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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2004185

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2004185

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2004185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 4
Avocat requérantTESSEYRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 août 2020 et 15 juillet 2021, M. E C, représenté par Me Tesseyre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juin 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a refusé de modifier son compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2018-2019 ;

2°) d'annuler son compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2018-2019 ;

3°) d'annuler la décision de la principale du collège de Bellefontaine du 14 janvier 2020 ;

4°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de lui prévoir un nouvel entretien professionnel pour l'année 2018-2019 ;

5°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 160 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il a été convoqué tardivement à son entretien professionnel ;

- son compte-rendu d'entretien professionnel n'a pas été signé et visé par son autorité hiérarchique ;

- son compte-rendu d'entretien professionnel comporte un objectif qui n'avait pas été discuté lors de son entretien, en méconnaissance de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 et de l'article 3 du décret n° 2010-888 ;

- ce même compte-rendu comporte des incohérences qui ne permettent pas d'apprécier sa juste valeur ;

- l'annulation de l'entretien professionnel en litige implique nécessairement qu'il soit procédé à un nouvel entretien professionnel, s'agissant d'un droit garanti pour un fonctionnaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2021, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'absence de signature de l'autorité hiérarchique de l'intéressé sur son compte-rendu d'entretien professionnel est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat ;

- l'arrêté du 18 mars 2013 relatif aux modalités d'application à certains fonctionnaires relevant des ministres chargés de l'Education nationale et de l'enseignement supérieur du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Farges, rapporteur public,

- et les observations de Me Tesseyre, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, attaché principal d'administration de l'Etat, a été nommé adjoint gestionnaire au collège Bellefontaine de Toulouse le 1er septembre 2018. Le 17 juin 2019, la principale du collège, Mme F, lui a fait passer son entretien professionnel au titre de l'année 2018-2019. Le 9 juillet 2019, elle a adressé à la directrice des personnels de l'administration et de l'encadrement (DPAE), Mme B, une note relative à la manière de servir de l'intéressé. Le 12 juillet 2019, M. C a été reçu pour un entretien par Mme B et par M. D, directeur des ressources humaines de proximité. Placé en congé de maladie ordinaire du 28 août au 6 septembre 2019, M. C a indiqué à son retour avoir égaré le compte-rendu de son entretien professionnel (CREP), que la principale lui avait adressé. En novembre 2019, la principale lui a transmis une copie de son CREP en lui demandant de la lui retourner signée. Le 19 décembre 2019, elle a reçu M. C, à sa demande, au sujet de son CREP. L'intéressé a alors contesté l'un des objectifs fixés pour l'année 2019-2020, à savoir " l'amélioration de la relation humaine avec les agents techniques ". Par un courrier recommandé avec accusé de réception du 2 janvier 2020, l'intéressé a demandé à la principale la suppression de cet objectif. Par un courrier recommandé avec accusé de réception du 14 janvier 2020, la principale lui a notifié son refus de retirer cet objectif de son CREP. Le 27 janvier 2020, M. C a saisi la commission administrative paritaire académique (CAPA) d'une demande de révision de son CREP. Le 2 juin 2020, la CAPA a rendu un avis défavorable à la modification demandée de son CREP. Par un courrier du 9 juin 2020, le recteur de l'académie de Toulouse a décidé de ne pas modifier son CREP. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler son CREP, la décision de la principale du collège de Bellefontaine du 14 janvier 2020 et la décision du recteur de l'académie de Toulouse du 9 juin 2020, ainsi que d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse d'ordonner un nouvel entretien professionnel au titre de l'année 2018-2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance. " Et aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 18 mars 2013 susvisé : " Chaque agent est informé, par écrit, au moins quinze jours à l'avance, par son supérieur hiérarchique direct, de la date, de l'heure et du lieu de son entretien professionnel. "

3. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que la principale du collège de Bellefontaine a convoqué M. C le 12 juin 2019 en vue de son entretien prévu le 17 juin 2019, soit avec un délai de de prévenance de cinq jours. Si le recteur allègue que la principale du collège avait préalablement proposé deux dates à l'intéressé et qu'elle a dû, en l'absence de réponse de ce dernier, le relancer à ce sujet, il ne l'établit pas. En revanche, si M. C soutient que ce délai de prévenance, inférieur au délai prévu par la réglementation, ne lui a pas permis de bien se préparer à cet entretien, que l'entretien était prématuré au vu de l'objectif finalement inscrit dans son CREP, et qu'il n'a pas pu présenter certaines observations, toutefois ces allégations non étayées ne sauraient démontrer que le non-respect du délai réglementaire l'aurait privé d'une garantie, ni qu'il aurait eu un impact sur le contenu du compte-rendu en litige. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison de la tardiveté de la convocation de l'intéressé à son entretien professionnel doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 28 juillet 2010 susvisé : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. / Il est communiqué au fonctionnaire qui le complète, le cas échéant, de ses observations. / Il est visé par l'autorité hiérarchique qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations. / Le compte rendu est notifié au fonctionnaire qui le signe pour attester qu'il en a pris connaissance puis le retourne à l'autorité hiérarchique qui le verse à son dossier. " Et aux termes de l'article R. 421-10 du code de l'éducation : " En qualité de représentant de l'Etat au sein de l'établissement, le chef d'établissement : / 1° A autorité sur l'ensemble des personnels affectés ou mis à disposition de l'établissement () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu d'entretien professionnel en litige a été signé par la principale du collège, dont le recteur rappelle, sans être contesté, qu'elle est la supérieure hiérarchique et l'autorité hiérarchique de M. C. A supposer même que la signature de la principale du collège en tant qu'autorité hiérarchique ne puisse être considérée comme son visa, celle-ci démontre qu'elle a pris connaissance du CREP du requérant. Par suite, l'absence de signature du supérieur hiérarchique manque en fait, tandis que l'absence de visa de l'autorité hiérarchique, à la supposer établie, ne saurait être de nature à entacher d'illégalité le compte-rendu contesté, en toute hypothèse.

7. En troisième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée : " Par dérogation à l'article 17 du titre Ier du statut général, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct. " Aux termes du 1er alinéa de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 susvisé : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. " Selon son article 3 : " L'entretien professionnel porte principalement sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d'évolution des conditions d'organisation et de fonctionnement du service ; () ". Et selon son article 4 : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. / Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. / Il est communiqué au fonctionnaire qui le complète, le cas échéant, de ses observations. Il est visé par l'autorité hiérarchique qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations. / Le compte rendu est notifié au fonctionnaire qui le signe pour attester qu'il en a pris connaissance puis le retourne à l'autorité hiérarchique qui le verse à son dossier. "

8. En l'espèce, M. C soutient que l'objectif " amélioration de la relation humaine avec les agents techniques ", mentionné dans son CREP au titre des objectifs fixés pour l'année 2019-2020, n'aurait pas fait l'objet de discussion lors de son entretien. D'abord, s'il fait valoir que, dans son courrier du 14 janvier 2020, la principale du collège ne démontre pas avoir discuté avec lui de cet objectif, toutefois le contenu de ce courrier démontre que la question de ses relations avec ses agents a été abordée lors de son entretien et, partant, que les discussions qu'il a pu avoir à ce sujet avec sa supérieure hiérarchique sont directement en lien avec l'objectif qui lui a été assigné. Ensuite, il résulte des dispositions précitées de l'article 4 du décret du 28 juillet 2010 que l'intéressé a nécessairement eu connaissance de cet objectif lorsque son CREP lui a été notifié et qu'il aurait alors pu présenter des observations à ce sujet avant de le signer. Enfin, si M. C soutient qu'il aurait pu faire valoir, lors de son entretien professionnel, que les arrêts pour une cause liée au travail avaient connu une baisse importante, que le nombre de jours de grève était resté constant et qu'un agent d'encadrement n'avait aucune prise sur les jours de congé pour cause de maladie non imputable au service des agents, cette allégation est sans rapport avec le moyen invoqué au titre de l'absence de discussion de l'objectif contesté, en toute hypothèse. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que le CREP et les décisions contestées seraient entachées d'illégalité en raison de l'absence de discussion de l'objectif susmentionné lors de son entretien professionnel.

9. En quatrième et dernier lieu, M. C soutient que l'objectif susmentionné et contesté, qui est le seul à avoir reçu une appréciation " maîtrise " et non pas " expert ", serait incohérent par rapport aux autres appréciations et à la grille de notation de son CREP. Toutefois, aucune des appréciations portées dans le CREP, y compris celles qui mentionnent son travail rigoureux, les économies réalisées, sa loyauté, le fait qu'il soit apprécié du chef d'établissement, ses compétences professionnelles reconnues, son sérieux, son application, le fait qu'il montre de véritables capacités professionnelles et relationnelles, son adaptation rapide à son nouvel établissement, sa bonne analyse du contexte, sa connaissance des limites de son poste ou encore son aptitude à conduire des projets et encadrer des équipes, n'est incohérente avec l'objectif indiqué d'" amélioration de la relation humaine avec les agents techniques ". De plus, si le requérant soutient que cet objectif aurait été ajouté pour souligner que sa manière de servir laisserait à désirer, cette allégation n'est pas établie, d'autant qu'il est constant que cet objectif figure sur le CREP qu'il a signé. Enfin, s'il fait valoir que la mention de cet objectif mettrait en péril son évolution de carrière, cette allégation, au demeurant non établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incohérence entre l'objectif contesté mentionné dans le CREP et le reste des appréciations qui y sont portées manque en fait et ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du recteur de l'académie de Toulouse en date du 9 juin 2020, de celle de la principale du collège de Bellefontaine du 14 janvier 2020 et de son CREP pour l'année 2018-2019 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.Et C et au ministre de l'Education nationale et de la jeunesse.

Une copie sera adressée, pour information, au recteur de l'académie de Toulouse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le magistrat désigné,

S. A

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au ministre de l'Education nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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