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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2006039

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2006039

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2006039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDUJARDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2020, et un mémoire, enregistré le 23 avril 2021, M. C A, représenté par Me Dujardin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2020 par lequel la préfète du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait substantielles, en tant qu'elle mentionne qu'il a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de Français et qu'il a présenté une version falsifiée de son autorisation provisoire de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas examiné sa situation personnelle au regard de sa vie privée et familiale et au vu des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son arrivée en France en 2015 à l'âge de dix-sept ans, de son absence de liens avec son pays d'origine, de son parcours personnel et de ses projets professionnels ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à l'ancienneté et la stabilité de son séjour et à son projet professionnel ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2021, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Par ordonnance du 20 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 23 novembre 2021 à 12 heures 00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 4 avril 1997 à Arhbala (Maroc) est entré en France selon ses déclarations le 11 février 2015. Il a été placé, à l'âge de 19 ans, dans le cadre d'une assistance éducative prononcée par le juge des enfants du 5 août au 24 octobre 2016, puis a bénéficié d'un accueil contractualisé " jeune majeur ". Il a présenté le 10 avril 2017 à la préfecture du Tarn une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 9 août 2017, le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse en date du 5 mars 2018 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 20 février 2019. Le 23 novembre 2018, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 13 août 2019, le préfet du Tarn la lui a refusée, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement du 8 juillet 2018, le tribunal administratif de Toulouse a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. A. Par un arrêté du 29 septembre 2020, la préfète du Tarn, après avoir invité M. A à formuler ses observations et à produire de nouveaux éléments, a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire sans délai, en fixant le pays de destination et en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le rejet de la demande de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 13 août 2020, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture du Tarn, la préfète de ce département a donné délégation à M. Michel Laborie, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision litigieuse vise les textes dont elle fait application. De plus, elle mentionne des éléments de fait relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, notamment qu'une autorisation provisoire de séjour lui a été remise le 28 juillet 2020, que le 21 août 2021, il a fourni une demande d'inscription au centre de formation pour adultes de Cunac (Tarn) pour suivre une formation en apprentissage, qu'il a présenté lors de son inscription une version falsifiée de son autorisation provisoire de séjour, en supprimant la mention qui ne l'autorise pas à travailler, et qu'un signalement a été fait au procureur de la République d'Albi le 14 septembre 2020. En outre, la décision indique que le 22 octobre 2019 l'intéressé avait sollicité des prestations sociales auprès de la Caisse primaire d'assurance maladie du Tarn en présentant un titre de séjour de cinq ans se révélant comme un faux document, qu'un signalement a également été fait le 24 février 2020 pour cette tentative de fraude et que le comportement de M. A était ainsi de nature à troubler gravement l'ordre public. La décision précise par ailleurs que M. A, célibataire sans enfant, sans emploi et sans ressources et dont la famille réside au Maroc, n'a pas fait valoir de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels et ne peut dès lors bénéficier d'un droit au séjour en France. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté. En outre, il ne ressort pas de cette motivation que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté du 29 septembre 2020 vise à tort une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de Français alors qu'il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour, une telle erreur matérielle est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un signalement adressé le 24 février 2020 par la préfète du Tarn au procureur de la République d'Albi que M. A a produit à l'appui d'une demande de prestations sociales à la Caisse primaire d'assurance maladie du Tarn un titre de séjour d'une durée de cinq ans supportant sa photo d'identité et son état civil alors que l'intéressé n'a jamais obtenu de droit au séjour en France et que le numéro FNE (fichier national des étrangers) figurant sur ce document ne correspond pas au sien. Il ressort en outre d'un second signalement adressé le 14 septembre 2020 par la préfète du Tarn au procureur de la République d'Albi que, dans le cadre du réexamen de sa situation suite au jugement du tribunal administratif de Toulouse le 8 juillet 2020, M. A a été invité à produire de nouveaux éléments pour actualiser sa demande de titre. Le 21 août 2020, il a fourni une demande d'inscription au centre de formation pour adultes de Cunac pour suivre une formation qualifiante de " technicien d'installation de chauffage, climatisation sanitaire et énergies renouvelables " en apprentissage avec la société Bages. Après vérification auprès des services du centre de formation, la préfecture a constaté que M. A avait présenté lors de son inscription une version de son autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée le 28 juillet 2020 qui ne comportait pas la mention " cette autorisation ne permet pas à son titulaire d'occuper un emploi ", figurant pourtant sur le document que lui avait remis les services préfectoraux. Le requérant, en se bornant à faire valoir que le tribunal judiciaire ne s'est pas prononcé sur ces faits, ne conteste pas sérieusement les informations contenues dans ces signalements. Ainsi, en retenant, d'une part, que M. A avait sollicité des prestations sociales en présentant un titre de séjour se révélant comme un faux document et, d'autre part, qu'il avait présenté lors de son inscription en centre de formation pour adultes une version falsifiée de son autorisation provisoire de séjour, la préfète n'a pas entaché sa décision d'erreurs de faits. Elle pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, eu égard à la nature de ces faits et alors même qu'aucune condamnation n'a en l'état été prononcée à l'encontre de M. A, considérer que le comportement de l'intéressé représentait une menace à l'ordre public.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2.. ". Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète, qui a tenu compte de la situation familiale du requérant et de son inscription en centre de formation, a vérifié si l'admission exceptionnelle au séjour de M. A répondait à des considérations humanitaires ou se justifiait au regard de motifs exceptionnels. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée doit donc être écarté.

7. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A soutient être entré en France le 11 février 2015, à l'âge de 17 ans, à la suite du décès de sa grand-mère au Maroc, que son grand-père, qui est désormais sa seule attache familiale, vit en France et qu'il maîtrise la langue française. Cependant, M. A ne conteste pas être célibataire ainsi que sans charge de famille sur le territoire français et il ne justifie par aucune pièce de l'intensité des liens qu'il allègue entretenir avec son grand-père qui ne l'a pas accueilli alors même qu'il est entré mineur en France et a bénéficié d'une mesure d'assistance éducative. Si le requérant invoque également ses projets professionnels suite aux stages qu'il a réalisés, il ne justifie pas, depuis l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle d'installateur sanitaire le 3 juillet 2018, avoir exercé d'activité professionnelle durable. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision de refus de séjour litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, compte tenu de l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, M. A ne saurait exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de sa contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Compte tenu de l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, M. A ne saurait exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de sa contestation de la décision fixant le pays de destination.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2020 par lequel la préfète du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. A tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

14. L'Etat n'ayant pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante les conclusions présentées par M. A au profit de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Dujardin et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Jozek, premier conseiller,

M. Jazeron, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

J.-C. TRUILHÉLa greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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