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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100248

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100248

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGLORIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2021, M. B C, représenté par Me Glories, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 17 novembre 2020 par laquelle le préfet de Tarn-et-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, l'a obligé à se présenter trois fois par semaine auprès du commissariat de police de Montauban, lui a interdit de sortir de la commune de Montauban sans autorisation des services préfectoraux, et l'a obligé à remettre son passeport original et tout document d'identité ou de voyage à l'autorité administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été invité à émettre des observations sur la décision d'assignation à résidence envisagée à son encontre ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation car il ne risque pas de se soustraire à la mesure d'éloignement édictée à son encontre et les perspectives d'exécution de cette mesure sont nulles ;

- la décision est entachée de défaut de base légale dès lors qu'elle s'étend au-delà du 2 janvier 2021, car l'obligation de quitter le territoire français était à cette date caduque ;

- la décision viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2021, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bernos, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit ;

1. M. C, de nationalité russe, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet des Hautes-Alpes le 20 mai 2019, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Toulouse par un jugement du 9 mars 2020. Après son interpellation par la police nationale le 16 novembre 2020, le préfet de Tarn-et-Garonne a pris à son encontre une mesure d'assignation à résidence le 17 novembre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Par un arrêté du 21 octobre 2020, le préfet de Tarn-et-Garonne a donné délégation de signature à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de Tarn-et-Garonne à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Tarn-et-Garonne, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration: " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation respective de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit, que les éléments de fait caractérisant sa situation, sur lesquels le préfet de Tarn-et-Garonne s'est fondé pour l'assigner à résidence. Elle vise par ailleurs le 1° de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé peut être assigné à résidence jusqu'à ce que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable. Le requérant ayant été ainsi mis en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, celle-ci est suffisamment motivée et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

5. Il n'est pas contesté que le requérant a été entendu le 16 novembre 2020, à l'occasion de sa retenue administrative. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure de ne pas avoir été invité à émettre des observations sur la décision d'assignation à résidence envisagée à son encontre manque en fait.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence , dans les cas suivants : / 1°) Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ( )/ La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée (). "

7. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 4, que le préfet de Tarn-et-Garonne n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière du requérant avant de prendre sa décision. Par ailleurs, la circonstance que M. C ne risquait pas de se soustraire à la mesure d'éloignement édictée à son encontre et que les perspectives d'exécution de cette mesure auraient été nulles à la date de l'arrêté attaqué, qui sont étrangères à l'application des dispositions qui fondent l'arrêté, sont sans incidence sur sa légalité. Les moyens d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation soulevés sur ce point doivent donc être écartés.

8. En deuxième lieu, aucune disposition législative et réglementaire, applicable à la date de la décision attaquée, n'enferme les effets d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un an, ni ceux de la décision d'assignation à résidence prise en conséquence. Dès lors, le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté attaqué au-delà du 2 janvier 2021 manque en droit.

9. Enfin, si le requérant soutient en troisième lieu que la mesure d'assignation à résidence porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à sa vie privée et familiale, il n'apporte aucune précision sur les impératifs de la vie quotidienne, privée et familiale auxquels une telle restriction de ses mouvements porterait une atteinte excessive. Il ne fait état d'aucune contrainte ou impératif connu à la date de la décision attaquée, susceptible de révéler le caractère disproportionné des obligations mises à sa charge qui lui interdisent de se déplacer sans autorisation en dehors du département de Tarn-et-Garonne et l'obligent à se présenter trois fois par semaine auprès des services de police du commissariat central de Montauban. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ou méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Tarn-et-Garonne du 17 novembre 2020. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les autres conclusions :

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions à fin d'injonction de M. C, ainsi qu celles tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

12. La présente instance n'ayant occasionné aucuns dépens, les conclusions tendant à l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

Le rapporteur Le président

M. BERNOS P. GRIMAUD

La greffière

M. ALRIC

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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