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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2005837

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2005837

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2005837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAGORCE & ASSOCIES - L&MC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2020, Mme B A, représentée par Me Panfili demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 17 novembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Montauban lui a refusé un avancement de grade ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Montauban à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier de Montauban de la nommer au grade d'infirmière de catégorie A 2ème grade et de reconstituer sa carrière avec effet rétroactif à la date de la commission administrative paritaire du 20 juin 2020 ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montauban la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est illégale dès lors que classée en 8ème position sur la liste des agents promouvables, elle n'a pas été promue contrairement à deux agents classés derrière elle et ce alors même que le centre hospitalier n'avance aucune évaluation défavorable à son encontre ;

- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité de traitement, les articles 6 et 6 sexies de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ainsi que l'article 2 de la loi n°2008-496 du 27 mai 2008 dès lors que la promotion qu'elle demande lui a été refusée en raison de son état de santé, de sa situation de handicap et du recours qu'elle a formé contre son employeur ;

- le refus du centre hospitalier de la promouvoir constitue une mesure de rétorsion liée à la fois à son état de santé et à son recours pendant et traduit ainsi un détournement de pouvoir ;

- elle est fondée à demander à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier de Montauban de la nomme au grade d'infirmière de catégorie A 2ème grade à la date de la commission administrative paritaire du 23 juin 2020 avec reconstitution rétroactive de sa carrière ;

- le centre hospitalier de Montauban a commis une faute engageant sa responsabilité, dès lors qu'il l'a arbitrairement privée de sa promotion ;

- elle a subi un préjudice direct et certain du fait de l'illégalité fautive commise à son égard par le centre hospitalier ;

- elle a subi un préjudice moral du fait de l'absence de reconnaissance professionnelle et de la discrimination liée à son état de santé ;

- elle a subi un préjudice matériel consécutif à l'absence d'avancement.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2021, le centre hospitalier de Montauban, représenté par Me Lagorce-Billiaud, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Il fait valoir que :

- la requête doit être rejetée pour défaut de fondement ;

- en tout état de cause, aucune discrimination ni aucune méconnaissance des textes ne peuvent lui être reprochées dès lors que, contrairement à la requérante, les deux agents ayant bénéficié d'un avancement remplissent l'intégralité de leurs missions et disposent d'une meilleure évaluation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2021 par une ordonnance du 4 août précédent.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- la loi n°2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les conclusions de M. Alain Daguerre de Hureaux, rapporteur public,

- et les observations de Me Panfili, représentant Mme A, ainsi que celles de Me Lagorce-Billiaud, représentant le centre hospitalier de Montauban.

Considérant ce qui suit :

1. Infirmière diplômée d'état au sein du centre hospitalier de Montauban (Tarn-et-Garonne) depuis le 1er septembre 2004, Mme A a été inscrite au tableau d'avancement de la commission administrative paritaire du 23 juin 2020. N'ayant pas accédé au grade d'infirmière de catégorie A 2ème grade, par courrier du 16 septembre 2020, elle a demandé au centre hospitalier de Montauban de la nommer dans ce grade et de lui verser une indemnité en réparation des préjudices subis. En l'absence de réponse, par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux, d'enjoindre au centre hospitalier de Montauban de la nommer au grade d'infirmière de catégorie A 2ème grade et de reconstituer sa carrière à la date de la commission administrative paritaire précitée. Elle demande également au tribunal de condamner le centre hospitalier de Montauban à lui verser la somme de 10 000 en réparation des préjudices, matériel et moral, subis.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ". Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a pas demandé au centre hospitalier de Montauban les raisons pour lesquelles il a rejeté son recours gracieux, sollicitant son avancement au grade d'infirmière de catégorie A 2ème grade. La circonstance, qui au demeurant n'est pas établie par les pièces du dossier, que Mme A aurait demandé ces motifs dans un courrier adressé le 25 juin 2020, est sans incidence, ce courrier étant antérieur à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un recours tendant à l'annulation d'une décision en lien avec un tableau d'avancement, ne peut se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle du candidat écarté, et doit analyser les mérites comparés de cet agent avec ceux des autres agents candidats à ce même grade.

4. En l'espèce, Mme A soutient que la décision attaquée est illégale dès lors que, classée en 7ème position sur la liste des agents promouvables, elle n'a pas fait l'objet d'un avancement de grade alors que deux agents classés après elle sur cette liste ont finalement été promues et ce, alors même que le centre hospitalier n'avance aucune évaluation défavorable à son encontre.

5. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier, que contrairement à ses deux collègues promues, la requérante ne remplit pas l'intégralité des missions confiées aux infirmières diplômées d'Etat dès lors qu'elle n'effectue aucune visite à domicile. D'autre part, il ressort de ses différentes évaluations que Mme A effectue des " prises en charge de qualité ", un " travail sérieux ", qu'elle est " impliquée et investie dans les prises en charge " et " très disponible " et qu'elle " demande à faire une formation en addictologie ". Par ailleurs, il ressort des évaluations de sa collègue alors placée en 8ème position qu'elle " s'investit énormément dans son travail " tant au centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie que pour l'éducation thérapeutique du patient, qu'elle " fait preuve de dynamisme et de conscience professionnelle ", elle est " très agréable " et " enthousiaste ", qu'elle " souhaite faire un diplôme universitaire pleine conscience " et qu'elle " travaille consciencieusement et dans la bonne humeur ". En outre, il ressort des évaluations de sa collègue alors placée en 9ème position qu'elle " a participé activement à l'ouverture du service des soins intensifs ambulatoires de psychiatrie ", elle " réalise des prises en charge de qualité " et du " bon travail ", qu'elle est " rigoureuse et disponible " et a déjà a suivi une formation en sophrologie " au bénéfice des patients de l'unité ", que, par ailleurs, elle est " référente hygiène " et " impliquée dans la qualité et la sécurité des soins ". Dans ses conditions, quand bien même Mme A bénéficie de bonnes évaluations et d'une bonne notation, il ressort des pièces du dossier que ses deux collègues promues, dont elle conteste l'avancement, disposent d'appréciations littérales plus variées et plus élogieuses que les siennes. Dès lors, les mérites de ces agentes sont supérieurs à ceux de la requérante. Par suite, le centre hospitalier n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la valeur professionnelle de Mme A écartée par comparaison à celles des autres infirmières promouvables à ce même grade.

6. En troisième lieu, il appartient au requérant qui s'estime lésé par une mesure discriminatoire de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de non-discrimination, et il incombe au défendeur de produire tous éléments permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge auquel il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Mme A soutient que la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité de traitement et le principe de non-discrimination notamment tel que prévu par les articles 6 et 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ainsi que l'article 2 de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations dès lors que la promotion qu'elle demande lui a été refusée en raison de son état de santé, de sa situation de handicap et du recours qu'elle a formé contre son employeur. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des avis et appréciations précités non plus que de ses notations annuelles, qu'elle aurait fait l'objet d'une quelconque discrimination à raison de sa situation personnelle, de son conflit avec son employeur ou de son état de santé, en particulier lors de la préparation du tableau d'avancement en cause, et que son classement aurait porté sur des considérations autres que la stricte appréciation de sa valeur professionnelle, comparée à celle des autres agents promouvables. En outre, aucune disposition légale ou réglementaire ne prévoit que la situation de handicap puisse faire l'objet d'une quelconque discrimination, dans un sens ou dans un autre, en matière d'avancement. Mme A, qui ne conteste pas avoir bénéficié d'aménagements de ses conditions de travail en lien avec son état de santé ou son handicap conformes à ses attentes, n'apporte ainsi aucun élément de nature à laisser présumer qu'elle aurait été victime d'un traitement inégal ou discriminatoire en raison de son état de santé ou de son handicap, non plus d'ailleurs que de l'existence alléguée d'un traitement discriminant à son égard en raison du contentieux qui l'oppose à son employeur. Il suit de là que les moyens tirés des atteintes aux principes de non-discrimination et d'égalité de traitement au regard de son état de santé, de son handicap ou du contentieux l'opposant à son employeur doivent tous être écartés dans toutes leurs branches.

8. En dernier lieu, si Mme A soutient que le refus du centre hospitalier de la nommer au grade supérieur constitue une mesure de rétorsion liée à la fois à son état de santé et au contentieux l'opposant à son employeur, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, la requérante n'établit pas le détournement ainsi allégué. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Montauban, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier de Montauban a commis une faute, en refusant de la nommer au grade d'infirmière de catégorie A 2ème grade. Par suite, en l'absence de faute commise par le centre hospitalier, les conclusions de la requérante à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre du centre hospitalier de Montauban, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier de Montauban présentée sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Montauban au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Montauban.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

V. JORDALe président,

D. KATZLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef :

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