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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2006106

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2006106

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2006106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2020 et un mémoire complémentaire enregistré le 2 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 octobre 2020 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'un an au titre de la vie privée et familiale et ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont distraction au profit de son conseil.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de son signataire, l'autorité préfectorale n'apportant pas la preuve que le préfet aurait été empêché ou absent ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;

- l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute, d'une part, d'avoir été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour prévue par les articles L. 132-2 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions des articles L. 313-11 6° et 7° de ce même code, d'autre part, de ne pas avoir tenu compte de sa présence en France depuis plus de dix ans ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de sa durée de présence sur le territoire français et de la circonstance qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et professionnels en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses liens avec sa fille ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il ne tient pas compte de l'intérêt supérieur de sa fille.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 23 novembre 2021.

Par une décision du 12 février 2021, la demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jozek a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 10 avril 1969 à Cebala (Tunisie), de nationalité tunisienne, a déclaré être entré en France le 16 août 1996 muni d'un passeport revêtu d'un visa de 14 jours délivré par l'ambassade suisse en Tunisie, valable du 7 août 1996 au 6 septembre 1996. Le 23 septembre 1997, l'intéressé a sollicité la régularisation de sa situation et a fait l'objet, le 27 août 1998, d'un arrêté de reconduite à la frontière. Le 28 mai 2011, M. B a sollicité son admission au séjour au titre de dix années de résidence en France et a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi le 20 décembre 2011. M. B a sollicité, le 1er juillet 2020, son admission au séjour en France en qualité de parent d'un enfant français, sur le fondement de l'article L. 313-11 (6°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le fondement des stipulations de l'article 10.1 c) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. L'intéressé s'est vu remettre un récépissé de carte de séjour, valable jusqu'au 30 octobre 2020. Par un arrêté du 7 octobre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article 7 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 stipule : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions sont reprises à l'article L. 423-7 de ce code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant ".

3. Il ressort des pièces du dossier que de la relation entre M. B et Mme E est née le 4 mars 2003 Alexandra D, qui a été reconnue par M. B le 20 août 2003 et qui a acquis la nationalité française par déclaration souscrite le 7 mai 2019. M. B a vécu en concubinage avec sa compagne jusqu'en 2008. Par un jugement du 9 avril 2010, le juge aux affaires familiales près le tribunal de grande instance de Toulouse a confié l'exercice de l'autorité parentale sur la jeune F D aux deux parents et a fixé la résidence habituelle de l'enfant chez sa mère. Le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-11-6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il ne produisait pas d'éléments probants établissant qu'il participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil. Il ressort cependant des pièces du dossier qu'en dépit de l'impécuniosité qui a justifié que le juge aux affaires familiales déboute la mère d'Alexandra D de sa demande de contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, M. B a mis en place à compter d'octobre 2016 un virement permanent d'une valeur de 20 euros par mois au profit de sa fille et s'acquitte de certains de ses frais scolaires ou médicaux, ainsi que cela ressort d'attestations de paiement d'assurance scolaire délivrées à l'intéressé au titre des années scolaires 2012/2013, 2015/2016, 2017/2018, d'une attestation de règlement pour des soins d'odontologie en octobre 2015 ou encore d'une facture établie à son nom en novembre 2019 pour une consultation psychologique de sa fille. Le requérant produit, outre les certificats de scolarité et relevés trimestriels qui lui ont été adressés par les établissements scolaires de sa fille, de très nombreux messages téléphoniques qu'il a échangés avec sa fille sur la période d'avril 2019 à mai 2020, une attestation sur l'honneur de sa fille, établie en juin 2020, dont il ressort que M. B participe à toutes les dépenses la concernant et qu'il lui a apporté son aide, notamment dans son suivi psychologique lorsqu'elle a été victime de harcèlement scolaire, et un courrier que sa fille a adressé à la préfecture en octobre 2020 dans lequel elle témoigne de manière circonstanciée de la présence quotidienne de son père à ses côtés depuis 2008, notamment pour la chercher à l'école, au collège puis au lycée, pour payer ses dépenses pour les repas, les vêtements, les sorties, ou pour l'accompagner faire des courses, alors que sa mère est très diminuée en raison de problèmes de santé. Par suite, il résulte de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le préfet de la Haute-Garonne, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 313-11-6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 octobre 2020 portant refus de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Pour l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, l'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas la délivrance à M. B de la carte de séjour prévue à l'article L. 313-11-6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris à l'article L. 423-7 de ce code, dont il ne remplit plus les conditions du fait de la majorité de sa fille, mais implique seulement que le préfet lui délivre sans délai une autorisation provisoire de séjour et procède au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 octobre 2020 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. B sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Jozek, premier conseiller,

M. Jazeron, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. Jozek

Le président,

J.-C. TRUILHÉLa greffière,

M.-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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