jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2006380 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GUEYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 décembre 2020, Mme E A représentée par Me Gueye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2020 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est dépourvu de base légale dès lors qu'elle est dispensée de visa et de titre de séjour en application des articles L.121-1 et L.122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est contraire à l'article L.511-4 alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2021, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A, née le 27 octobre 2002 à Urziceni (Roumanie), de nationalité roumaine, est entrée en France, selon ses déclarations, en 2012, accompagnée de ses parents. Elle a été interpellée sur la voie publique et placée en garde à vue le 23 novembre 2020 par les services de la police nationale de Montauban pour escroquerie. Le 24 novembre 2020, le préfet de Tarn-et-Garonne a pris à son encontre un arrêté l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 mars 2021. Par suite, les conclusions tendant à son admission à ce dispositif à titre provisoire sont désormais sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, le secrétaire général de la préfecture de Tarn-et-Garonne, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation pour prendre les décisions relatives au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 21 octobre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n°82-2020-071. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de Tarn-et-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également retracé le parcours migratoire de Mme A et les principaux éléments de sa situation familiale et personnelle, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne disposait d'aucun droit à se maintenir en France et devait être éloignée du territoire. Il est vrai que la décision contestée mentionne que Mme A n'est pas accompagnée d'un enfant mineur alors qu'elle est la mère du jeune D B, âgé de 14 mois. Toutefois, l'erreur de fait commise par le préfet ne constitue pas par elle-même un défaut de motivation. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de Mme A comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces versées au dossier que Mme A vit avec M. B, ressortissant roumain exerçant la profession d'agent d'entretien, actuellement en recherche d'emploi, et qu'ils ont eu un enfant, né le 12 septembre 2019, reconnu par le père à sa naissance. Toutefois, la requérante ne produit aucun document attestant de l'ancienneté et de la stabilité de sa vie maritale avec M. B. De même, si elle fait valoir qu'elle est entrée en France en 2012 avec sa famille, à l'âge de dix ans, qu'elle a suivi sa scolarité à Grenoble et que ses parents et ses huit frères et sœurs vivent dans cette ville depuis lors, elle n'établit sa présence en France, au mieux, qu'à compter de l'année 2019. Enfin, il ressort notamment des procès-verbaux d'audition par la police que Mme A n'a pas d'emploi ni de revenus propres, sollicite des dons auprès des passants sur la base de fausses allégations ce qui a conduit à son interpellation pour escroquerie, et ne maîtrise pas bien le français. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale et personnelle de Mme A et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En l'espèce, si Mme A soutient qu'elle a été menacée de mort par des proches en Roumanie et agressée physiquement en 2017, elle n'apporte aucun commencement de preuve des risques qu'elle allègue en cas de retour dans ce pays. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
10. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L.121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes :/ 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ;/ 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ;/ 3° S'il est inscrit dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantit disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 5° afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ;/ 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ;/ 5° S'il est le conjoint ou un enfant à charge accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".
11. D'autre part, aux termes de l'article L.122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant visé à l'article L. 121-1 qui a résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquiert un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français./ Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le membre de sa famille mentionné à l'article L. 121-3 acquiert également un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français à condition qu'il ait résidé en France de manière légale et ininterrompue avec le ressortissant visé à l'article L. 121-1 pendant les cinq années précédentes. Une carte de séjour d'une durée de validité de dix ans renouvelable de plein droit lui est délivrée ".
12. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme A, qui est célibataire, n'exerce pas d'activité professionnelle, ne suit aucune formation, ne dispose pas de ressources financières propres et qui n'établit pas être à la charge d'un citoyen de l'Union européenne, remplirait les conditions fixées par les dispositions précitées pour avoir le droit de résider en France pour une durée supérieure à trois mois. Elle ne saurait par conséquent se prévaloir d'un droit permanent au séjour en France. Le moyen tiré de ce que la mesure contestée serait entachée d'erreur de droit doit ainsi être écarté.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article L.511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".
14. Si Mme A soutient qu'elle réside en France depuis l'âge de dix ans et qu'elle y a été scolarisée dans la ville de Grenoble, elle ne produit aucun document étayant ces allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
15. En septième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de Tarn-et-Garonne a accordé le délai de trente jours de droit commun à Mme A pour quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus d'accorder ce délai serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2020 doivent être rejetées. Les conclusions qu'elle présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la préfète de Tarn-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme C, magistrate honoraire,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
La rapporteure,
C. C
Le président,
B. COUTIERLe greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
la greffière en chef,
ou par délégation, le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026