachées. Une copie de la transmission est remise à l'autorité militaire de deuxième niveau ainsi qu'à l'intéressé ". Aux termes de l'article R. 4137-137 du même code : " Lorsqu'il est saisi, le chef d'état-major d'armée, ou l'autorité correspondante pour les autres forces armées et les formations rattachées, accuse réception à l'intéressé de la demande. S'il n'est pas en mesure de statuer, il transmet le dossier au ministre de la défense. Dans le cas contraire, il statue sur le recours, fait connaître sa réponse à l'intéressé dans un délai de trente jours francs à compter de la réception de la demande et adresse une copie de cette réponse au ministre de la défense. "

6. D'autre part, l'article 2 de l'arrêté du 12 août 2013 portant organisation de la direction générale de la gendarmerie nationale prévoit que : " Le directeur général de la gendarmerie nationale est assisté d'un officier général de gendarmerie, qui porte le titre de major général de la gendarmerie nationale. () II. - Il est le remplaçant désigné du directeur général de la gendarmerie nationale en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci pour tout ce qui concerne la gendarmerie. Il l'assiste dans la définition de la politique générale de la gendarmerie et veille à son application par les directions mentionnées à l'article 1er ".

7. En application des dispositions précitées, le général de corps d'armée Bruno Jockers, nommé major général de la gendarmerie nationale, était compétent pour signer, au nom du directeur général de la gendarmerie nationale, la décision du 17 avril 2020. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette seconde décision doit être écarté.

8. En quatrième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Le moyen tiré du caractère insuffisant de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 4137-15 du code de la défense : " Avant qu'une sanction ne lui soit infligée, le militaire a le droit de s'expliquer oralement ou par écrit, seul ou accompagné d'un militaire en activité de son choix sur les faits qui lui sont reprochés devant l'autorité militaire de premier niveau dont il relève. Au préalable, un délai de réflexion, qui ne peut être inférieur à un jour franc, lui est laissé pour organiser sa défense. / Lorsque la demande de sanction est transmise à une autorité militaire supérieure à l'autorité militaire de premier niveau, le militaire en cause peut également s'expliquer par écrit sur ces faits auprès de cette autorité supérieure. L'explication écrite de l'intéressé ou la renonciation écrite à l'exercice du droit de s'expliquer par écrit est jointe au dossier transmis à l'autorité militaire supérieure. Avant d'être reçu par l'autorité militaire de premier niveau dont il relève, le militaire a connaissance de l'ensemble des pièces et documents au vu desquels il est envisagé de le sanctionner. " Aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires () ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, () avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C a eu accès à son dossier disciplinaire qui comportait, notamment l'intégralité du rapport d'enquête de commandement établi le 8 janvier 2019 et ses vingt-cinq pièces jointes. Ce rapport d'enquête, très circonstancié, développe sur neuf pages les dysfonctionnements graves survenus au sein du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie d'Albi et énonce les faits imputables au maréchal des logis chef B et à l'adjudant-chef C, qualifié de " commandant de peloton défaillant " au point E.1 de ce rapport. Les éléments figurant en ce point du rapport s'appuyant sur les différents entretiens conduits par les enquêteurs pour recueillir les témoignages des gradés et de leurs subordonnés constituant ce peloton de gendarmerie, témoignages retranscrits dans vingt-deux procès-verbaux communiqués à M. C lors de la consultation de son dossier disciplinaire. La seule circonstance que ces procès-verbaux fassent eux-mêmes référence à des témoignages précédemment recueillis par le nouveau commandant de compagnie auprès des mêmes personnes n'implique pas la communication, à M. C, de ces premiers comptes rendus dès lors que les faits à l'origine de la procédure disciplinaire dont il a fait l'objet sont précisément repris dans les procès-verbaux versés en annexe du rapport d'enquête, dont il est constant qu'il a eu connaissance. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure et de l'atteinte portée aux droits de la défense doit être écarté.

11. En sixième lieu, si le requérant soutient que la décision en litige est entachée d'une erreur de fait, au motif que les propos tenus à l'égard du brigadier A ne pouvaient pas être qualifiés d'insultes, la teneur exacte des remarques tenues à l'égard de son subordonné, indépendamment de l'interprétation qui peut en être donnée au regard de l'objectif d'encouragement allégué par le requérant, n'est pas sérieusement contesté par M. C. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions en litige seraient fondées sur des faits matériellement inexacts.

12. En septième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'adjudant-chef C, informé et témoin du comportement violent du maréchal des logis chef B au sein du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie d'Albi, n'a pas exercé son rôle de chef de commandement en sanctionnant ces agissements. S'il est constant que les violences perpétrées par le maréchal des logis chef B ne sont pas, en elles-mêmes, imputables à l'adjudant-chef C, ce dernier a reconnu lors de son audition avoir été " aveuglé sur ce qu'il se passait au sein de son unité " et n'avoir écouté que la parole des gradés, sans prise en compte aucune des signalements adressés par ses subordonnés. Par ailleurs, le requérant a confirmé lors de son audition avoir lui-même tenu des propos déplacés à l'égard de ses subordonnés, de manière régulière et habituelle. S'il minimise la portée des insultes proférées en indiquant que " les propos homophobes ont été utilisés sur le ton de la plaisanterie ", dans le cadre d'une " plaisanterie de mauvais goût et répétée ", ces éléments ne permettent pas de justifier le comportement inadapté de M. C alors à la tête du peloton de gendarmerie d'Albi. Il ressort de l'ensemble des pièces du dossier qu'en raison de son commandement lacunaire et de son manque de discernement, le requérant doit supporter une part importante de responsabilité dans les graves dysfonctionnements survenus au sein de cette unité. M. C ne peut utilement opposer la situation de manque d'effectifs de l'unité qu'il encadrait pour justifier son comportement fautif. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que les faits qui lui étaient reprochés étaient constitutifs d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

13. En huitième et dernier lieu, eu égard aux responsabilités d'encadrement confiées à M. C, à la nature des manquements en cause et à la méconnaissance par l'intéressé des devoirs de discernement, de dignité et d'exemplarité, l'autorité disciplinaire, n'a pas, au regard du pouvoir d'appréciation dont elle disposait et en dépit de l'absence de sanctions antérieures, pris une sanction disproportionnée en lui infligeant une sanction de quarante jours d'arrêts, assortis d'une dispense d'exécution. Le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministère des armées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La magistrate désignée,

S. JORDAN-SELVA

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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