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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100297

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100297

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBACHELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2021, M. C B, représenté par Me Bachelet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 1er décembre 2020 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le versement de l'allocation pour demandeur d'asile à son bénéfice ;

3°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil à son profit et de reprendre le versement de l'allocation pour demandeurs d'asile à titre rétroactif à compter du 1er décembre 2020, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration, outre les entiers dépens de l'instance, une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée de vice de procédure car l'office français de l'immigration et de l'intégration n'a mené aucun entretien de vulnérabilité alors qu'il se trouve dans une situation de grande vulnérabilité ;

- elle est entachée d'erreur de droit faute d'examen de sa situation ;

- l'office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui notifiant le 30 novembre 2020 un courrier lui indiquant l'intention de l'office de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dès le 1er décembre 2020 ;

- l'office français de l'immigration et de l'intégration a fait une inexacte application de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne s'est pas soumis aux obligations imposées par l'administration uniquement en raison de sa contamination par la covid-19 ;

- eu égard à sa grande vulnérabilité, la décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 27 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 20 février 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, président, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 30 novembre 1999 a, le 1er septembre 2020, présenté une demande d'asile qui a donné lieu à la délivrance d'une attestation de demande d'asile selon la procédure accélérée. Par un courrier du 24 novembre 2020, l'office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé qu'il entendait suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il ne s'était pas acquitté de rendez-vous en préfecture. A compter du 1er décembre 2020, M. B n'a plus perçu l'allocation pour demandeur d'asile.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision en date du 9 avril 2021, postérieure à l'introduction de la requête, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu notifier le 30 novembre 2020 le courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 24 novembre 2020 l'avertissant de l'intention de l'office de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et l'invitant à faire valoir ses observations dans un délai de quinze jours et que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu dès le 1er décembre 2020 sans qu'aucune décision motivée l'informant de cette suspension lui soit ensuite notifiée. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions ci-dessus reproduites et doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. Eu égard au motif pour lequel il prononce l'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à l'office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation personnelle de M. B.

Sur les dépens :

7. M. B ne justifiant pas avoir engagé dans la présente instance de frais mentionnés à l'article R. 761-1 du code de justice administrative, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil de M. B, Me Bachelet, d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Article 2 : La décision implicite par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. B à compter du 1er décembre 2020 est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bachelet la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions combinées des articles L 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Bachelet.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

L'assesseur le plus ancien,

M. BERNOS

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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