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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100218

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100218

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEGAL WORKSHOP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés respectivement les 15 janvier 2021, 28 octobre 2021 et 20 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A et le syndicat confédération générale du travail du centre hospitalier Ariège-Couserans, représentés par Me Faivre-Vilotte, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier Ariège-Couserans a suspendu la décharge syndicale de M. A à temps plein ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Ariège-Couserans de lui délivrer une décharge syndicale à temps plein sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Ariège-Couserans la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la commission administrative paritaire n'a pas été consultée et qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est également entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit en l'absence de nécessité d'assurer la continuité des services au sein de la maison d'accueil spécialisé ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 21 juillet 2021 et le 7 février 2022, le centre hospitalier d'Ariège Couserans, représenté par Me Dubourdieu, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2023 par une ordonnance du 19 décembre 2022.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°86-660 du 19 mars 1986 relatif à l'exercice du droit syndical dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Faivre-Vilotte, représentant M. A et le syndicat confédération générale du travail du centre hospitalier Ariège-Couserans, ainsi que celles de Me Alazard, représentant le centre hospitalier d'Ariège Couserans.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été recruté par le centre hospitalier Ariège-Couserans à compter du 1er janvier 2008 en qualité d'agent titulaire. Elu en 2016 secrétaire général de la confédération générale du travail (CGT), il a bénéficié à ce titre d'une décharge de service à temps plein. Par une décision du 25 novembre 2020, le directeur du centre hospitalier Ariège-Couserans a suspendu cette décharge de service et affecté l'intéressé à la maison d'accueil spécialisé. M. A et le syndicat confédération générale du travail du centre hospitalier Ariège-Couserans demandent au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre au centre hospitalier Ariège-Couserans de délivrer au premier une décharge de service à temps plein.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 16 du décret du 19 mars 1986 visé ci-dessus : " I. - Un crédit global de temps syndical est déterminé, au sein de chaque établissement à l'issue du renouvellement général des instances de concertation de la fonction publique hospitalière. Il est exprimé en effectifs décomptés en équivalent temps plein. /Les effectifs pris en compte pour le calcul de ce crédit global correspondent au nombre des électeurs inscrits sur les listes électorales pour l'élection au comité technique d'établissement () / III. - Le crédit global de temps syndical est réparti entre les organisations syndicales compte tenu de leur représentativité () / IV. - Le crédit de temps syndical attribué est utilisé librement pour les besoins de l'activité syndicale et de la représentation des personnels auprès de l'autorité administrative. Il est utilisable, au choix de l'organisation syndicale, sous forme de décharges d'activité de service ou sous forme de crédits d'heure. / V. - Les organisations syndicales désignent les bénéficiaires des crédits de temps syndical parmi leurs représentants en activité dans l'établissement. Elles en communiquent la liste nominative au directeur de l'établissement ou à son représentant. Dans cette liste, sont précisés les volumes de crédit de temps syndical répartis sous forme de décharges d'activité de service et sous forme de crédits d'heures. / Les décharges de service sont exprimées sous forme d'une quotité annuelle de temps de travail. / Les crédits d'heures sont exprimés sous forme d'autorisations d'absence exprimées en heures, réparties mensuellement () ". D'autre part, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". L'article L. 211-3 du même code dispose par ailleurs que : " Doivent également être motivées les décisions administratives individuelles qui dérogent aux règles générales fixées par la loi ou le règlement. ", son article L. 211-5 précisant que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le crédit d'heures de temps syndical d'un fonctionnaire peut prendre la forme d'une décharge de service à temps complet au titre des activités syndicales. Le refusé opposé à un agent de bénéficier d'une décharge de service à temps complet alors qu'il en remplit les conditions légales pour l'obtenir constitue un acte créateur de droit et doit donc être motivé en droit et en fait.

3. Il ressort des pièces du dossier qu'alors que M. A bénéficiait d'une décharge de service à temps plein au titre de ses activités syndicales, le directeur du centre hospitalier Ariège-Couserans a, par la décision attaquée du 25 novembre 2020, suspendu cette décharge syndicale et affecté l'intéressé à la maison d'éducation spécialisée de l'établissement jusqu'au 31 décembre 2020 inclus. Si le centre hospitalier soutient que cette réintégration fait suite à une demande en ce sens formulée par M. A, le courrier que celui-ci lui a adressé le 11 novembre 2020 formulait simplement une demande de réintégration à mi-temps dans un service de soins, à compter du 1er janvier 2021, avec le maintien d'une décharge syndicale de 50 %. Par suite, la décision attaquée, qui suspend jusqu'au 31 décembre 2020 la décharge syndicale dont bénéficiait l'intéressé et ne peut être regardée comme faisant suite à une demande en ce sens de celui-ci ou de son syndicat, déroge aux dispositions réglementaires précitées. Il en résulte qu'elle devait être motivée en droit et en fait. Il est toutefois constant qu'elle ne mentionne pas les dispositions sur lesquelles elle se fonde et n'est ainsi pas motivée en droit. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, les requérants sont fondés à soutenir que cette décision est entachée d'illégalité et doit, pour ce motif, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Il ressort des pièces du dossier que, par décision du 2 février 2021, le directeur du centre hospitalier Ariège-Couserans a accordé à M. A une décharge de service à temps plein au titre de ses activités syndicales à compter du 1er février 2021. Par voie de conséquence, et alors que l'intéressé ne justifie par ailleurs pas qu'il serait toujours titulaire d'un mandat de représentant syndical à la suite des dernières élections des représentants du personnel, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de M. A qui n'est pas partie perdante. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Ariège-Couserans le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 novembre 2020 est annulée.

Article 2 : Le centre hospitalier d'Ariège Couserans versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au syndicat confédération générale du travail du centre hospitalier Ariège-Couserans et au centre hospitalier d'Ariège Couserans.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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