vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100205 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2021, Mme B A, représentée par Me Delhaes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2020 par lequel le maire d'Aucamville a refusé de lui délivrer un permis d'aménager portant sur la création d'un lotissement de quatre lots sur un terrain sis rue du Carrelot ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Aucamville de lui délivrer l'autorisation de construire sollicitée ou à défaut de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Aucamville la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur de droit dans la mesure où l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal n'est pas applicable aux voies internes au projet ;
- l'avis du préfet de région du 16 novembre 2020 est illégal dans la mesure où il repose sur des considérations étrangères à la protection patrimoniale d'un site classé et que le projet ne porte pas d'atteinte à l'église Saint-Martin ;
- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2021, la commune d'Aucamville, représentée par Me Dunyach, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle était en situation de compétence liée pour rejeter la demande de Mme A en raison de l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France ;
- le projet n'est pas conforme à l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal en l'absence de trottoir à l'usage des piétons et des cycles d'au moins 1,40 mètres ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La requête a été communiquée au préfet de la région Occitanie, qui n'a pas produit d'observations.
Par ordonnance du 3 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 23 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de Me Evano, substituant Me Dunyach, représentant la commune d'Aucamville.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a déposé une demande de permis d'aménager pour la création d'un lotissement comprenant quatre lots à usage d'habitation, rue du Carrelot à Aucamville (Tarn-et-Garonne). L'architecte des Bâtiments de France a rendu des avis négatifs sur le projet les 9 juin, 2 et 23 juillet 2020. Par un arrêté du 13 août 2020, le maire d'Aucamville a refusé de délivrer l'autorisation sollicitée. Mme A a exercé un recours administratif préalable à l'encontre de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France du 23 juillet 2020 qui a été rejeté par le préfet de la région Occitanie le 16 novembre 2020. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 13 août 2020 portant refus de permis d'aménager.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / La protection au titre des abords a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. () ". Aux termes de l'article L. 621-32 du même code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. () ". Aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine. ".
3. Le terrain d'assiette du projet de lotissement est situé dans le périmètre délimité de protection de l'église Saint-Martin, inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 17 décembre 1926. L'architecte des Bâtiments de France a émis trois avis défavorables sur la demande de permis d'aménager en litige, respectivement les 9 juin, 2 et 23 juillet 2020. Mme A, conformément aux dispositions de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, a exercé un recours administratif préalable contre ce dernier avis qui a été rejeté par le préfet de la région Occitanie le 16 novembre 2020. D'une part, les parcelles d'implantation du projet, actuellement à l'état de prairie, sont situées au sein de l'enveloppe urbaine de la commune. Elles sont, pour l'essentiel, entourées de parcelles bâties composées de maisons individuelles. Le projet de lotissement, qui tend à permettre la construction de quatre maisons d'habitation, se situe à plus de deux cent trente mètres du monument historique protégé qui est entouré de constructions en cœur de village. Il n'est pas établi que le projet, alors même qu'il est compris dans le périmètre délimité de protection, soit visible depuis ce monument, ainsi que cela ressort notamment de la notice du projet. A cet égard, pour caractériser une atteinte à la mise en valeur du monument historique par le projet, le préfet de région, comme au demeurant l'architecte des Bâtiments de France, se réfère uniquement à l'absence de voirie traversante reliant la rue du Carrelot et la route de Burgaud en soutenant qu'une telle voie permettrait de poursuivre une urbanisation traditionnelle harmonieuse. La nature, l'implantation ou les caractéristiques d'une voie de desserte peuvent ne pas être étrangères à l'objectif de conservation ou de mise en valeur d'un monument historique ou de ses abords, Toutefois, en l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la seule absence d'une telle voie traversante, qui n'est exigée au demeurant par aucune disposition applicable au projet, serait constitutive d'une atteinte à la mise en valeur de l'église Saint-Martin, alors que cette zone ne comporte pas d'unité architecturale particulière ou de principe d'urbanisation requérant l'existence d'une telle voirie. Ainsi, il n'est pas établi que le projet porterait atteinte à la mise en valeur du monument historique. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que de la décision du préfet de Région, qui s'est substituée au refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, est entachée d'une erreur d'appréciation.
4. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, et en l'absence d'unité architecturale, notamment des constructions situées autour des parcelles en litige, le maire d'Aucamville ne pouvait considérer que le projet porte atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, comme au demeurant de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable.
5. En troisième et dernier lieu, l'administration peut cependant faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Aux termes de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable : " 1 - Accès / () Pour être constructible, tout terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée ouverte à la circulation soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisin. / Les accès doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la protection civile et de la défense contre l'indencie ainsi qu'une approche du matériel d'enlèvement des ordures ménagères (). / 2 - Voirie / () La création de voies publiques ou de voies privées ouvertes à la circulation automobile doit prévoir au minimum : - 5 mètres de chaussée / - 8 mètres de plateforme. / Celles-ci devront être revêtues d'une couche de roulement. / La création de trottoirs à l'usage des piétons et cycles doit prévoir une plateforme d'au moins 1,40m de large afin d'être conformes à la réglementation en matière d'accessibilité aux personnes à mobilité réduite. ".
7. En l'espèce, le refus de permis d'aménager en litige est également fondé sur l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable. L'arrêté du maire reprenant à son compte les motifs émis par l'architecte des Bâtiments de France, il doit donc être regardé comme ayant fondé son refus, sur le fondement de cet article, sur l'absence de voirie traversante reliant la rue du Carrelot et la route de Burgaud. Toutefois, ni l'article UB 3 précité, ni au demeurant aucune règle ou orientation du plan local d'urbanisme intercommunal, ne subordonne l'urbanisation des parcelles sur lesquelles le projet est envisagé à la réalisation d'une telle voie traversante, alors que le projet dispose d'un accès suffisant sur la rue du Carrelot, voie ouverte à la circulation publique. Ainsi, le projet ne saurait méconnaître l'article UB 3 sur ce point et le motif de refus est erroné. Dans son mémoire en défense, la commune d'Aucamville soutient que le projet méconnaît ces mêmes dispositions faute de prévoir un trottoir à l'usage des piétons et cycles d'au moins 1,40m de large. Il ressort en effet des pièces du dossier que le projet comprend une plateforme de huit mètres, conformément aux dispositions de cet article, comprenant une chaussée de cinq mètres et deux espaces engazonnés de 1,50m bordant cette chaussée. Toutefois, et à supposer que la voie interne du projet constitue une voie privée ouverte à la circulation automobile au sens du 2 de l'article UB 3 précité, cette non-conformité du projet ne porte que sur un point précis et limité et ne nécessite pas la présentation d'un nouveau projet. Ainsi, le motif invoqué par la commune n'est pas susceptible de fonder le refus de permis d'aménager litigieux mais ne pouvait conduire le maire d'Aucamville qu'à délivrer l'autorisation sollicitée en l'assortissant sur ce point d'une prescription spéciale. Par suite, ce motif n'étant pas de nature à fonder légalement la décision de refus en litige, la substitution de motifs sollicitée ne peut donc être accueillie.
8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le dernier moyen invoqué dans la requête tiré de l'insuffisance de motivation du refus de permis d'aménager n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté contesté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 août 2020 par lequel le maire d'Aucamville a refusé de lui délivrer un permis d'aménager.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y faisait obstacle.
11. Le présent jugement censure l'ensemble des motifs par lesquels le maire d'Aucamville a refusé de délivrer le permis d'aménager demandé par Mme A. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée ou qu'un changement de circonstances de fait fassent obstacle à l'octroi de l'autorisation sollicitée. Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au maire d'Aucamville de procéder à la délivrance de cette autorisation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Aucamville demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire d'Aucamville en date du 13 août 2020 portant refus de délivrance d'un permis d'aménager est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire d'Aucamville de délivrer à Mme A le permis d'aménager sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune d'Aucamville versera la somme de 1 500 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune d'Aucamville présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la commune d'Aucamville et au préfet de la région Occitanie.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
M. Leymarie, conseiller,
Mme Rousseau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
Le rapporteur,
A. C
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
M. D
La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026