jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2006439 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | TOUBOUL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2006439 et des mémoires, enregistrés les 14 décembre 2020 et 20 novembre 2021, M. C A, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de perception n°106000 006 053 143 485571 2019 0000179 émis à son encontre le 29 octobre 2019 par la direction régionale des finances publiques de Mayotte, correspondant à une indemnité forfaitaire de travail supplémentaire versé 20 fois au lieu d'une seule fois ;
2°) d'annuler la mise en demeure de payer émise le 13 février 2020 et relative à ce titre de perception ;
3°) d'annuler la décision implicite de rejet du recours préalable exercé le 14 mars 2020 à l'encontre des deux décisions précédentes ;
4°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 50 526,84 euros ;
5°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 5 053 euros au titre de la majoration appliquée ;
6°) de mettre à la charge de la direction régionale des finances publiques de Mayotte ainsi que de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
En ce qui concerne le titre de perception :
- il est entaché d'un vice de compétence ;
- les bases de la liquidation ne sont pas conformes à la réglementation et sont insuffisantes ;
- l'indemnité forfaitaire est versée annuellement ;
- le montant de la créance est erroné ;
- la créance est prescrite ;
En ce qui concerne la mise en demeure de payer :
- elle est irrégulière par exception d'illégalité du titre de perception ;
- les pénalités de retard ne sont pas justifiées car il a eu connaissance du titre de perception en même temps que de la mise en demeure de payer ;
En ce qui concerne la décision implicite de rejet du recours administratif préalable :
- elle est irrégulière par exception d'illégalité du titre de perception et de la mise en demeure de payer.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2021, le recteur de l'académie de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;
- il serait inéquitable, compte tenu des obligations légales et de ses diligences, de ne pas faire droit au recouvrement de créance.
II. Par une requête, enregistrée sous le n°2101024 et des mémoires, enregistrés les 23 février 2021 et 20 novembre 2021, M. A, représenté par Me Touboul, présente les mêmes conclusions et les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête n° 2006439.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2021, le recteur de l'académie de Mayotte conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux exposés dans la requête n° 2006439.
III. Par une requête, enregistrée sous le n° 2102347 et des mémoires, enregistrés les 23 avril 2021 et 20 novembre 2021, M. C A, représenté par Me Touboul, présente les mêmes conclusions et les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête n° 2006439.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2021, le directeur régional des finances publiques de Mayotte conclut au rejet de la requête introduite à son encontre par M. A et renvoie au mémoire produit par le recteur de l'académie de Mayotte pour répondre aux éléments de discussion soulevés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2021, le recteur de l'académie de Mayotte conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux exposés dans la requête n° 2006439.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Farges, rapporteur public,
- et les observations de Me Touboul, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a enseigné dans l'académie de Mayotte de septembre 2013 à juin 2019, avant d'être affecté dans le Tarn. En juillet 2016, il a bénéficié d'une indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires d'un montant de 2 600 euros brut. Entre août 2016 et mars 2018, il a continué à percevoir chaque mois cette indemnité. Le 29 octobre 2019, la direction régionale des finances publiques de Mayotte a émis un titre de perception portant sur la somme de 50 526,84 euros, dont elle précise qu'elle correspond aux indemnités forfaitaires supplémentaires perçues par M. A de manière indue, avec une date limite de paiement au 15 décembre 2019. Le 13 février 2020, la direction régionale des finances publiques de Mayotte a mis M. A en demeure de payer cette somme, majorée de 5 053 euros au titre des pénalités de retard. Le 14 avril 2020, M. A a présenté une réclamation préalable auprès du rectorat de Mayotte, qui a été rejetée par une décision implicite née le 16 octobre 2020. Par les trois requêtes susvisées, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de ce titre de perception, de l'avis de sommes à payer et de la décision implicite de rejet de sa réclamation préalable ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante, en ce compris les pénalités de retard mises à sa charge.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 modifié relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'un état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
4. En l'espèce, le titre de perception indique comme objet de la créance : " perception d'indemnité forfaitaire de travail supplémentaire perçu à tort " avant de préciser que M. A a perçu de manière indue cette indemnité " 20 fois au lieu d'une fois ", et de renvoyer à des échanges de méls. D'abord, si la somme totale laisse présumer que le recouvrement se fonde sur le montant net des indemnités indûment versées, cette modalité de calcul, au demeurant contradictoire avec ce que les services du rectorat avaient indiqué à M. A en novembre 2017, n'est pas précisée, pas plus que le montant net de cette indemnité versé chaque mois, lequel est susceptible de varier comme en attestent les justificatifs versés au dossier pour les seuls six mois de la période comprise entre octobre 2017 et mars 2018. Ensuite, l'indemnité n'a pas pu être versée indûment à M. A " 20 fois au lieu d'une fois " comme l'indique le titre de perception mais plutôt " 20 fois de trop ", à savoir d'août 2016 à mars 2018, et ce à supposer que cette indemnité ne devait être versée qu'une seule fois et non pas une fois par an comme le soutient le requérant sans être contredit, ce qui aurait pour conséquence que l'indemnité aurait été versée " 18 fois de trop ". Enfin et surtout, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier du titre de perception en litige, que des échanges de méls lui auraient été joints ; à supposer, comme le soutient le rectorat, qu'il s'agisse des méls échangés entre le 27 novembre 2017 et le 31 mars 2018 et que le rectorat a versés au dossier, il n'est aucunement établi que ceux-ci auraient permis à M. A de comprendre, à leur seule lecture, les bases de la liquidation, alors que seul le montant brut de l'indemnité y est mentionné, de manière erronée. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le titre de perception ne comporte pas l'indication des bases de la liquidation de la créance, en méconnaissance des dispositions susmentionnées.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 susvisée relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations: " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive () ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Ces dispositions sont applicables aux différents éléments de la rémunération d'un agent de l'administration. En outre, la date d'interruption du délai biennal de prescription est déterminée à partir de la date de notification du titre exécutoire.
7. En l'espèce, le requérant soutient, sans être sérieusement contredit par le rectorat, que le titre de perception litigieux ne lui a été notifié que le 20 février 2020, de sorte que les créances relatives à l'indemnité forfaitaire de travaux supplémentaires qui lui a été versée du mois d'août 2016 au mois de janvier 2018 inclus sont prescrites, en toute hypothèse.
8. En troisième lieu, alors que M. A soutient que le calcul de la créance est erroné, l'administration ne fait pas état dans ses écritures en défense des éléments de calcul sur lesquels elle s'est fondée pour arrêter la créance au montant de 50 526,84 euros. Il se déduit de ce montant, ainsi que des pièces versées au dossier, qui ne sont cependant pas circonstanciées, que le recouvrement se fonde sur le montant net et non brut de l'indemnité, étant précisé que cette modalité de calcul s'avère contradictoire avec ce que les services du rectorat avaient indiqué à l'intéressé en novembre 2017. De plus, contrairement à ce que persiste à faire valoir le rectorat, l'indemnité n'a pas pu être versée " vingt fois au lieu d'une fois ", mais plutôt vingt fois de trop si on prend en compte son raisonnement, à savoir d'août 2016 à mars 2018. En outre, le requérant soutient, sans être contredit, qu'il aurait dû également percevoir cette indemnité au titre des années 2017 et 2018. Dans ces conditions, le bien-fondé de la créance dont se prévaut l'administration, pour la partie non prescrite de cette créance, ne peut être regardé comme établi au regard des éléments résultant de l'instruction.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander, d'une part, l'annulation du titre de perception n°106000 006 053 143 485571 2019 0000179 émis le 29 octobre 2019 ainsi que, par voie de conséquence, celles de la mise en demeure de payer émise le 13 février 2020, relative à ce titre de perception, et de la décision implicite de rejet du recours préalable exercé le 14 mars 2020 à l'encontre des deux décisions précédentes et, d'autre part, à être déchargé de l'obligation de payer la somme de 50 526,84 euros fixée par ce titre de perception ainsi que de l'obligation de payer la somme de 5 053 euros au titre des pénalités de retard.
Sur les frais d'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de M. A les frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de perception n°106000 006 053 143 485571 2019 0000179 émis le 29 octobre 2019 par la direction régionale des finances publiques de Mayotte pour un montant de 50 526,84 euros est annulé.
Article 2 : La mise en demeure de payer émise le 13 février 2020 par la direction régionale des finances publiques de Mayotte pour un montant de 5 053 euros est annulée.
Article 3 : La décision implicite de rejet du recours préalable exercé le 14 mars 2020 à l'encontre des deux décisions précédentes est annulée.
Article 4 : M. A est déchargé de l'obligation de payer la somme de 50 526,84 euros fixée par ce titre de perception ainsi que de l'obligation de payer la somme de 5 053 euros au titre des pénalités de retard.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'Éducation nationale.
Copie en sera adressée, pour information, au recteur de l'académie de Mayotte et au directeur régional des finances publiques de Mayotte.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
Le rapporteur,
S. B
Le président,
T. SORINLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au ministre de l'Éducation nationale, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
2,2101024,2102347
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026