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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2006183

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2006183

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2006183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDE BOYER MONTÉGUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2020, M. D E A, représenté par Me Boyer Montegut, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est incomplet en l'absence de mention de la durée prévisible des soins ; il n'a pas été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ; il n'est pas conforme aux orientations générales énoncées par l'arrêté ministériel du 5 janvier 2017 ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé lié par l'avis rendu par le collège de médecins ;

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir discrétionnaire du préfet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de procédure eu égard à la durée d'instruction de sa demande ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 janvier 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 6 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté ministériel du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et transmission des certificats, rapports médicaux et avis prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté ministériel du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de leurs missions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 24 décembre 1991 à Cosrou (Côte d'Ivoire), indique être entré sur le territoire français le 20 mars 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. L'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade le 14 mars 2019. Par un arrêté en date du 12 juin 2020, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration au sein de la préfecture de la Haute-Garonne. Il est constant que l'arrêté du 2 avril 2020 donnant délégation à cette dernière à l'effet de signer les mesures relatives à la police des étrangers n'avait pas été publié au recueil administratif ni sur le site internet de la préfecture à la date de l'arrêté attaqué. Ledit arrêté n'était, dès lors, pas opposable à cette même date. Toutefois, par un arrêté du 17 décembre 2019, régulièrement publié et mis en ligne le même jour, Mme B avait reçu une délégation à l'effet de signer les mêmes mesures. L'arrêté du 2 avril 2020 renouvelant cette délégation et prévoyant l'abrogation de l'arrêté du 17 décembre 2019 n'étant pas entré en vigueur, la délégation du 17 décembre 2019 restait en vigueur à la date de l'arrêté contesté. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, selon l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". En vertu de l'article R. 313-22 du même code : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées à la quatrième phrase du 11° de l'article L. 313-11 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. () ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'arrêté ministériel du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis émis le 20 mai 2019, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que, si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner pour lui de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le collège a précisé qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers le pays dont il est originaire. D'une part, dès lors que le collège n'a pas retenu l'existence de conséquences d'une exceptionnelle gravité en l'absence de prise en charge de M. A, il n'était pas tenu de se prononcer sur la durée prévisible de son traitement. D'autre part, lorsque l'avis du collège porte, comme en l'espèce, l'indication " Après en avoir délibéré, le collège de médecins émet l'avis suivant ", cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve contraire, laquelle n'est pas apportée par le requérant. Enfin, le contenu de l'avis du 20 mai 2019 est conforme aux prévisions précitées de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 et aucune disposition ne prescrit que ledit avis devrait mentionner les critères ayant conduit le collège à retenir ou non l'existence de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En tout état de cause, il ne ressort ni de cet avis ni des autres pièces du dossier que le collège n'aurait pas statué conformément aux orientations générales prévues par l'arrêté ministériel susvisé du 5 janvier 2017. Compte tenu de l'ensemble de ces considérations, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision rejetant sa demande de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne se serait considéré liée par l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. En troisième lieu, il appartient au juge d'apprécier, au vu des pièces du dossier, si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie l'octroi d'un titre de séjour dans les conditions rappelées ci-dessus, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. En l'espèce, par son avis du 20 mai 2019, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré qu'un défaut de prise en charge de M. A ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier et notamment du certificat médical établi par un néphrologue hospitalier le 24 juin 2020 que l'intéressé a fait don d'un rein à son oncle au cours d'une intervention réalisée le 19 septembre 2018. L'auteur de ce certificat se borne à indiquer que M. A doit bénéficier d'un suivi néphrologique à la suite de ce don en vue d'évaluer annuellement la fonctionnalité du rein restant. Par la production de ce seul document, le requérant n'établit pas que, contrairement à ce qu'a jugé le collège de médecins, il pourrait se trouver exposé à des conséquences graves en cas de non-respect du suivi médical annuel préconisé. De plus et en tout état de cause, l'intéressé n'apporte pas le moindre élément au soutien de son allégation selon laquelle un tel suivi ne serait pas possible en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, la décision en litige ne méconnaît pas les dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, la seule circonstance que les problèmes de santé invoqués par M. A soient consécutifs à un don d'organes n'est pas de nature à faire regarder l'autorité préfectorale comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de mettre en œuvre son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En cinquième lieu, si le requérant relève que l'autorité préfectorale a mis plus de seize mois pour se prononcer sur sa demande de titre de séjour, un tel délai ne révèle par lui-même aucune attitude dilatoire de la part de l'administration. Par ailleurs et en l'absence de tout élément nouveau attestant d'une évolution de l'état de santé de M. A depuis l'avis rendu par le collège de médecins, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait fondée sur des données médicales obsolètes. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et du détournement de procédure ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. En conséquence, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.

12. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () / 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que l'état de santé de M. A ne nécessite pas une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le préfet n'a pas méconnu le 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, tant ses conclusions à fin d'injonction que sa demande présentée au titre des de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A, à Me de Boyer Montegut et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Jozek, premier conseiller,

M. Jazeron, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

J.C. TRUILHELa greffière,

M.E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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