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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2005982

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2005982

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2005982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2020, M. B D, représenté par Me Amari de Beaufort, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) l'annulation de la décision en date du 20 mai 2020 par laquelle le préfet de la Haute- Garonne a rejeté la demande de regroupement familial présentée en faveur de son enfant A D ;

2°) l'injonction au préfet de la Haute-Garonne de se prononcer à nouveau sur sa demande de regroupement familial au bénéfice de son enfant dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) la mise à la charge de l'Etat de la somme de 2 013 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 421-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que le préfet a estimé qu'il avait déposé sa demande postérieurement à la majorité de son fils, alors qu'il n'est pas justifié que le dossier qu'il a déposé le 6 décembre 2018 n'était pas complet ;

- la durée excessive des services préfectoraux à traiter sa demande de regroupement familial fait en tout état de cause obstacle à ce que lui soit opposée la majorité de son fils ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée au droit de son fils et lui au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur, au sens de l'article 3 § 1 de la convention internationale des droits de l'enfant, de son fils.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 12 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 3 novembre 2021.

Un mémoire, enregistré le 14 décembre 2021, a été présenté pour M. D et n'a pas été communiqué.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 6 novembre 2020, le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à M. D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre l'administration et le public ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant ivoirien né le 27 mai 1967, s'est vu opposer le 5 mars 2015 par le préfet de la Haute-Garonne une décision de refus de regroupement familial en faveur de ses trois enfants, au motif de l'insuffisance de superficie de son logement, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 5 octobre 2017, confirmé par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 9 mars 2018. Par un pli envoyé le 6 décembre 2018 et notifié le 7 décembre 2018, M. D a adressé à la direction territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Toulouse une nouvelle demande de regroupement familial en faveur de son fils A D, né le 26 janvier 2001. Par une lettre du 2 mai 2019, le directeur territorial de l'OFII a attesté du dépôt et de l'enregistrement de son dossier complet de demande de regroupement familial le 25 mars 2019. Par une décision du 20 mai 2020, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté, sur le fondement de l'article R. 411-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de regroupement familial présentée par M. D, au motif qu'il avait déposé sa demande le 25 mars 2019 à une date à laquelle son fils était majeur, qu'il ne remplissait au surplus pas les conditions de ressources et qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation en fait, il ressort de la motivation susdécrite de ladite décision qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qu'elle est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen particulier de l'ensemble de la situation personnelle et familiale de M. D alors qu'il résulte en particulier des termes mêmes de la décision critiquée que le préfet a notamment recherché dans quelle mesure cette décision ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En troisième lieu, et à titre principal, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par () les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. " Aux termes de l'article L. 421-4 du même code, alors applicable : " L'autorité administrative statue sur la demande dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. () ". L'article R. 411-3 dudit code, alors en vigueur, prévoit que : " L'âge () des enfants pouvant bénéficier du regroupement familial est apprécié à la date du dépôt de la demande ". L'article R. 421-7 du code, alors applicable, précise que : " Le ressortissant étranger fait sa demande auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". L'article R. 421-8 du code, alors en vigueur, dispose que : " Au vu du dossier complet, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois prévu à l'article L. 421-4. " Enfin, l'article R. 421-20 du code, alors en vigueur, précise que : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet (). Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans le délai de six mois prévu à l'article L. 421-4. () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'examen par l'OFII de la recevabilité de la demande de regroupement familial et la délivrance de l'attestation de dépôt faisant courir le délai d'examen au fond de la demande par l'autorité préfectorale sont subordonnés au caractère complet du dossier déposé. En cas de contestation du caractère incomplet du dossier avant la délivrance par l'OFII de l'attestation de dépôt prévue à l'article R. 421-8, il appartient au demandeur d'apporter la preuve, par tous moyens, du dépôt de sa demande dans les conditions requises par l'article R. 421-1 et de l'envoi de l'ensemble des pièces exigées par l'article R. 421-4.

6. Si M. D soutient que le dossier de demande de regroupement familial reçu par la direction territoriale de l'OFII le 7 décembre 2018 était complet au regard des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, par suite, le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 421-8 du même code en se fondant sur la date d'enregistrement du dossier comme complet par l'OFII, le 25 mars 2019, pour estimer qu'il avait introduit sa demande de regroupement familial à une date à laquelle son fils, né le 26 janvier 2001, était majeur, il n'en apporte pas la preuve par la seule production de l'accusé de réception de son envoi à l'OFII du 7 décembre 2018. La circonstance que l'OFII aurait manqué à ses obligations d'examiner dans un délai raisonnable la recevabilité de son dossier de demande et de l'informer de son caractère incomplet, si elle est le cas échéant de nature à lui permettre d'introduire un recours en responsabilité à l'encontre de l'établissement public, est en tout état de cause sans incidence sur l'application des dispositions de l'article R. 421-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, la circonstance que la décision de refus de regroupement familial du 20 mai 2020 a été prise plus d'un an après l'enregistrement comme complet, le 25 mars 2019, du dossier de demande présenté par M. D est sans incidence sur la majorité du fils du requérant à la date de cet enregistrement et, par suite, sur le sens de cette décision.

8. En cinquième lieu, dès lors qu'il est constant que le fils de M. D était majeur à la date de l'enregistrement de la demande de regroupement familial présentée par le requérant, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur, au sens de l'article 3 § 1 de la convention internationale des droits de l'enfant, du fils de l'intéressé ne peut qu'être écarté comme inopérant.

9. En dernier lieu, dès lors que le préfet de la Haute-Garonne était tenu, en application de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de rejeter une demande de regroupement familial présentée en faveur d'un enfant majeur, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 20 mai 2020 par laquelle le préfet de la Haute- Garonne a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. D en faveur de son enfant A D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à la mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, de la somme sollicitée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

J-C. C

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDERENLa greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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