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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2004168

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2004168

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2004168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantSCP CORMARY & BROCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2020, M. B D, représenté par la Scp Cormary et Broca, aux écritures de Me Broca, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision en date du 31 octobre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire afghan contre un permis de conduire français ;

2) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer un permis de conduire français ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, à compter du mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;

3) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que si la décision contestée lui a été notifiée le 6 novembre 2019, il a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 6 janvier 2020 qui lui a été accordée le 19 juin 2020 faisant de nouveau courir le délai de recours de deux mois ;

- Les décisions des 24 juillet 2019 et 31 octobre 2019 sont entachées d'incompétence, leurs signataires ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en violation des dispositions des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle se contente d'affirmer que le permis de conduire afghan est une contrefaçon sans lui avoir permis à aucun moment d'apporter des éléments permettant d'en démontrer l'authenticité ;

- par ailleurs, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet de la Loire-Atlantique a fait expertiser son permis de conduire afghan par les services de police spécialisés dans la détection de faux documents sans saisir le directeur de l'Office français des réfugiés et apatrides, seul compétent pour apprécier l'authenticité d'un document produit par un réfugié en application de l'article 4 de la loi du 25 juillet 1952 relative au droit d'asile ;

- en outre, au regard de l'article 25 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés et compte tenu de l'impossibilité de vérifier l'existence des droits de conduite auprès des autorités qui lui ont délivré le permis de conduire afghan, il appartenait au préfet, après avoir au besoin cherché à vérifier auprès des services du ministère français des affaires étrangères les pratiques administratives et documentaires du pays d'émission du titre, de le mettre en mesure de lui soumettre tous éléments de nature à faire regarder l'authenticité de ce titre comme suffisamment établie et d'apprécier ces éléments en tenant compte de sa situation particulière, sachant que le préfet ne peut légalement refuser l'échange sans avoir invité le demandeur à fournir de tels éléments ;

- les éléments de preuve d'authenticité qu'il verse aux débats ne sauraient être écartés au motif qu'ils ne sont pas transmis par la voie diplomatique, exclue au demeurant compte tenu de son statut de réfugié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juin 2020.

Vu :

- l'ordonnance de référé n° 2004757 du 2 octobre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique, présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a sollicité, le 4 avril 2018, l'échange de son permis de conduire afghan contre un titre français. Sa demande a été rejetée par une décision du préfet de la Loire-Atlantique du 24 juillet 2019 au motif que son permis de conduire afghan était une contrefaçon. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de la décision en date du 31 octobre 2019 de cette même autorité rejetant pour les mêmes motifs son recours gracieux formé les 2 août et 2 septembre 2019.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, d'une part, la décision du 24 juillet 2019 a été signée par Mme E F, directrice du centre d'expertise et de ressources titres de la Loire-Atlantique, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté préfectoral du 17 septembre 2019, régulièrement publié au recueil des actes de la préfecture et, d'autre part, la décision litigieuse du 31 octobre 2019 a été signée par M. A C, chef du pôle lutte contre la fraude et du contentieux du Cert, qui disposait d'une délégation de signature par le même arrêté du 17 septembre 2019. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente manque en fait.

3. En deuxième lieu, M. D soutient que le principe du contradictoire aurait été méconnu par le préfet qui ne l'a pas invité à présenter des observations avant de prendre la décision attaquée. Cependant, aucune disposition applicable au régime de l'échange de permis de conduire n'instaure une procédure contradictoire tandis que l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoit que les décisions soumises à l'obligation de motivation sont précédées d'une telle procédure, n'est pas applicable aux décisions qui sont, comme en l'espèce, prises sur demande de l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe ne fait obligation à l'administration, dans le cadre d'une demande d'échange d'un permis de conduire étranger présentée par un étranger à qui le bénéfice du statut de réfugié a été accordé, de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à des fins d'authentification du titre de conduite. Le moyen tiré du défaut de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour procéder à l'authentification du titre de conduite étranger de M. D ne peut par suite qu'être écarté.

5. En dernier lieu, si les dispositions citées ci-dessous ne prévoient l'intervention d'un service compétent qu'en cas de doute sur l'authenticité d'un permis étranger, celles-ci n'instaurent pas une obligation pour le préfet de motiver les éléments le conduisant à douter de l'authenticité d'un permis avant de faire procéder à son analyse à l'aide d'un service compétent. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse aurait été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet n'aurait pas caractérisé l'existence d'un doute préalable doit être écarté.

Sur la légalité interne :

6. D'une part, aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dans sa rédaction applicable au litige : " A.- Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. C.- Si l'authenticité du titre de conduite est établie, celui-ci peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. D. - Néanmoins, quand bien même l'authenticité du titre de conduite est établie, l'autorité administrative compétente peut, avant de se prononcer sur la demande d'échange, en cas de doute selon les informations dont elle dispose, consulter l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. La demande auprès des autorités étrangères est transmise, sous couvert du ministre chargé des affaires étrangères, service de la valise diplomatique, au consulat de France compétent qui la transmet aux autorités compétentes et avise l'autorité administrative compétente de la date de cette transmission. La demande peut être adressée également par courriel aux autorités consulaires françaises, soit lorsque les circonstances le permettent, directement aux autorités compétentes de l'état de délivrance. / Lorsque les autorités étrangères sont consultées, une nouvelle attestation de dépôt sécurisée valable huit mois est, le cas échéant, délivrée au titulaire du permis de conduire étranger. Cette attestation annule et remplace la précédente / Les autorités étrangères sont informées de ce qu'elles disposent d'un délai de six mois à compter de leur saisine par le consulat de France compétent pour répondre à la demande de vérification des droits à conclure. / Le consulat de France transmet à l'autorité administrative compétente la réponse des autorités étrangères / Si la réalité des droits à conduire est confirmée, le titre de conduite peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. / Si l'autorité étrangère confirme l'absence de droits à conduire du titulaire, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. / En l'absence de réception d'une réponse des autorités étrangères à la date d'expiration de l'attestation de dépôt sécurisée valable huit mois prévue au deuxième alinéa, l'échange du permis de conduire est refusée si, à cette date, le délai de six mois dont disposaient les autorités étrangères pour répondre est lui-même expiré. E. - Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. "

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un État ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peul être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". Au regard de ces dispositions et des dispositions précitées de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, il appartient au préfet de refuser l'échange si l'authenticité du titre présenté n'est pas suffisamment établie. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour défaut d'authenticité du titre, établir son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes.

8. Enfin, l'article 25 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés stipule que : " 1. Lorsque l'exercice d'un droit par un réfugié nécessiterait normalement le concours d'autorités étrangères auxquelles il ne peut recourir, les Etats contractants sur le territoire desquels il réside veilleront à ce que ce concours lui soit fourni soit par leurs propres autorités, soit par une autorité internationale. / 2. La ou les autorités visées au paragraphe 1 délivreront ou feront délivrer, sous leur contrôle, aux réfugiés, les documents ou certificats qui normalement seraient délivrés à un étranger par ses autorités nationales ou par leur intermédiaire. / 3. Les documents ou certificats ainsi délivrés remplaceront les actes officiels délivrés à des étrangers par leurs autorités nationales ou par leur intermédiaire, et feront foi jusqu'à preuve du contraire () ".

9. Il résulte de ces stipulations, combinées avec les dispositions citées au point 7, que, lorsqu'un réfugié demande l'échange d'un permis de conduire délivré par les autorités du pays dont il a la nationalité contre un permis français et que les services compétents, sans être en mesure d'affirmer qu'il s'agit d'une contrefaçon, mettent en doute son authenticité, le préfet doit, eu égard à l'impossibilité de vérifier l'existence des droits de conduite auprès des autorités qui ont délivré le titre, adapter ses diligences à la situation du demandeur. A cette fin, il lui appartient, après avoir au besoin cherché à vérifier auprès des services du ministère français des affaires étrangères les pratiques administratives et documentaires du pays d'émission du titre, de mettre l'intéressé en mesure de lui soumettre tous éléments de nature à faire regarder l'authenticité de celui-ci comme suffisamment établie et d'apprécier ces éléments en tenant compte de la situation particulière du demandeur. Il ne peut légalement refuser l'échange sans avoir invité le demandeur à fournir de tels éléments.

10. Par la décision attaquée, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande d'échange du permis de conduire afghan de M. D contre un permis de conduire français, au motif que le permis présenté était une contrefaçon. Le rapport du 8 novembre 2018 établi par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité conclut de façon précise et circonstanciée que le permis de conduire afghan de M. D est une contrefaçon de document administratif. Ce rapport relève notamment que le cachet Suksuk visible et perceptible au toucher sur tous les permis de conduire produits en 2016, année de délivrance du permis présenté à l'échange par l'intéressé, est absent et, qu'en outre, le fond d'impression ne correspond pas à l'année de délivrance de ce permis, enfin, que le diamètre des cachets humides n'est pas conforme. En outre, le rapport complémentaire du service en date du 25 janvier 2021 a fait ressortir que les traits jaunes constituant le fond d'impression ainsi que les mentions pré-imprimées ne sont pas conformes au modèle de référence. Dès lors, en l'absence de doute sur le caractère falsifié du permis de conduire et alors que le requérant ne produit, quant à lui, aucun document de nature à établir le caractère erroné du constat de contrefaçon fait par le service compétent de la direction centrale de la police aux frontières, ni aucun document probant de nature à attester de l'authenticité de son permis de conduire afghan, le caractère manifeste de la contrefaçon ressort suffisamment des pièces du dossier et notamment des rapports susmentionnés. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique ne pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012, se fonder sur ce que l'examen du titre de conduite présenté permettait de conclure à l'existence d'une contrefaçon.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 31 octobre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire afghan contre un titre de conduite français, et ainsi que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. D'une part, les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. D'autre part, M. D ne justifie pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais mentionnés à l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La présidente,

Isabelle Carthé MazèresLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

Le Greffier en chef

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