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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2004795

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2004795

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2004795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantENARD-BAZIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 septembre 2020 et le 24 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 2 juin 2020 d'un montant de 4 288,11 euros ainsi que la décision de rejet de son recours préalable ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- le titre de perception attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que les sommes qui sont réclamées sont prescrites en application des dispositions de l'article 37-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ;

- le titre de perception attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il se fonde sur les dispositions du décret n° 2008-947 du 12 septembre 2008 ;

- le ministère des armées ne l'avait pas informé de l'application du coefficient multiplicateur prévu par l'arrêté du 16 décembre 2014 ;

- le titre de perception attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors que sa durée effective de service s'élève à 1009 jours et non 993 comme l'a retenu l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2020, la direction départementale des finances publiques du Finistère conclut à son incompétence pour défendre dans la présente instance.

Par des mémoires en défense enregistrés le 15 septembre 2021 et le 14 décembre 2021, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la défense ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 ;

- le décret n° 2008-947 du 12 septembre 2008 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 16 décembre 2014 fixant la liste des formations spécialisées et la durée du lien au service qui leur est attachée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, sous-officier de l'armée de terre, a été admis à compter du 1er septembre 2014 à suivre une formation de niveau 2 en maintenance mobilité terrestre à l'école du matériel de Bourges. Le 15 janvier 2015, il s'est engagé à rester en position d'activité ou en détachement d'office pendant une durée de cinq ans à compter de la date de l'obtention du titre validant la formation, soit le 18 mars 2015. Par arrêté du 21 décembre 2017, M. B a été radié des contrôles. Le 3 février 2020, le centre expert des ressources humaines et de la solde a informé M. B qu'il était redevable de la somme de 4 288,11 euros au titre du remboursement de sa formation en raison de sa radiation des contrôles intervenue avant le terme de la durée du lien au service. Un titre de recettes d'un montant de 4 288,11 euros a été émis à l'encontre de ce dernier le 2 juin 2020. La réclamation préalable formée par M. B contre ce titre de perception le 12 juillet 2020 a été rejetée le 22 juillet 2020. Par sa requête, M. B demande l'annulation du titre de recettes du 2 juin 2020 et de la décision du 22 juillet 2020.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 2224 du code civil dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale./ Les deux premiers alinéas ne s'appliquent pas aux paiements ayant pour fondement une décision créatrice de droits prise en application d'une disposition réglementaire ayant fait l'objet d'une annulation contentieuse ou une décision créatrice de droits irrégulière relative à une nomination dans un grade lorsque ces paiements font pour cette raison l'objet d'une procédure de recouvrement./ L'action en recouvrement des sommes indûment versées se prescrit conformément aux dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 4139-50 du code de la défense : " () Le militaire admis à une formation spécialisée s'engage à servir en position d'activité ou en détachement d'office, pour la durée fixée par l'arrêté mentionné au premier alinéa, à compter de la date d'obtention du titre validant la formation ou, à défaut, de la date de la fin de la formation () " et aux termes de l'article R.4139-51 de ce même code : " Le militaire admis à suivre une formation spécialisée est tenu à un remboursement :/ 1° Lorsqu'il ne satisfait pas à l'engagement prévu au deuxième alinéa de l'article R. 4139-50 ; / 2° En cas de réussite à un concours de l'une des fonctions publiques, si, conformément aux dispositions du 8° de l'article L. 4139-14, il ne bénéficie pas d'un détachement au titre du premier alinéa de l'article L. 4139-1. / A moins qu'il en soit disposé autrement dans les statuts particuliers, le montant du remboursement est égal au total des rémunérations perçues pendant la période de formation spécialisée, affecté d'un coefficient multiplicateur dont le taux est fixé par l'arrêté mentionné au premier alinéa de l'article R. 4139-50. Ce montant décroît proportionnellement au temps obligatoire de service accompli à l'issue de cette formation spécialisée. ". En vertu de l'annexe III de l'arrêté du 16 décembre 2014 fixant la liste des formations spécialisées et la durée du lien au service qui leur est attachée, applicable lors de l'engagement à suivre la formation signé par M. B, la durée du lien au service suite à la formation de spécialité de 2ème niveau maintenance mobilité terrestre est de 5 ans et le coefficient multiplicateur est de 2.

4. En vertu de l'article 2224 précité du code civil, l'obligation de rembourser les frais de formation à la suite de la rupture de l'engagement de servir des militaires, prévue à l'article R. 4139-51 du code de la défense, se prescrit par cinq ans à compter de la date à laquelle l'administration a eu connaissance de la rupture de l'engagement de servir du militaire. Pour estimer que cette règle de prescription ne s'applique pas à sa situation et contester l'obligation qui lui a été faite le 2 juin 2020 de rembourser la somme de 4 288,11 euros, M. B soutient que cette somme correspondrait, en réalité, à des rémunérations versées à un militaire admis à suivre une formation spécialisée et auxquelles s'appliquerait la prescription biennale de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000. Toutefois, comme il a été rappelé au point 3 du présent jugement, les frais de formation que les militaires sont tenus de rembourser dès lors qu'ils n'ont pas, comme M. B, satisfait à l'engagement relatif à la durée d'engagement, ne sauraient être assimilés à des rémunérations. Les circonstances que, pour déterminer leur montant, soit pris en compte, à titre de référence de calcul, le montant des sommes perçues au titre de la rémunération pendant la formation spécialisée du militaire et que, selon le temps passé au service de l'Etat, le montant de ces frais de formation est égal à la totalité des sommes perçues au titre de la rémunération au cours de la formation spécialisée ou à une fraction de celles-ci, demeurent sans incidence sur la nature des sommes en cause. La prescription biennale dont M. B revendique ainsi le bénéfice ne lui était en conséquence pas applicable. Enfin, il résulte de l'instruction que le titre de perception attaqué, relatif au remboursement de ces frais de formation, a été émis moins de cinq ans après que M. B a été radié des contrôles le 21 décembre 2017. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la créance était prescrite.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur. La motivation doit être suffisante pour que le débiteur puisse discuter utilement les bases de liquidation des sommes mises à sa charge.

6. Il résulte de l'instruction que le titre de perception attaqué indique le montant exact des sommes à payer et précise, s'agissant de l'objet de la créance : " Demande de remboursement de frais de formation PREPA FS2 MAINTENANCE MOBILITE TERRESTRE suite radiation des contrôles le 21/12/2017. Conformément à l'arrêté du 16/12/2014 fixant la liste des formations spécialisées, la durée du lien au service est de 5 ans. Référence : Articles L.4139-13, R.4139.50, R.4139-51 et R.4139-52 du code de la défense. ". Ces éléments sont suffisants pour permettre à M. B de comprendre les bases de la liquidation de la créance. Au surplus, les bases de calcul ont été précédemment indiquées à ce dernier par le courrier du 3 février 2020 l'informant de l'émission à venir du titre de perception correspondant à la somme de 4 288,11 euros ainsi que dans l'état de calcul et la fiche d'analyse annexés à la décision du 22 juillet 2020 rejetant sa réclamation préalable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du titre de perception attaqué doit être écarté.

7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, le titre de perception attaqué n'est pas fondé sur les dispositions du décret du 12 septembre 2008 fixant certaines dispositions applicables aux élèves militaires des écoles militaires d'élèves officiers de carrière. En tout état de cause, comme le fait valoir l'administration en défense, la référence à ce décret dans la fiche d'analyse annexée à la décision rejetant sa réclamation préalable doit être regardée comme une simple erreur de plume, seules les dispositions visées dans le titre de recettes s'appliquant en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté comme inopérant.

8. En quatrième lieu, M. B soutient que l'administration ne l'avait pas informé de l'existence du coefficient multiplicateur prévu par l'annexe 3 de l'arrêté du 16 décembre 2014 fixant la liste des formations spécialisées et de la durée du lien au service qui leur est attachée, dont au demeurant la référence ne figure pas dans l'acte d'engagement qu'il a signé le 15 janvier 2015. Il résulte toutefois de l'instruction que cet acte d'engagement vise notamment les articles R. 4139-50 et R. 4139-51 du code de la défense desquels il ressort que le montant du remboursement est égal au total des rémunérations perçues pendant la période de formation spécialisée, affectée d'un coefficient multiplicateur dont le taux est arrêté par l'arrêté mentionné au premier alinéa de l'article R. 4139-50 qui lui-même précise qu'un arrêté conjoint du ministre de la défense et du ministre de l'intérieur fixe la liste des formations spécialisées et la durée du service qui leur est attachée. Cet arrêté est consultable sur le site Légifrance. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'information concernant l'existence de l'application d'un coefficient multiplicateur applicable en cas de rupture du lien au service doit être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, M. B soutient que le titre de perception attaqué est entaché d'une erreur de calcul dès lors que la durée effective de service sur la période du 18 mars 2015 au 21 décembre 2017 est de 1 009 jours. Il résulte de l'instruction, notamment du courrier du 3 février 2020 l'informant de l'émission d'un titre de perception à venir, que l'administration a retenu que le requérant avait perçu une rémunération égale à 4 782,28 euros pendant la durée de sa formation et que ce dernier a servi à compter de la date de prise d'effet de son diplôme, le 18 mars 2015, jusqu'à la date de radiation des contrôles, le 21 décembre 2017 soit un total de 993 jours. Toutefois, la période retenue correspond effectivement non à 993 jours mais à 1 009 jours. Dans ces conditions, le montant de la créance de M. B s'élève à 4 208,36 euros et non à 4 288,11 euros comme calculé par erreur par l'administration. Par suite, M. B est seulement fondé à obtenir la décharge de la somme de 79,74 euros.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le titre de recettes émis le 2 juin 2020 par la direction départementale des finances publiques du Finistère pour un montant de 4 288,11 euros, ainsi que la décision du 22 juillet 2020 doivent être annulés à hauteur de la somme de 79,74 euros. Il y a lieu, en conséquence, de décharger M. B de l'obligation de payer la somme de 79,74 euros.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État la somme que M. B demande sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Le titre de perception émis le 2 juin 2020 ainsi que la décision rejetant le recours administratif préalable de M. B sont annulés en tant qu'ils mettent à la charge de ce dernier une somme excédant 4 208,36 euros.

Article 2 : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme de 79,74 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Copie en sera adressée à la direction départemental des finances publiques du Finistère.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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