mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100112 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2021, M. C B, représenté par Me Lapuelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2020, par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a refusé de le placer en congé de longue maladie, ensemble la décision du 6 novembre 2020 rejetant son recours gracieux formé le 9 septembre 2020 ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse, de le placer an congé de longue maladie du 28 août 2017 au 6 juillet 2018, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui verser son plein traitement sur cette même période ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, les décisions attaquées sont entachées d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier du congé de longue maladie, " le syndrome dépressif " dont il souffre entrant dans la catégorie des " maladies mentales " au sens de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;
- à titre subsidiaire, les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en fait, et la décision du 6 novembre 2020 est entachée d'incompétence, de vice de forme et d'erreur de droit, le recteur s'étant cru en situation de compétence liée.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Foucard substituant Me Lapuelle.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, appartenant au corps des personnels de direction depuis le 1er septembre 2008, est actuellement affecté au collège Pierre Mendés-France de Labarthe-Sur Séze (Haute-Garonne), après avoir exercé, du 1er septembre 2013 au 31 août 2018 au collège D'Istrie à Prayssac (Lot). Il a été placé en congé de maladie ordinaire du 28 août 2017 au 6 juillet 2018. Par un courrier du 12 septembre 2017, il a sollicité l'octroi d'un congé de longue maladie, qui a fait l'objet, d'un avis défavorable du comité médical interdépartemental dans sa séance du 5 décembre 2017. Par un courriel du 8 décembre 2020, le requérant a contesté les conclusions du comité médical départemental. Par un courrier du 29 janvier 2018, il a sollicité le réexamen de sa demande d'attribution d'un congé de longue maladie, qui a de nouveau fait l'objet d'un avis défavorable du comité médical interdépartemental dans sa séance du 10 avril 2018, confirmé par le comité médical supérieur dans sa séance du 24 septembre 2019. Par un courrier du 16 juillet 2020, le recteur de l'académie de Toulouse l'a informé du rejet de sa demande d'octroi de congé de longue maladie et de son maintien en congé de maladie ordinaire. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision du 16 juillet 2020, ensemble la décision du 6 novembre 2020 rejetant son recours gracieux formé le 9 septembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le requérant choisit de hiérarchiser, avant l'expiration du délai de recours, les prétentions qu'il soumet au juge de l'excès de pouvoir en fonction de la cause juridique sur laquelle reposent, à titre principal, ses conclusions à fin d'annulation, il incombe au juge de l'excès de pouvoir de statuer en respectant cette hiérarchisation, c'est-à-dire en examinant prioritairement les moyens qui se rattachent à la cause juridique correspondant à la demande principale du requérant. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens assortissant la demande principale du requérant mais retient un moyen assortissant sa demande subsidiaire, le juge de l'excès de pouvoir n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler la décision attaquée : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande principale.
En ce qui concerne la légalité interne des décisions attaquées :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 21 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Les fonctionnaires ont droit à : () - des congés de maladie ; () ". Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles 29 et 30 des décrets susvisés : / () - maladies mentales ; () ". Un état anxio-dépressif chronique revêt le caractère d'une maladie mentale au sens des dispositions du 4° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984.
4. Pour prendre les décisions attaquées, le recteur de l'académie de Toulouse s'est fondé notamment sur l'avis défavorable du comité supérieur médical du 17 avril 2019, confirmant l'avis défavorable rendu par le comité médical dans sa séance du 10 avril 2018, qu'il a repris à son compte, et a considéré que l'état de santé de M. B ne permettait pas de lui octroyer un congé de longue maladie. Si M. B soutient que l'état anxio-dépressif dont il souffre l'empêche d'exercer ses fonctions, il se borne à produire à l'appui de ses allégations, un certificat médical du Dr D, médecin généraliste, daté du 8 août 2017, qui n'est au demeurant pas son médecin traitant et qui constate sans plus de précision que " l'existence d'un syndrome dépressif sévère qui s'est progressivement aggravé sur ces derniers mois ", ainsi que deux arrêts de travail du même médecin généraliste, établis respectivement les 28 août 2017 et 25 septembre 2017, et deux ordonnances datées des 6 août 2017 et 26 février 2018, attestant que le requérant prend un traitement par antidépresseurs. Ces seuls éléments ne sauraient à eux seuls suffire à remettre en cause l'avis du comité médical supérieur du 17 avril 2018. Dans ces conditions, en l'état des pièces du dossier, il n'est pas établi que le requérant souffrirait d'un état anxio-dépressif chronique entrant dans le champ des maladies mentales au sens du 4° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision du 16 juillet 2020 en tant qu'elle lui refuse le bénéfice d'un tel congé, doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité externe des décisions attaquées :
S'agissant de la décision du 16 juillet 2020 :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, que le refus d'un congé de longue maladie est au nombre des décisions qui doivent être motivées.
7. Le requérant soutient que la décision du 16 juillet 2020 est insuffisamment motivée en fait au motif qu'elle se bornerait à faire référence à la motivation d'une précédente décision. Il ressort toutefois des termes de la décision attaquée qu'elle fait référence outre aux avis défavorables émis par le comité médical interdépartemental dans ses séances des 5 décembre 2017 et 10 avril 2018, confirmés par le comité médical supérieur dans sa séance du 24 septembre 2019, dont il n'est pas contesté que le requérant en a eu communication, à l'absence d'éléments médicaux nouveaux de nature à avoir une incidence sur la précédente décision refusant de faire droit à la demande de congé longue maladie. Dans ces conditions, et eu égard aux restrictions attachées au respect du secret médical, la décision est suffisamment motivée en fait.
S'agissant de la décision du 6 novembre 2020 :
8. En premier lieu, par un arrêté du 27 juillet 2020, le recteur de l'académie de Toulouse a donné délégation de signature à M. Vincent Denis, secrétaire général de l'académie de Toulouse, à l'effet de signer notamment tous les actes administratifs et lettres relevant de l'administration de l'académie. L'article 2 de cet arrêté précise qu'" en cas d'absence ou d'empêchement de M. Vincent Denis la délégation de signature qui lui est confiée par l'article 1- 1- du présent arrêté sera exercée par : M. Yann Couedic, secrétaire général adjoint, chargé du pôle des ressources humaines ". Il ressort des pièces produites en défense que la décision du 6 novembre 2020 en litige a été signée par M. Yann Couedic, secrétaire général adjoint au rectorat de l'académie de Toulouse. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que M. A n'aurait pas été absent ou empêché à la date d'édiction de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci (). ".
10. Il résulte des termes de la décision du 6 novembre 2020, telle que produite par le requérant, que celle-ci a été signée, mais ne mentionne pas le nom, prénom et qualité de son auteur. Pour autant, la signature figurant sur cette décision, qui est similaire à celle figurant sur la décision du 16 juillet 2020, par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a refusé de le placer en congé de longue maladie, permettait au requérant, en tout état de cause, d'identifier son auteur et ne l'a pas privé d'une garantie, la décision du 6 novembre 2020 confirmant au demeurant la décision du 16 juillet 2020. Par suite, le moyen tiré du vice de forme de la décision attaqué, doit être écarté.
11. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée, que le recteur de l'académie de Toulouse, suite à l'avis défavorable émis par le comité médical interdépartemental dans sa séance du 10 avril 2018, confirmé par le comité médical supérieur dans sa séance du 24 septembre 2019, a considéré que la demande de congé longue maladie du requérant n'était pas fondée, compte tenu des " éléments d'ordre médical " et des simples " éléments de contexte " portés à sa connaissance par le requérant. Dans ces conditions, et eu égard aux restrictions attachées au respect du secret médical, la décision est suffisamment motivée en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait, doit être écarté.
12. En dernier lieu, il résulte de la motivation même de la décision en litige que le recteur de l'académie de Toulouse ne s'est pas considéré à tort lié par l'avis du comité médical supérieur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit entachant à ce titre la décision attaquée doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 16 juillet 2020, par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a refusé de la placer en congé de longue maladie, ensemble la décision du 6 novembre 2020 rejetant son recours gracieux formé le 9 septembre 2020, doivent être écartés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
15. Les conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026