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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2004083

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2004083

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2004083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOHEN-TAPIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2020, M. A C, représenté par Me Cohen-Tapia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 juin 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les droits de plaidoirie de l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 7 quarter et 11 de l'accord franco-tunisien ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions des articles 7 et 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2020, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 25 avril 1992, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 7 septembre 2017. Par un arrêté en date du 4 juillet 2019, et à la suite de son interpellation par les services de police, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, la légalité de cet arrêté ayant été confirmée, en dernier lieu, par la cour administrative d'appel de Bordeaux par une ordonnance du 16 mars 2020, sous le n° 20BX00198. Le 5 mars 2020, M. C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par une décision du 19 juin 2020, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, et alors que le caractère suffisant de la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, la décision en litige comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si M. C soutient que la décision de refus de séjour aurait été prise en méconnaissance du principe du contradictoire du fait de la non prise en compte, par le préfet, des pièces attestant de sa présence auprès de son épouse depuis plus de six mois, il est constant que la décision en litige a été prise en réponse à une demande de l'intéressé, de sorte qu'il ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de son droit d'être entendu. Au surplus, le requérant qui n'apporte aucune précision supplémentaire n'indique pas en quoi les pièces visées et produites, lors de l'introduction de sa demande de titre de séjour, n'auraient pas été prises en compte au cours de l'instruction de sa demande. Il n'est, par ailleurs, ni allégué ni établi que le requérant aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision du préfet et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision portant refus de séjour. Au demeurant, si M. C se prévaut d'un courrier en date du 27 décembre 2019 par lequel les services préfectoraux l'ont invité à déposer une demande de titre de séjour en qualité de " conjoint de Français ", cette invitation à régulariser sa situation, constitue une simple invitation et non une prise de position formelle de l'administration quant à sa situation administrative. Dans ces conditions, le moyen invoqué, tiré de la violation du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté, en toute hypothèse.

4. En troisième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titre de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissant de l'autre Etat tous titre de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article 7 quarter du même accord stipule : " () les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ". Dès lors, les dispositions applicables pour la délivrance de cette carte de séjour sont celles issues du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. D'abord, aux termes du 4° de l'article L. 313-11 de ce code, dans sa version alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () . Selon l'article L. 313-2 de ce code, dans sa version alors applicable : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée aux articles L. 313-20, L. 313-21, L. 313-23, L. 313-24, L. 313-27 et L. 313-29 sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1 () ". Et aux termes de l'article L. 311-1 du code précité, dans sa version alors applicable : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou de l'article L. 121-1, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour, d'une durée maximale d'un an () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français, à défaut d'être muni d'un visa délivré par les autorités consulaires françaises. Dès lors, le préfet était fondé à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, en sa qualité de conjoint de Français, pour le seul motif qu'il ne disposait pas d'un visa long séjour.

7. Ensuite, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, selon les termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communication ". Et l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

8. Enfin, aux termes de l'article L. 313-14 du même code: " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".

9. Si M. C fait valoir qu'il serait en couple depuis 2014 avec Mme D, née en 1966, et qu'ils se sont mariés le 6 septembre 2019 et vivraient ensemble depuis plus de six mois à la date d'introduction de sa demande de titre de séjour, il n'établit ni la réalité et l'ancienneté de cette relation avant l'année 2019. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis son entrée présumée au mois de septembre 2017 et qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de territoire français, non exécutée, en juillet 2019, soit antérieurement à son mariage. Il ressort également des pièces du dossier que M. C n'établit pas, par les seuls justificatifs produits, la réalité de la communauté de vie avec son épouse non plus, ainsi qu'il a été dit, que l'ancienneté de leur relation avant le mois de juillet 2019, son épouse indiquant d'ailleurs " l'héberger ", sans apporter aucun élément de preuve de la réalité et de l'ancienneté de la vie commune alléguée. L'intéressé ne justifie pas davantage être dans l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine pour y solliciter le visa requis aux fins de bénéficier du statut de " conjoint de Français ". Par ailleurs, nonobstant son mariage très récent avec une ressortissante française à la date de la décision attaquée, il ne démontre pas le caractère stable, intense et ancien des liens privés qu'il aurait tissés en France ni son intégration sur le territoire français. L'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches en Tunisie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où réside, a minima, sa mère. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile non plus que, en toute hypothèse, les stipulations des articles 7 quarter et 11 de l'accord franco-tunisien. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

10. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté, en toute hypothèse.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne du 19 juin 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

T. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2004083

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