mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2005883 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces enregistrés respectivement le 18 novembre 2020, le 13 janvier 2021 et le 6 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation à l'aune de la motivation du jugement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens et d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachés d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- elle n'a pas été prise à l'issue d'une délibération collégiale du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- le préfet s'est considéré lié par l'avis du collège de médecins ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir de régularisation du préfet ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et s'est placé en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 9 décembre 2020 et le 18 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 12 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1950 à Sidi Lamine (Maroc), est arrivé sur le territoire français le 28 avril 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade ainsi qu'au titre des liens privés et familiaux le 19 mai 2020. Par un arrêté du 14 octobre 2020, le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 12 février 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est donc devenue sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration au sein de la préfecture de la Haute-Garonne. Il est vrai qu'à la date d'édiction de cet arrêté, l'arrêté du 2 avril 2020 donnant délégation à cette dernière à l'effet de signer les mesures relatives à la police des étrangers n'avait été publié ni au recueil administratif ni sur le site internet de la préfecture. Il n'était, par conséquent, pas opposable. Toutefois, par un arrêté du 17 décembre 2019, régulièrement publié et mis en ligne le même jour, Mme C avait reçu délégation à l'effet de signer les mêmes mesures. Dès lors que l'arrêté du 2 avril 2020, renouvelant cette délégation et prévoyant l'abrogation de l'arrêté du 17 décembre 2019, n'était pas entré en vigueur, ce dernier arrêté restait en vigueur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 313-11 (7° et 11°) et L. 511-1 (3° du I) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne, de manière suffisamment précise, les considérations de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B ainsi que les éléments essentiels de sa situation personnelle et familiale. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour sur laquelle elle est fondée. La décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours ne nécessitait non plus pas une motivation spécifique s'agissant du délai de droit commun. Enfin, l'arrêté indique que le requérant n'a pas établi être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, les décisions contestées sont suffisamment motivées en droit comme en fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". La décision litigieuse ayant été prise à la suite de la demande déposée par M. B, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées. Par conséquent, le moyen ne peut qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, selon l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". En vertu de l'article R. 313-22 du même code : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon l'article R. 313-23 dudit code : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
7. Lorsque l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège émet l'avis suivant ", cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. En l'espèce, l'avis médical concernant M. B a été produit par le préfet de la Haute-Garonne, comporte l'indication selon laquelle il est intervenu après un délibéré et a été signé par les trois médecins composant le collège. Le requérant se borne à soutenir que la délibération n'aurait pas été collégiale, mais il n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de cette allégation dont le bien-fondé ne ressort pas non plus des pièces versées au dossier. En outre, la délibération pouvant prendre la forme d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle, la seule circonstance que les trois médecins composant le collège ne relèvent pas du même secteur géographique, à la supposer établie, n'est pas de nature à remettre en cause à elle seule le caractère collégial de la délibération. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.
8. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas examiné de manière réelle et sérieuse la situation particulière de M. B avant de décider de rejeter sa demande de titre de séjour.
9. En quatrième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté qu'après avoir pris en compte l'avis du collège de médecins, l'autorité préfectorale a apprécié si le requérant remplissait les conditions d'octroi d'un titre de séjour. Il ne s'est donc pas estimé lié par cet avis.
10. En cinquième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions rappelées au point 7, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
11. Pour rejeter la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade présentée par M. B, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 11 août 2020. Par cet avis, le collège a estimé que si l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale et si le défaut de cette prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Il ressort des pièces médicales produites par M. B que l'intéressé a subi une intervention cardiaque en France le 16 janvier 2020 et qu'il présente plusieurs pathologies, notamment une hypertension artérielle et un rétrécissement aortique, mais également des troubles anxio-dépressifs, lesquelles nécessitent un suivi cardiologique et psychologique ainsi que des traitements médicamenteux. Si M. B soutient qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, il ressort toutefois des pièces du dossier que les médicaments administrés pour soigner ses troubles cardiaques sont disponibles au Maroc, comme en attestent les pièces versées par le préfet en défense. De même, rien ne permet de penser que le suivi psychologique nécessité par son état de santé actuel serait impossible en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, si le requérant soutient que ses moyens financiers et son isolement géographique au Maroc l'empêcheraient d'avoir accès à une prise en charge effective, il se borne à produire sur ce point une attestation par laquelle le médecin responsable du centre de santé de Sidi Amar souligne la distance importante entre ce site, non pourvu des moyens logistiques suffisants, et le centre hospitalier de Fès. Néanmoins, cette seule attestation n'est pas suffisante pour étayer les affirmations de l'intéressé, alors que rien dans le dossier ne permet notamment d'établir l'exigence d'une proximité immédiate entre son lieu de résidence et les services les plus spécialisés. Par suite et sans qu'il soit besoin de procéder à la mesure d'instruction suggérée par le préfet, la décision en litige ne méconnaît pas les dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En sixième lieu, selon l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7°) A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. M. B est entré en France il y a moins de cinq ans, à l'âge de 66 ans. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national jusqu'à sa demande de titre de séjour. La seule présence de son fils majeur et de son épouse, avec laquelle il est au demeurant en instance de divorce, ne suffit pas à établir que le centre de ses intérêts privés se situerait en France, alors qu'il a séjourné la majeure partie de sa vie au Maroc où demeure sa mère et que ses deux filles se trouvaient en Ukraine à la date de l'arrêté attaqué. Si le requérant justifie participer à des activités associatives bénévoles, il ne dispose d'aucune ressource propre et n'établit pas avoir noué des liens sociaux ou professionnels d'une particulière intensité sur le territoire français. Enfin, comme indiqué au point 11, il ne démontre pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge adaptée à son état de santé en cas de retour au Maroc. Dès lors, le préfet de la Haute-Garonne n'a méconnu ni le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'apparaît pas que la décision préfectorale serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation du requérant.
14. En septième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
15. Le fils de M. B présent en France est majeur et le requérant ne soutient même pas que sa présence serait indispensable auprès de lui. Partant, la décision contestée ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. En outre, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 9 de cette même convention qui créent seulement des obligations entre États.
16. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, M. B ne démontre pas l'existence de circonstances humanitaires ou exceptionnelles susceptibles de justifier que le préfet mettre en œuvre son pouvoir de régularisation. Par suite, le refus de séjour n'est pas non plus entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à ce titre.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
17. En premier lieu, il ressort des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative oblige un étranger à quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions générales du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre d'une telle décision.
18. En tout état de cause, l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'il pourra, en cas de refus, faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est également loisible, pendant l'instruction de sa demande, de faire valoir tout élément nouveau auprès des services préfectoraux. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne la mesure d'éloignement. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas eu la possibilité de faire état d'éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle qui soient susceptibles d'influer sur le sens de la décision en litige.
19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. En conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas dépourvue de base légale.
20. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 13, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision susvisée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été indiqué aux points 17 et 18 que le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire ne peut qu'être écarté. En tout état de cause, le requérant n'allègue pas avoir fait état de circonstances particulières susceptibles de justifier l'octroi d'un délai de départ supérieur au délai de droit commun de trente jours.
22. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par conséquent, la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas dépourvue de base légale.
23. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B ou qu'il se serait estimé en situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire.
24. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus et alors que le requérant ne précise pas la nature des circonstances particulières qui auraient pu justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur au délai normal de trente jours, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être également écartés.
Sur les conclusions accessoires :
25. Le présent jugement ne faisant pas droit aux conclusions à fin d'annulation, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Jozek, premier conseiller,
M. Jazeron, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
F. D
Le président,
J.C. TRUILHE
La greffière,
M.E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026