mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100066 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Lapuelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020, par laquelle le ministre délégué chargé des transports l'a placé en autorisation spéciale d'absence du 1er au 31 janvier 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre délégué chargé des transports de le réintégrer dans ses fonctions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, dès lors que la décision le plaçant en autorisation spéciale d'absence n'est fondée sur aucun motif légal ; le dispositif de l'autorisation spéciale d'absence ne s'applique pas à sa situation ; son état de santé ne répond à aucun critère de vulnérabilité ; elle est également entachée de détournement de pouvoir et de procédure, dès lors qu'elle a vocation à le suspendre pour motif disciplinaire ;
- à titre subsidiaire, la décision attaquée est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 ;
- le décret n° 2020-1365 du 10 novembre 2020 ;
- la circulaire du 10 novembre 2020 relative à l'identification et aux modalités de prise en charge des agents publics civils reconnus personnes vulnérables ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Foucard substituant Me Lapuelle, représentant M. A, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, attaché d'administration de l'Etat, a été affecté en 2010 au sein de l'école nationale de l'aviation civile (ENAC), en qualité d'adjoint au chef du département des finances. En 2013, il a été affecté, suite à sa demande, au sein du même organisme sur le poste de responsable des achats. Suite à la dégradation des relations interpersonnelles au sein du secrétariat général de l'ENAC, le requérant a été suspendu de ses fonctions, par un arrêté du 23 janvier 2020, dans l'attente de l'engagement d'une procédure disciplinaire. Au terme de l'échéance de la mesure de suspension, dans le contexte de la pandémie de covid-19, le requérant n'a pas été réintégré dans ses fonctions, et a été placé, par deux arrêtés n° 20-1805 et 20-287 et deux décisions des 25 septembre et 30 novembre 2020 sous le régime de l'autorisation spéciale d'absence avec maintien de l'intégralité de sa rémunération pour la période comprise entre les 27 mai et 31 décembre 2020. Par un courrier du 20 octobre 2020, M. A a été informé que le ministère envisageait de le muter dans l'intérêt du service. Par une nouvelle décision du 18 décembre 2020, M. A a été maintenu sous le régime de l'autorisation spéciale d'absence du 1er au 31 janvier 2021. Par un arrêté du 26 janvier 2021, pris postérieurement à la décision attaquée, M A a été muté dans l'intérêt du service sur le poste de consultant juridique au sein de la direction de la sécurité de l'aviation civile sud, poste qu'il occupe depuis le 14 mars 2022. Par sa requête, M. A demande au tribunal, d'annuler la décision du 18 décembre 2020, par laquelle le ministre délégué chargé des transports l'a placé en autorisation spéciale d'absence du 1er au 31 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 21 de la loi du 13 juillet 1983 portant statut général de la fonction publique d'Etat, alors en vigueur : " () /II.- Les fonctionnaires en activité bénéficient d'autorisations spéciales d'absence liées à la parentalité et à l'occasion de certains évènements familiaux. Ces autorisations spéciales d'absence n'entrent pas en compte dans le calcul des congés annuels, à l'exception de celles prévues au deuxième alinéa du présent II. / Les fonctionnaires bénéficient, de droit, d'une autorisation spéciale d'absence de cinq jours ouvrables pour le décès d'un enfant. Lorsque l'enfant est âgé de moins de vingt-cinq ans ou en cas de décès d'une personne âgée de moins de vingt-cinq ans dont le fonctionnaire a la charge effective et permanente, cette durée est portée à sept jours ouvrés et les fonctionnaires bénéficient, dans les mêmes conditions, d'une autorisation spéciale d'absence complémentaire de huit jours, qui peut être fractionnée et prise dans un délai d'un an à compter du décès. / Un décret en Conseil d'Etat détermine la liste des autorisations spéciales d'absence et leurs conditions d'octroi et précise celles qui sont accordées de droit. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 10 novembre 2020 pris pour l'application de l'article 20 de la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020 : " Les salariés vulnérables placés en position d'activité partielle en application des deux premiers alinéas du I de l'article 20 de la loi du 25 avril 2020 susvisée sont ceux répondant aux deux critères cumulatifs suivants : / 1° Être dans l'une des situations suivantes : / a) Être âgé de 65 ans et plus ; / b) Avoir des antécédents (ATCD) cardio-vasculaires : hypertension artérielle compliquée (avec complications cardiaques, rénales et vasculo-cérébrales), ATCD d'accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, de chirurgie cardiaque, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV ; / c) Avoir un diabète non équilibré ou présentant des complications ; / d) Présenter une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d'une infection virale : (broncho-pneumopathie obstructive, asthme sévère, fibrose pulmonaire, syndrome d'apnées du sommeil, mucoviscidose notamment) ; / e) Présenter une insuffisance rénale chronique dialysée ; / f) Être atteint de cancer évolutif sous traitement (hors hormonothérapie) ; / g) Présenter une obésité (indice de masse corporelle (IMC) ) 30 kgm2) ; / h) Être atteint d'une immunodépression congénitale ou acquise : - médicamenteuse : chimiothérapie anticancéreuse, traitement immunosuppresseur, biothérapie et/ou corticothérapie à dose immunosuppressive ; - infection à VIH non contrôlée ou avec des CD4 ( 200/mm3 ; - consécutive à une greffe d'organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques ; - liée à une hémopathie maligne en cours de traitement ; / i) Être atteint de cirrhose au stade B du score de Child Pugh au moins ; / j) Présenter un syndrome drépanocytaire majeur ou ayant un antécédent de splénectomie ; / k) Être au troisième trimestre de la grossesse ; / l) Être atteint d'une maladie du motoneurone, d'une myasthénie grave, de sclérose en plaques, de la maladie de Parkinson, de paralysie cérébrale, de quadriplégie ou hémiplégie, d'une tumeur maligne primitive cérébrale, d'une maladie cérébelleuse progressive ou d'une maladie rare ; / 2° Ne pouvoir ni recourir totalement au télétravail, ni bénéficier des mesures de protection renforcées suivantes : / a) L'isolement du poste de travail, notamment par la mise à disposition d'un bureau individuel ou, à défaut, son aménagement, pour limiter au maximum le risque d'exposition, en particulier par l'adaptation des horaires ou la mise en place de protections matérielles ; / b) Le respect, sur le lieu de travail et en tout lieu fréquenté par la personne à l'occasion de son activité professionnelle, de gestes barrières renforcés : hygiène des mains renforcée, port systématique d'un masque de type chirurgical lorsque la distanciation physique ne peut être respectée ou en milieu clos, avec changement de ce masque au moins toutes les quatre heures et avant ce délai s'il est mouillé ou humide ; / c) L'absence ou la limitation du partage du poste de travail ; / d) Le nettoyage et la désinfection du poste de travail et des surfaces touchées par la personne au moins en début et en fin de poste, en particulier lorsque ce poste est partagé ; / e) Une adaptation des horaires d'arrivée et de départ et des éventuels autres déplacements professionnels, compte tenu des moyens de transport utilisés par la personne, afin d'y éviter les heures d'affluence ; / f) La mise à disposition par l'employeur de masques de type chirurgical en nombre suffisant pour couvrir les trajets entre le domicile et le lieu de travail lorsque la personne recourt à des moyens de transport collectifs. ".
3. Il ressort des pièces du dossier, comme il a été exposé au point 1, que suite à un conflit relationnel, M. A a été suspendu de ses fonctions par un arrêté du 23 janvier 2020 dans l'attente de l'engagement d'une procédure disciplinaire, et qu'au terme de l'échéance de la mesure de suspension, dans le contexte de la pandémie de covid-19, le requérant n'a pas été réintégré dans ses fonctions, et a été placé sous le régime de l'autorisation d'absence avec maintien de l'intégralité de sa rémunération pour la période comprise entre le 27 mai 2020 et le 30 janvier 2021. M. A soutient que la décision du 18 décembre 2020, qui le place sous le régime de l'autorisation spéciale d'absence du 1er au 31 janvier 2021 est illégale au motif que le dispositif de l'autorisation spéciale d'absence, créée dans le cadre de la crise de la gestion sanitaire du covid 19, ne pouvait lui être appliqué, dès lors qu'il ne remplit pas les conditions fixées par l'article 1er du décret du 10 novembre 2020 pris pour l'application de l'article 20 de la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020, précité.
4. Il ressort de l'examen de la décision en litige que le ministre délégué chargé des transports, s'est fondé, pour placer M. A en autorisation spéciale d'absence, sur la nécessité d'assurer le bon fonctionnement du service compte tenu de la dégradation des relations interpersonnelles au sein du secrétariat général de l'ENAC et de l'impossibilité de prendre les mesures justifiées par cette situation, notamment la mutation pour raison de service du requérant, du fait des contraintes liées à la crise sanitaire. Toutefois de tels motifs ne figurent pas au nombre de ceux pour lesquels peuvent être accordés une autorisation spéciale d'absence au titre des dispositions précitées de l'article 21 de la loi du 13 juillet 1983 ou de l'article 1er du décret du 10 novembre 2020, alors au demeurant que le requérant n'a pas sollicité l'autorisation spéciale d'absence accordée et qu'il ne remplit pas les conditions cumulatives de l'article 1er du décret du 10 novembre 2020, précité. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision du 18 décembre 2020 est entachée d'une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 18 décembre 2020 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 26 janvier 2021, pris postérieurement à la décision attaquée, M A a été muté dans l'intérêt du service sur le poste de consultant juridique au sein de la direction de la sécurité de l'aviation civile sud, poste qu'il occupe depuis le 14 mars 2022. Compte tenu de ce changement dans les circonstances de fait, l'annulation de la décision du 18 décembre 2020 n'implique plus nécessairement que le requérant soit réintégré dans ses précédentes fonctions ainsi qu'il le demande. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 18 décembre 2020, par laquelle par laquelle le ministre chargé des transports l'a placé en autorisation spéciale d'absence du 1er au 31 janvier 2021, est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à l'école nationale de l'aviation civile.
Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026