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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2005659

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2005659

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2005659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 novembre 2020, le 11 février 2021 et le 2 avril 2021, M. A C, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée ou familiale " ou le cas échéant " salarié " sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dont distraction à son conseil.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et les dispositions de l'article R. 5221-17 du code du travail ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision de refus de titre illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 313-11-7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par des mémoires en défense enregistrés le 6 janvier 2021 et le 1er avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 12 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 12 avril 1979, entré irrégulièrement sur le territoire français, a sollicité le 20 février 2020 son admission au séjour en France au titre de la vie privée et familiale sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'en qualité de salarié sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté en date du 25 septembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de la mesure d'éloignement. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Le préfet de la Haute-Garonne ayant, par un arrêté en date du 31 mars 2021, assigné M. C à résidence, le magistrat désigné par la présidente du tribunal a statué, par un jugement rendu le 9 avril 2021, sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 25 septembre 2020 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination, et a renvoyé les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du même jour portant refus de titre de séjour à une formation collégiale. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer, par le présent jugement, que sur les conclusions tendant à l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui a reçu délégation de signature par arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 2 avril 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 31-2020-086, à l'effet de signer toute mesure relevant de la compétence de sa direction, notamment celles relatives à la police des étrangers, parmi lesquelles les " décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit ". Cette délégation, qui liste de manière suffisamment précise les actes concernés, n'est pas conditionnée à une absence ou un empêchement du préfet. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose qu'un tel arrêté comporte une date de fin de délégation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont il est fait application, notamment le 7° de l'article L. 313-11 et l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Elle mentionne ensuite les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. C qui fondent la décision. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant. Le préfet n'avait en outre pas à faire état de tous les éléments de la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France pour une durée d'un an au minimum () reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an, renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. () ". L'article 9 du même accord précise que " les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée aux articles L.313-20, L.313-21, L.313-24, L.313-27 et L.313-29 sont subordonnées à la production par l'étranger d'un visa de long séjour mentionné aux 1° et 2° de l'article L.311-1. "

6. Il résulte de la combinaison de ces textes que la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour " salarié " prévu à l'article 3 de l'accord franco-marocain précité est subordonnée à la production par ce ressortissant d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois. Or il n'est pas contesté par M. C qu'il est entré sur le territoire français de manière irrégulière et n'a jamais été titulaire d'un tel visa de long séjour. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit en se fondant sur ce motif pour refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Le moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. C ne remplissait pas l'un des critères imposés par les stipulations de l'accord franco-marocain et la législation française applicable à sa demande de titre de séjour " salarié ". Dès lors, il ne saurait utilement soutenir que c'est à tort que le préfet n'a pas suivi la procédure décrite à l'article R. 5221-17 du code du travail et n'a pas fait instruire sa demande d'autorisation de travail par les services compétents. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet en refusant d'appliquer ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit :/ () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il est impossible de dater le moment où il est entré sur le territoire français, lui-même faisant état, au gré de ses auditions par les services de gendarmerie et de ses écritures, des années 2007, 2010 ou 2013. Le requérant a également déclaré devant les services de gendarmerie avoir effectué plusieurs allers-retours entre le Maroc et la France entre 2010 et 2013. Par ailleurs, la seule production d'un curriculum vitae, de deux promesses d'embauche et d'une demande d'autorisation de travail pour un emploi de boucher ne saurait suffire pour permettre de le regarder comme justifiant d'une insertion professionnelle. Cette insertion ne ressort pas davantage des attestations versées au dossier en ce qu'elles sont rédigées en des termes peu circonstanciés et que la procédure qu'il a engagée devant le conseil des prud'hommes à la suite d'un accident du travail a été rejetée pour irrecevabilité. Il ressort également des pièces du dossier que si son père et l'un de ses frères, qui l'hébergent, vivent en France, et s'il a noué des liens dans le cadre de la pratique du football, sa mère et certaines de ses sœurs vivent au Maroc, l'un de ses sœurs et ses deux autres frères vivant quant à eux en Espagne, pays dans lequel il a lui-même résidé et a bénéficié d'un titre de séjour avant de faire l'objet en 2015 d'une procédure d'éloignement. Ainsi, ces éléments ne peuvent permettre de considérer que ses intérêts privés et familiaux se situaient en France à la date de la décision contestée. En outre, M. C a déjà fait l'objet, le 23 février 2011, d'une procédure d'éloignement de la part du préfet de la Haute-Garonne, mesure malgré laquelle il s'est maintenu sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'a, dès lors, méconnu ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doit donc être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de la décision attaquée, " la carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".

11. D'une part, les circonstances dont se prévaut M. C, tirées de l'ancienneté de sa présence en France, de son insertion professionnelle et de la présence de membres de sa famille sur le territoire français, ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. D'autre part, comme il a été dit au point 8, M. C n'établit, par les pièces qu'il a produites aux débats, ni la date exacte de son entrée en France, ni sa présence habituelle sur le territoire français depuis au moins dix ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ne compte pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Dès lors, le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Le moyen tiré du vice de procédure doit par suite être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Les conclusions à fin d'annulation de M. C étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Héry, présidente,

- Mme Sarraute, première conseillère,

- Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2005659

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