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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2006040

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2006040

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2006040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGOUTAL ALIBERT & ASSOCIES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2020 et un mémoire enregistré le 24 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Hirtzlin-Pinçon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du maire de Toulouse rejetant sa demande d'allocation temporaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre à la commune de Toulouse de prendre une décision sous quinzaine, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour calendaire jusqu'à parfaite exécution ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine du conseil médical ;

- sa demande d'attribution d'allocation temporaire d'invalidité n'est pas tardive dès lors que l'imputabilité a été reconnue le 8 janvier 2020 ;

- la Caisse des dépôts ayant considéré que sa pathologie était imputable au service, elle est fondée à solliciter le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité.

Par des mémoires enregistrés les 23 mai 2022 et 21 juillet 2022, la commune de Toulouse, représentée par Me Kaczmarczyk, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- la pathologie déclarée par Mme B ne constitue pas une maladie professionnelle au sens des dispositions du c) de l'article 2 du décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale ;

- l'affection qu'elle présente n'a pas généré un déficit fonctionnel permanent d'au moins 25% ;

- elle n'a jamais repris ses fonctions et son congé de maladie trouve son origine dans la dépression qu'elle estime imputable au service ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 juin 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Poupineau,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- et les observations de Me Hirtzlin-Pinçon, représentant Mme B, et de Me Aveline, représentant la commune de Toulouse.

Une note en délibéré, enregistrée au greffe du tribunal le 16 juin 2023, a été présentée pour Mme B. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui était animatrice territoriale au sein de la commune de Toulouse, a été placée à partir du 15 janvier 2015 en congé de longue durée à la suite d'un événement survenu le 16 octobre 2014 et reconnu comme accident de service le 18 décembre 2014. Elle n'a jamais repris ses fonctions au sein de la collectivité et a été admise à la retraite le 31 décembre 2019. Par un courrier du 15 janvier 2020, reçu le 17 janvier 2020, elle a saisi la commune de Toulouse d'une demande tendant au versement de l'allocation temporaire d'invalidité (ATI) au titre de la période allant de septembre 2009 à octobre 2014 et de l'ATIACL au titre de la période allant de novembre 2014 au 31 décembre 2019. Du silence gardé par son ancien employeur sur sa demande est née une décision implicite de rejet dont Mme B demande l'annulation par la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B ait sollicité la communication des motifs de la décision implicite rejetant sa demande de versement de l'allocation temporaire d'invalidité. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit donc être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 2 mai 2005 : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée, dans les conditions fixées par le présent décret, aux fonctionnaires mentionnés à l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et qui sont affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. " Aux termes de l'article 2 de ce décret : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : () c) Soit d'une maladie reconnue d'origine professionnelle dans les conditions mentionnées aux alinéas 3 et 4 de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, sous réserve des dispositions de l'article 6 du présent décret. Les fonctionnaires justifiant se trouver dans les cas prévus aux b et c ne peuvent bénéficier de cette allocation que dans la mesure où l'affection contractée serait susceptible, s'ils relevaient du régime général de sécurité sociale, de leur ouvrir droit à une rente en application des dispositions du livre IV dudit code et de ses textes d'application. " Aux termes de l'article 6 du même décret : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé. Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination. " Ces dispositions imposent la consultation de la commission de réforme dans tous les cas où le bénéfice des textes précités est demandé par un agent, hormis le cas où le défaut d'imputabilité au service est manifeste, afin de déterminer notamment si l'affection en cause est ou non imputable au service.

5. Il ressort des écritures en défense de la commune de Toulouse que, pour rejeter la demande de Mme B par la décision implicite attaquée, la commune a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions prévues par le c) de l'article 2 du décret susvisé du 2 mai 2005, la pathologie déclarée par l'intéressée n'étant pas en lien avec le service et ne constituant pas, dès lors, une maladie professionnelle au sens de ces dispositions. Si la requérante reproche à la commune de Toulouse de ne pas avoir consulté préalablement à sa décision la commission de réforme, en méconnaissance de l'article 6 du même décret, il résulte de l'instruction que cette commission avait déjà été saisie dans le cadre de l'instruction de la demande de reconnaissance de maladie professionnelle présentée par Mme B le 2 mars 2015 et qu'elle avait émis, le 24 février 2017, un avis favorable à la reconnaissance du caractère professionnel de la pathologie dont cette agente était atteinte. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme n'ayant été privée d'aucune garantie. Par suite, le moyen, au demeurant peu argumenté, tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Pour contester la décision en litige, fondée sur l'absence de caractère professionnel de la pathologie dont elle souffre, la requérante se prévaut d'un courrier de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités territoriales du 8 janvier 2021, l'informant de ce que son infirmité ayant été reconnue comme imputable au service, une rente d'invalidité fixée à 30% de son dernier traitement allait lui être versée. Toutefois, il résulte de l'instruction, que par une décision du 9 mai 2017, la commune de Toulouse a rejeté la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'état anxio-dépressif dont Mme B est atteinte, et donc de l'origine professionnelle de sa maladie. Cette décision, motivée par l'absence de lien direct et certain entre l'affection de Mme B et l'exercice de ses fonctions, et la circonstance que l'intéressée présentait, en outre, un état pathologique antérieur évoluant pour son propre compte, a été confirmée par un jugement du tribunal du 4 juillet 2019. Par un arrêt du 13 décembre 2021, la Cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté l'appel formé par Mme B contre le jugement du tribunal, aux motifs, notamment, qu'il n'était pas établi que l'exercice de ses fonctions par Mme B ou ses conditions de travail seraient en elles-mêmes de nature à susciter le développement de la maladie dont elle demeurait atteinte. En se bornant à se prévaloir de la décision précitée de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités territoriales du 8 janvier 2021, qui, en tout état de cause, ne liait pas l'autorité territoriale, Mme B n'apporte pas d'élément suffisant permettant de remettre en cause l'appréciation portée par la commune sur l'origine de sa maladie, qui a été confirmée par des décisions juridictionnelles définitives. Dès lors, c'est à bon droit que la commune de Toulouse a, pour le motif précité, refusé de faire droit à la demande de versement de l'allocation temporaire d'invalidité de Mme B.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Toulouse, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite rejetant sa demande de versement de l'allocation temporaire d'invalidité. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de Mme B une somme de 500 euros à verser à la commune de Toulouse sur le fondement de ces dispositions.

9. En l'absence de dépens, les conclusions tendant à ce que de tels dépens soient mis à la charge de la commune de Toulouse ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera une somme de 500 euros à la commune de Toulouse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU

L'assesseure la plus ancienne,

M. ROUSSEAU

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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