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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2006796

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2006796

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2006796
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBARHOUMI DECLUSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2020, Mme D A C, représentée par Me Barhoumi Decluseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2020 par lequel le préfet de l'Ariège a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer la carte de résident prévue par les dispositions du 3° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée de vice de procédure faute de consultation de la commission du titre de séjour ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée de vice de procédure car elle est intervenue sans être précédée de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et sans qu'elle ait été entendue, en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit faute d'examen des circonstances particulières de l'espèce ;

- la décision est entachée d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 313-12 car le jugement de divorce est intervenu après les faits de violence dont elle a été victime et est dépourvu d'effets juridiques sur le territoire français, de telle sorte que le préfet de l'Ariège ne pouvait fonder sa décision sur l'absence de production du jugement de divorce lors du précédent renouvellement de son titre de séjour ;

- la décision est entachée d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 313-12 car la fin de la vie commune découle des violences que son mari lui a fait subir, de telle sorte qu'elle entre dans les prévisions de cette disposition, alors même qu'elle serait divorcée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation ;

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit car, pouvant prétendre à un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-12 et de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut être éloignée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2021, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par Mme A C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 7 janvier 2022.

Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine née le , a épousé M. , ressortissant français, le 22 novembre 2012. Elle a bénéficié d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de français valable du 17 mai 2013 au 17 mai 2014 et est entrée en France sous couvert de ce titre le 2 juin 2013. Elle a ensuite obtenu un titre de séjour sur le fondement du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, renouvelé du 27 juillet 2014 au 24 septembre 2019, par application des dispositions de l'article L. 313-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à compter de 2016. La requérante a sollicité, le 30 août 2019, le renouvellement de ce titre. Par un arrêté du 7 juillet 2020, la préfète de l'Ariège a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire de Mme A C, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". En vertu du deuxième alinéa de l'article L. 313-12 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le renouvellement de la carte de séjour délivrée au titre du 4° de l'article L. 313-11 est subordonné au fait que la communauté de vie n'ait pas cessé, sauf si elle résulte du décès du conjoint français. Toutefois, lorsque l'étranger a subi des violences familiales ou conjugales et que la communauté de vie a été rompue, l'autorité administrative ne peut procéder au retrait du titre de séjour de l'étranger et en accorde le renouvellement. En cas de violence commise après l'arrivée en France du conjoint étranger mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ".

3. Si les dispositions précitées de l'article L. 313-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne créent aucun droit au renouvellement du titre de séjour d'un étranger dont la communauté de vie avec son conjoint de nationalité française a été rompue en raison des violences conjugales qu'il a subies de la part de ce dernier, de telles violences, subies pendant la vie commune, ouvrent la faculté d'obtenir, sur le fondement de cet article, un titre de séjour, sans que cette possibilité soit limitée au premier renouvellement d'un tel titre. Il incombe à l'autorité préfectorale, saisie d'une telle demande, d'apprécier, sous l'entier contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'intéressé justifie le renouvellement du titre à la date où il se prononce, en tenant compte, notamment, du délai qui s'est écoulé depuis la cessation de la vie commune et des conséquences qui peuvent encore résulter, à cette date, des violences subies.

4. Il résulte des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Ariège a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de la requérante au seul motif que le divorce avait été prononcé entre elle et son mari le 15 décembre 2016, sans prendre en compte les critères qui viennent d'être exposés ci-dessus. Il en résulte que Mme A C est fondée à soutenir que la préfète de l'Ariège a, ce faisant, commis une erreur de droit.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juillet 2020 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination édictées sur le fondement de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

7. Eu égard au motif pour lequel il annule la décision attaquée, le présent jugement implique seulement que la préfète de l'Ariège réexamine la demande de Mme A C. Il y a lieu dès lors de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais relatifs au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Barhoumi Decluseau, avocate de Mme A C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Barhoumi Decluseau de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Ariège du 7 juillet 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de réexaminer la situation de Mme A C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Me Barhoumi Decluseau, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Barhoumi Decluseau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C, à la préfète de l'Ariège et à Me Barhoumi Decluseau.

Délibéré après l'audience du 28 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Namer, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le président rapporteur,

P. GRIMAUD L'assesseur le plus ancien,

L. QUESSETTE

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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