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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2006550

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2006550

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2006550
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEVI-EGEA-LEVI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2020 et 10 novembre 2022, Mme D B, représentée par Me Egea, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 octobre 2020 par laquelle la ministre de la transition écologique lui a refusé l'autorisation d'utiliser le titre de paysagiste concepteur ;

2°) d'enjoindre à la ministre de la transition écologique, à titre principal, de lui délivrer cette autorisation et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi que le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'autorité signataire de l'acte ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- la ministre de la transition écologique a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'elle ne remplissait pas les conditions pour être autorisée à utiliser le titre de paysagiste concepteur, au vu de son expérience professionnelle, d'une durée de vingt ans, de son travail avec des collectivités publiques depuis presque quinze ans, et de la circonstance qu'elle remplit chacun des critères prévu par l'arrêté du 28 août 2017 fixant les conditions de demande et de délivrance de l'autorisation d'utiliser le titre de paysagiste concepteur des personnes mentionnées au décret n° 2017-673 du 28 avril 2017 relatif à l'utilisation du titre de paysagiste concepteur ;

- son dossier a été appréciée de façon subjective, incohérente et éloignée du but de la mission confiée à la commission consultative pour l'utilisation du titre de paysagiste concepteur ; elle a fait l'objet de trois évaluations différentes alors que ses compétences et son expérience professionnelle n'ont pas changé entre sa première et sa dernière demande ; ces divergences d'appréciation s'expliquent par le changement de composition de la commission entre sa première et sa troisième demande ; par ailleurs, la commission a examiné, lors de sa réunion du 16 septembre 2020, 398 dossiers en une journée, soit une minute par dossier, ce qui est insuffisant ;

- la ministre de la transition écologique a commis une erreur manifeste d'appréciation en évaluant différemment son expérience par rapport à d'autres demandeurs qui ont été autorisés à utiliser le titre de paysagiste concepteur ; la commission octroie l'autorisation du titre en privilégiant les demandeurs qui justifient d'une formation en agence de paysage, alors que ce critère ne figure pas dans les textes applicables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 14 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 novembre 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2017-673 du 28 avril 2017 ;

- l'arrêté du 28 août 2017 fixant les conditions de demande et de délivrance de l'autorisation d'utiliser le titre de paysagiste concepteur des personnes mentionnées au décret n° 2017-673 du 28 avril 2017 relatif à l'utilisation du titre de paysagiste concepteur ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les conclusions de M. Farges, rapporteur public ;

- et les observations de Me Boggia, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir obtenu un brevet de technicien supérieur agricole option " aménagements paysagers ", Mme B a créé, en 2000, une agence de paysagiste. Par un courrier du 4 août 2020, elle a sollicité l'autorisation d'utiliser le titre de paysagiste concepteur sur le fondement de l'article 174 de la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Lors de sa séance du 16 septembre 2020, la commission consultative relative à l'utilisation du titre de paysagiste concepteur a émis un avis défavorable et, par une décision du 8 octobre 2020, la ministre de la transition écologie et solidaire a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1 du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs () ".

3. En vertu de ces dispositions, M. C E, nommé sous-directeur de la qualité du cadre de vie, au sein de la direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages de la direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature, à l'administration centrale du ministère de la transition écologique et solidaire et du ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales par un arrêté du 27 février 2020, publié au Journal officiel de la République française le 29 février suivant, avait compétence pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte est écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 174 de la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages : " Seuls peuvent utiliser le titre " paysagistes concepteurs ", dans le cadre de leur exercice professionnel, les personnes titulaires d'un diplôme, délivré par un établissement de formation agréé dans des conditions fixées par voie réglementaire, sanctionnant une formation spécifique de caractère culturel, scientifique et technique à la conception paysagère. / Pour bénéficier de ce titre, les praticiens en exercice à la date de publication de la présente loi doivent satisfaire à des conditions de formation ou d'expérience professionnelle analogues à celles des titulaires du diplôme mentionné au premier alinéa. "

5. Aux termes de l'article 1 du décret du 28 avril 2017 relatif à l'utilisation du titre de paysagiste concepteur : " Peuvent être autorisés à utiliser, dans le cadre de leur exercice professionnel, le titre de paysagiste concepteur les personnes titulaires d'un diplôme qui sanctionne une formation spécifique de caractère culturel, scientifique et technique à la conception paysagère d'une durée minimale de cinq années après le baccalauréat pour laquelle un dispositif d'évaluation nationale est prévu, et qui figure sur une liste fixée par arrêté conjoint des ministres chargés de la politique du paysage, de l'enseignement supérieur, de l'agriculture et de la culture. " L'article 3 du même décret dispose : " Il est créé, pour une durée de trois ans, une commission consultative chargée d'émettre un avis sur l'utilisation, par les personnes mentionnées aux articles 4 et 9 du présent décret, du titre de paysagiste concepteur, compte tenu de leur formation ou de leur expérience professionnelle. " Et l'article 9 du même décret prévoit que : " Les personnes qui, à la date de publication de la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 susvisée, exerçaient une activité de conception paysagère sans remplir les conditions prévues à l'article 1er peuvent, pendant une période de trois ans à compter de l'entrée en vigueur du présent décret, demander à être autorisée à utiliser le titre de paysagiste concepteur lorsqu'elles possèdent un diplôme sanctionnant une formation spécifique de caractère culturel, scientifique et technique à la conception paysagère autre que celui prévu à l'article 1er ou lorsqu'elles justifient d'une expérience professionnelle minimale d'un an dans le domaine de la conception paysagère. / La demande est présentée dans les conditions prévues aux articles 2 et 3, au ministre chargé de la politique du paysage, qui statue après avis de la commission consultative pour l'utilisation du titre de paysagiste concepteur. / Les critères d'exigence relatifs au diplôme, au contenu des formations y conduisant et à l'expérience professionnelle sont fixés par arrêté conjoint des ministres chargés de la politique du paysage, de l'enseignement supérieur, de l'agriculture et de la culture. "

6. La liste mentionnée à l'article 1er du décret du 28 avril 2017 relatif à l'utilisation du titre de paysagiste concepteur et les critères d'exigence relatifs au diplôme, au contenu des formations y conduisant et à l'expérience professionnelle sont fixés, respectivement, par les articles 1er et 2 de l'arrêté du 28 août 2017 fixant les conditions de demande et de délivrance de l'autorisation d'utiliser le titre de paysagiste concepteur des personnes mentionnées au décret n° 2017-673 du 28 avril 2017 relatif à l'utilisation du titre de paysagiste concepteur. Plus particulièrement, les capacités posées par l'article 2 de cet arrêté sont les suivantes : concevoir le paysage par une démarche de projet de paysage ; mobiliser des connaissances générales liées au paysage et les articuler ; élaborer un diagnostic des territoires et comprendre les enjeux territoriaux ; communiquer, exprimer et mener des médiations de situations paysagères ; anticiper l'évolution d'un paysage ; assumer une maîtrise d'œuvre opérationnelle et travailler en équipe professionnelle pluridisciplinaire ; assumer plusieurs situations professionnelles.

7. Il résulte des dispositions citées aux points 4 à 6 que l'autorisation d'utiliser le titre de paysagiste concepteur est délivrée à toute personne titulaire de l'un des diplômes mentionnés à l'article 1 de l'arrêté du 28 août 2017 et que les personnes exerçant, à la date de publication de la loi du 8 août 2016, une activité de conception paysagère sans toutefois détenir l'un de ces diplômes, peuvent demander au ministre chargé de la politique du paysage l'autorisation d'utiliser ce titre. Le ministre se prononce après avis d'une commission consultative, compte tenu des formations et de l'expérience professionnelle du demandeur.

8. En l'espèce, la ministre de la transition écologique, après l'avis défavorable émis par la commission consultative, a refusé la demande de Mme B aux motifs que ses compétences ne sont pas assez précises et explicites au regard des sept critères fixés par l'article 2 de l'arrêté du 28 août 2017 et que sa capacité à exprimer des médiations de situation paysagères n'est pas suffisamment démontrée.

9. Mme B se prévaut d'une expérience professionnelle de vingt années, de ce qu'elle travaille depuis presque quinze années avec des collectivités publiques dans le cadre de contrats de la commande publique, ainsi que du renouvellement de ces contrats. Elle met également en avant plusieurs projets de référence. Ces seuls éléments ne sont toutefois pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par la ministre de la transition écologique sur sa situation au regard des critères fixés par l'article 2 de l'arrêté du 28 août 2017 cité au point 6. En outre, si la requérante soutient qu'elle répond à chacune des exigences posées par ces dispositions, elle fait état de considérations d'ordre général sur sa manière de travailler, sans toutefois apporter d'éléments concrets et probants. Dans ces conditions, et en dépit de qualités professionnelles certaines et en tout état de cause non contestées, elle n'est pas fondée à soutenir que la ministre de la transition écologique a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'elle ne démontre pas suffisamment ses compétences et sa capacité à exprimer et à mener des médiations de situations paysagères.

10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la requérante aurait été appréciée de manière " subjective ". En particulier, elle n'établit ni que la composition de la commission consultative aurait changé entre sa première et sa dernière demande, ni que ladite commission aurait examiné 398 dossiers en une journée, sans bénéficier d'un temps suffisant pour chaque dossier. A supposer que ces circonstances soient établies, elles sont en tout état de cause sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Enfin, si Mme B se prévaut de divergences d'appréciation entre sa première, sa deuxième et sa troisième demandes, cette circonstance est également inopérante, dès lors que les motifs de refus de ses deux premières demandes sont sans lien avec le présent litige, qui concerne uniquement le refus de sa troisième et dernière demande et, en tout état de cause, il est établi que la commission a apprécié de manière constante, à trois reprises, que Mme B ne remplit pas les conditions pour être autorisée à utiliser le titre de paysagiste concepteur. Par suite, cette deuxième branche du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écartée.

11. En quatrième et dernier lieu, si Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de l'évaluation différenciée de son expérience par rapport à celle d'autres demandeurs qui ont été autorisés à utiliser le titre de paysagiste concepteur, et que la commission consultative aurait privilégié les candidats qui justifient d'une formation en agence de paysage, ces éléments ne sont pas établis. En particulier, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B se trouverait dans la même situation que les candidats dont elle évoque la situation, ni que la commission consultative aurait ajouté un critère supplémentaire tiré de la preuve d'une formation en agence de paysage. Par suite, cette dernière branche du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écartée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence celles présentées à fin d'injonction, celles relatives aux dépens et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

Le président,

T. SORINLa greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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