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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2006816

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2006816

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2006816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 29 décembre 2020, 20 janvier et 13 décembre 2021, Mme A K, M. F D, Mme E G, M. J I et Mme H C demandent au tribunal d'annuler les articles 5, 25 et 35 du règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Saint-Orens de Gameville, approuvé par une délibération du 3 novembre 2020.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- le délai d'enregistrement des questions orales de 10 jours prévu à l'article 5 du règlement intérieur est illégal dès lors qu'il est insuffisant ;

- la procédure prévue à l'article 25 du règlement intérieur méconnait le droit d'expression des élus dès lors que certains amendements sont, par décision du conseil municipal, soit débattus soit renvoyés en commission ;

- la procédure prévue à l'article 25 du règlement intérieur introduit une rupture d'égalité entre le maire et les autres conseillers municipaux dès lors que seul le maire peut déposer des amendements en séance, les conseillers municipaux étant tenus de le faire avant la séance ;

- l'article 35 du règlement intérieur méconnait le droit d'expression des élus d'opposition dès lors que chaque groupe ne dispose pas dans les mêmes conditions et proportions d'un espace d'expression numérique sur le site Internet de la commune et les comptes officiels de la ville sur les réseaux sociaux.

Par des mémoires en défense enregistrés les 21 juin 2021 et 29 juin 2022, la commune de Saint-Orens de Gameville, représentée par Me Dunyach, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge solidaire de Mme A K, M. F D, Mme E G, M. J I, Mme H C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ont seulement joint à leur requête le règlement intérieur litigieux et ont omis de joindre la délibération qui l'approuve ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 29 septembre 2022 par une ordonnance du 14 septembre précédent.

Vu le règlement attaqué, ensemble la délibération l'approuvant, et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Chalbos, rapporteure publique,

- et les observations de Mme K, ainsi que celles de Me Malbert représentant la commune de Saint-Orens de Gameville.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 3 novembre 2020, le conseil municipal de la commune de Saint-Orens de Gameville (Haute-Garonne), comptant plus de 1 000 habitants, a adopté son règlement intérieur. Mme A K, M. F D, Mme E G, M. J I, Mme H C, en leur qualité de conseillers municipaux de la commune de Saint-Orens de Gameville, doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler les articles 5, 25 et 35 du règlement intérieur du conseil municipal, approuvé par une délibération du 3 novembre 2020.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ". Aux termes de l'article L. 2121-19 du même code : " Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. Dans les communes de 1 000 habitants et plus, le règlement intérieur fixe la fréquence ainsi que les règles de présentation et d'examen de ces questions. A défaut de règlement intérieur, celles-ci sont fixées par une délibération du conseil municipal () ". Il résulte de ces dispositions que les conseillers municipaux tiennent de leur qualité de membres de l'assemblée municipale appelés à délibérer sur les affaires de la commune le droit d'être informés et de s'exprimer sur tout ce qui touche à ces affaires dans des conditions leur permettant de remplir pleinement leur mandat. Ces dispositions ne font pas, par elles-mêmes, obstacle à l'instauration d'une procédure et d'un délai de dépôt préalable auprès du maire du texte des questions orales à condition que l'éventuelle atteinte portée, par les modalités de dépôt de ces questions, aux droits et prérogatives des élus soit justifiée par les contraintes d'organisation des séances du conseil municipal.

3. En l'espèce, l'article 5 du règlement intérieur prévoit que " les Conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance des questions orales ayant trait au fonctionnement de la commune ".

4. Si ces dispositions litigieuses prévoient que les élus doivent déposer leurs questions par écrit 10 jours avant la séance concernée pour avoir une réponse immédiate, elles prévoient également la possibilité de présenter de telles questions le jour même de la séance et précisent que, dans cette hypothèse, la réponse aux questions orales sera apportée à la prochaine séance du conseil municipal. Les élus ne sont ainsi pas empêchés de déposer leurs questions orales le jour de la séance, sachant, par ailleurs, qu'aucun texte ni aucun principe n'oblige à répondre immédiatement aux questions posées en séance du conseil municipal. Enfin, le délai franc de 5 jours prévus par les textes en vigueur pour l'envoi des convocations aux séances du conseil municipal est sans effet sur la légalité des dispositions litigieuses, dès lors que les élus peuvent, ainsi qu'il vient d'être dit, poser une question le jour même de la séance. Par suite, l'article litigieux ne fait obstacle ni au droit d'être informé ni au droit de s'exprimer des élus. Le moyen invoqué à son encontre doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, le droit d'amender est inhérent au pouvoir de délibérer des conseillers municipaux. S'il appartient au conseil municipal de réglementer ce droit, il ne saurait légalement le faire que sous réserve de ne pas porter atteinte à son exercice effectif.

6. En l'espèce, l'article 25 du règlement intérieur prévoit que " Des amendements ou contre-projets peuvent être proposés sur toute affaire en discussion soumise au Conseil municipal. / Pour être recevables, ces amendements ou contre-projets doivent être présentés par écrit au Maire, avant la séance concernée. / Le Conseil municipal décide s'ils sont mis en délibération, rejetés ou renvoyés à la commission compétente. / Le maire a la possibilité de présenter lui-même un amendement en séance ".

7. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions litigieuses que tous les conseillers municipaux peuvent présenter, sans contrainte de délai, des amendements sur toute affaire en discussion soumise au conseil municipal, par écrit, avant la séance concernée et le conseil municipal statue sur les amendements pour déterminer s'ils sont étudiés, rejetés ou renvoyés pour examen à la commission compétente. Il n'y a donc pas d'atteinte à l'exercice effectif du droit d'amendement ni au droit de s'exprimer. En outre, si l'article 25 du règlement intérieur autorise le maire à présenter lui-même un amendement en séance, cette disposition lui permet de faire valoir son propre droit d'amendement, sans que la possibilité qui lui est reconnu, en sa qualité de président de séance, de présenter lui-même un amendement ne caractérise une rupture d'égalité entre les élus. Les moyens dirigés contre l'article 25 du règlement intérieur approuvé par la délibération du 3 novembre 2020 doivent être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L .2127-27-1 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 1 000 habitants et plus, lorsque des informations générales sur les réalisations et sur la gestion du conseil municipal sont diffusées par la commune, un espace est réservé à l'expression des conseillers élus sur une liste autre que celle ayant obtenu le plus de voix lors du dernier renouvellement du conseil municipal ou ayant déclaré ne pas appartenir à la majorité municipale. / Les modalités d'application du présent article sont définies par le règlement intérieur du conseil municipal ". Il résulte de ces dispositions que l'espace réservé à l'expression des conseillers n'appartenant pas à la majorité municipale doit présenter un caractère suffisant et être équitablement réparti eu égard aux caractéristiques de la publication.

9. En l'espèce, l'article 35 du règlement intérieur prévoit que " dans le bulletin d'information générale dénommé " Mem'Orens () l'expression écrite des groupes politiques du Conseil municipal se fera comme suit : Les 6 000 signes (espaces compris) que comprend une page seront répartis en fonction des résultats obtenus pour chaque groupe aux dernières élections municipales : 54,51% pour la majorité, soit 3270 signes, 28,09% pour le premier groupe de minorité, soit 1685 signes et enfin 11,98% pour le second groupe de minorité soit 719 lignes. () Dans les bulletins d'information générales sur les réalisations et la gestion du Conseil municipal (hors Guides Pratiques) un espace d'expression libre répondant à la même répartition que le bulletin municipal permet la diffusion des tribunes libres du Conseil municipal ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'une répartition de l'espace d'expression est fixée en tenant compte des résultats des opérations électorales, aussi bien pour le bulletin municipal que pour tous les autres bulletins d'informations générales et il n'est pas démontré que cette répartition serait entachée d'illégalité. En outre, les dispositions de l'article 35 précité ne réglementent en aucune manière l'expression des élus dans les bulletins d'information générales réalisés sur support numérique ou en ligne. Par conséquent, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ce que les élus d'opposition auraient un accès restreint à certains supports numériques. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'article 35 du règlement intérieur approuvé par la délibération du 3 novembre 2020 doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Orens de Gameville, que les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Saint-Orens de Gameville au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme K, M. D, Mme G, M. I et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Orens de Gameville au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A K, M. F D, Mme E G, M. J I, Mme H C et à la commune de Saint-Orens de Gameville.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

V. B

Le président,

D. KATZ

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

N°2006816

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