mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100271 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DURAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2021, M. C A, représenté par Me Durand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 10 mars 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, s'agissant de l'allocation pour demandeur d'asile, d'ordonner son paiement rétroactif, dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et, à tout le moins de procéder au réexamen de la situation du requérant dans le même délai de sept jours ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII, les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure faute d'examen de vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit car l'administration a refusé d'exercer sa compétence et d'examiner sa situation particulière, s'estimant en compétence liée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et au regard de sa situation personnelle ;
- la décision méconnaît le droit fondamental à bénéficier des conditions matérielles d'accueil, corollaire du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par décision en date du 20 novembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, nos 428530, 428564 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bernos, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, a fait enregistrer sa demande d'asile le 10 avril 2019 et a été placé dans le cadre de la procédure dite " Dublin ". Il a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII le même jour. Par courrier en date du 14 juin 2019, l'OFII a notifié au requérant qu'il devait se présenter à un hébergement pour demandeur d'asile à . Le 15 novembre 2019, la demande d'asile de M. A a été modifiée pour être examinée selon la procédure accélérée. En raison de sa nouvelle situation, l'OFII lui a, le 9 janvier 2020, indiqué une nouvelle orientation d'hébergement à , qu'il a refusée. Par un courrier en date du 22 janvier 2020, il lui a été notifié une intention de suspension des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait refusé cette proposition d'hébergement. Par la décision en date du 10 mars 2020, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. En l'espèce, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation respective de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit, notamment la décision du Conseil d'Etat statuant au contentieux rendue le 31 juillet 2019 sous le n° 428530 , que les éléments de fait caractérisant sa situation, sur lesquels le directeur territorial s'est fondé pour suspendre les conditions matérielles d'accueil, et plus particulièrement le refus par le requérant d'une proposition d'hébergement. Elle précise enfin le délai de quinze jours qu'il avait pour présenter ses observations. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement M. A en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, qui est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 3 précédent, que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière de M. A avant de prendre sa décision, ni d'ailleurs qu'il se serait estimé en situation de compétence liée.
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ".
6. Il ne résulte pas de ces dispositions, ni d'aucune autre applicable en l'espèce, que l'OFII était tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction de la décision de suspension attaquée. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.
7. Aux termes des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région [] ".
8. Il résulte de ces dispositions que le directeur général de l'OFII avait la possibilité de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A dans le cas où ce dernier aurait refusé une proposition d'hébergement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. Si le requérant soutient que la décision litigieuse n'aurait pas pris en compte les raisons pour lesquelles il souhaitait rester dans la région toulousaine, ainsi que sa vulnérabilité, il est constant que M. A a vu sa demande d'asile être requalifiée en procédure accélérée par les services de la Préfecture. Dès lors les services de l'OFII pouvaient le réorienter vers une structure adaptée à sa situation de demandeur d'asile, beaucoup plus pérenne, alors même que le dispositif d'hébergement présente une saturation. En outre, le requérant est célibataire et il n'établit pas justifier d'une raison impérieuse de rester à Toulouse ou dans ses environs et ses seules allégations relatives à son intégration dans la région toulousaine et son " étayage social important " ne l'établissent pas davantage. Au demeurant, il n'établit pas une vulnérabilité particulière et n'a d'ailleurs pas souhaité fournir d'observations en ce sens avant la prise de décision à son encontre. Le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté et, dans ces conditions de même que le moyen tiré de l'atteinte au droit fondamental aux conditions matérielles d'accueil.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Sa requête doit donc être rejetée.
Sur les autres conclusions :
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
12. La présente instance n'ayant occasionné aucun dépens, les conclusions tendant à l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Durand, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
Mme Namer, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
Le rapporteur Le président
M. D
La greffière
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026