mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2004911 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BOUIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 29 septembre 2020, le 28 octobre 2021 et le 28 décembre 2021 M. C A, représenté par Me Bouix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 11 septembre 2020 par lequel le préfet du B a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du B de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
5°) d'enjoindre au préfet de restituer ses documents d'état civil et d'identité dès notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est insuffisamment motivé;
- il est entaché d'un défaut d'examen ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 47 du code civil et de l'article 1er du décret du 24 janvier 2015 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2020, le préfet du B conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 7 janvier 2022.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale le 15 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours des audiences publiques des 30 juin 2022 et 4 juillet 2022 :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Bouix, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien se déclarant né le 2 mai 2002 à Troula (Mali), est entré sur le territoire français au mois de novembre 2018. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance, le 25 janvier 2019, en urgence, par le procureur de la République de Digne-les-Bains (Alpes de Haute-Provence), puis, le 6 février 2019, par le juge des enfants d'Albi (B), et ce jusqu'au 2 mai 2020. Le 4 mai 2020, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 septembre 2020, la préfète du B a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 15 janvier 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, sa demande d'admission provisoire à ce dispositif est devenue sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Enfin, selon l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. () ".
4. L'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe à l'autorité administrative de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou inexact de l'acte en cause. La force probante de l'acte peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir qu'il est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation, Il appartient au juge administratif de forger sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Il lui revient notamment d'apprécier les conséquences à tirer de la production d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité serait établie ou ne serait pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse pour autant être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
5. Pour justifier de son état civil et notamment de sa date de naissance le 2 mai 2002 à l'appui de sa demande d'admission au séjour, M. A a présenté deux extraits d'acte de naissance ainsi qu'une carte d'identité consulaire établie le 27 décembre 2019. Pour contester la valeur probante de ces documents et refuser, pour ce motif, la délivrance d'un titre de séjour, la préfète du B s'est appuyée sur les résultats d'un examen technique réalisé le 10 août 2020 par la cellule " fraude documentaire et identité " de la direction interdépartementale de la police aux frontières, laquelle avait conclu au caractère " contrefait " des extraits d'acte de naissance et à l'obtention " indue " de la carte consulaire sur la base de ces documents sans autre vérification. Il ressort des pièces du dossier que, pour parvenir à cette conclusion, les services de la police aux frontières se sont uniquement fondés sur la circonstance que les extraits d'acte de naissance produits par l'intéressé résultaient d'une impression de type laser toner, alors que le document de référence en leur possession avait été réalisé par impression offset à ton direct. Ce seul constat n'est toutefois pas suffisant pour renverser la présomption de validité attachée aux documents présentés par M. A, alors qu'il ressort d'une attestation du consul général du Mali en date du 21 juin 2019, versée au dossier, qu'aucun support ou mode d'impression particulier n'est exigé sur le territoire malien et que les autorités compétentes peuvent utiliser tout procédé existant pour imprimer les documents administratifs, y compris ceux de l'état civil. Par ailleurs, si l'autorité préfectorale a saisi les autorités maliennes le 18 août 2020, il est constant qu'elle n'a pas obtenu de réponse susceptible de venir étayer sa position. Enfin, bien que cette circonstance soit postérieure à la date de l'arrêté, il ressort des dernières pièces produites que le procureur de la République a classé sans suite le signalement réalisé par la préfecture le 24 août 2020. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le requérant est fondé à soutenir que la préfète du B a méconnu les textes précités en lui opposant l'absence de justification de son état civil.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention "salarié" ou la mention "travailleur temporaire" peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ".
7. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ou de travailleur temporaire, présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont elle dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que M. A doit être regardé comme justifiant de sa date de naissance le 2 mai 2002. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 25 janvier 2019, soit entre seize ans et dix-sept ans. Il a par ailleurs sollicité son admission au séjour le 4 mai 2020, soit peu après avoir atteint l'âge de dix-huit ans. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé suivait alors une formation en alternance destinée à préparer un certificat d'aptitude professionnelle en maçonnerie et qu'il bénéficiait d'ailleurs à ce titre d'un contrat d'apprentissage pour une durée de deux ans. Tant ses bulletins de note que l'attestation établie par son employeur témoignent du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation qualifiante. L'équipe éducative du foyer hébergeant M. A confirme les qualités de l'intéressé, présenté comme sérieux, respectueux et assidu dans ses démarches d'insertion et de maîtrise de la langue française. Enfin, alors que sa mère est décédée, il n'apparaît pas que le requérant conserverait des liens particulièrement intenses avec son père et son frère restés dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour. L'illégalité de cette décision prive de leur base légale les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Il s'ensuit que l'arrêté du 11 septembre 2020 doit être annulé dans l'ensemble de ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'annulation prononcée par le présent jugement implique que le préfet du B réexamine la situation de M. A en fonction des circonstances de droit et de fait existantes au moment de ce réexamen. Elle implique également que l'autorité préfectorale restitue à l'intéressé les documents d'état civil ou d'identité en sa possession. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ces mesures dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par suite, les conclusions tendant à l'effacement d'un tel signalement sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme sollicitée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.
Article 2 : L'arrêté du préfet du B du 11 septembre 2020 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du B de réexaminer la situation de M. A et de lui restituer les documents d'état civil et d'identité en sa possession dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Bouix et au préfet du B.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Jozek, premier conseiller,
M. Jazeron, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
F. D
Le président,
J.C. TRUILHELa greffière,
M.E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet du B en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026