mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100349 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DURAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées le 23 janvier 2020, le 26 janvier 2021 et le 11 octobre 2021, M. C B, représenté par Me Durand, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2020 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il a la nationalité comme pays de destination de la mesure d'éloignement ;
3°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2021 par lequel la préfète du Tarn l'a assigné à résidence dans le département du Tarn ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de condamner l'Etat au dépens ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire s'il n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- le défaut de motivation révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle méconnaît l'article 3 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 dès lors qu'il
était âgé de trente-quatre ans à la date du dépôt de sa demande de titre de séjour et que le
préfet lui a opposé la situation de l'emploi ; pour les mêmes motifs, elle est entachée d'une
erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation puisqu'il remplissait, à la date de sa demande, l'ensemble des conditions énoncées par les dispositions du 2° de
l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision contestée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle, compte tenu de la présence en France de sa mère et de son beau-père qui l'a adopté et eu égard aux problèmes de santé de sa mère ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision contestée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle compte tenu de la présence en France de sa mère et de son beau-père qui l'a adopté et eu égard aux problèmes de santé de sa mère ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus
d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article
L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que d'une erreur
manifeste d'appréciation ; elle apparaît disproportionnée tant dans son principe que dans ses
modalités.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2021, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 23 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention conclue entre le Gouvernement de la République française et le
Gouvernement de la République gabonaise du 3 octobre 2003 ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la
République gabonaise du 3 septembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant gabonais né le 7 avril 1984, est entré en
France le 9 novembre 2018 avec un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le
27 novembre 2018, il a déposé une demande d'admission au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté en date du 27 novembre 2020, la préfète du Tarn a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par un arrêté du 21 janvier 2021, la préfète l'a assigné à résidence dans le département du Tarn pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. La préfète du Tarn ayant, par un arrêté du 21 janvier 2021, assigné M. B à résidence, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif a statué, selon la procédure prévue au III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, sur les conclusions de sa requête dirigée contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi et l'arrêté portant assignation à résidence, par un jugement en date du 28 janvier 2021. Par suite, il n'y a lieu de ne statuer, par le présent jugement, que sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. Par une décision en date du 26 mars 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, par un arrêté en date du 13 août 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, M. Laborie, secrétaire général de la préfecture du Tarn, a reçu délégation à l'effet de signer " tous le arrêtés () établis en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.
7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle du requérant, ni des pièces du dossier, que la préfète du Tarn n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle. Le moyen doit donc être écarté.
8. En quatrième lieu, les stipulations de l'article 3-1 de l'accord entre le Gouvernement
de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion
concertée des flux migratoires et au co-développement signé le 5 juillet 2007, selon
lesquelles : "Les Parties s'engagent à faciliter et à organiser la mobilité professionnelle
pendant une période maximale de dix-huit mois de jeunes travailleurs gabonais en France et
français au Gabon, âgés de dix-huit (18) à trente-cinq (35)ans, afin d'exercer une activité
professionnelle salariée, sous couvert d'un contrat de travail et sans que soit prise en
considération la situation de l'emploi. / A cette fin, elles conviennent d'engager des négociations afin de conclure un accord relatif aux échanges de jeunes professionnels, dont
un projet est joint au présent accord, afin d'assurer l'application du présent article "
requièrent l'intervention d'actes complémentaires pour produire des effets à l'égard des
particuliers et sont, par suite, dépourvues d'effet direct. Dès lors, leur méconnaissance ne peut
être utilement invoquée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : () 2° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou dans les cas prévus aux articles L. 1262-1 et L. 1262-2 du même code, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 dudit code. Cette carte est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. Elle porte la mention " travailleur temporaire " () " L'article L. 313-2 du même code subordonne la première délivrance de la carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à la production par l'étranger d'un visa de long séjour.
10. En l'espèce, M. B étant démuni de visa long séjour, la préfète du Tarn a pu lui refuser, pour ce motif, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " sur le fondement du 2° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète du Tarn aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour au regard de ces dispositions, doit être écarté.
11. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance./ 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 9 septembre 2018, soit environ deux ans avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Si l'intéressé se prévaut de la présence en France de sa mère, titulaire d'une carte de résident de longue durée, et de son beau-père, ressortissant français, qui a présenté le 27 juillet 2020 au tribunal judiciaire d'Albi une requête aux fins de l'adopter, il n'est pas dépourvu d'attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans et où résident ses deux enfants mineurs, son père et sa sœur. En outre, si M. B fait valoir l'état de santé de sa mère, qui a été victime de deux accidents vasculaires cérébraux en 2014 et 2018 et subit des hémodialyses trois fois par semaine, il n'établit pas, par la seule production de deux certificats médicaux peu circonstanciés établis en 2018, que sa présence auprès de sa mère, dont il a vécu séparé depuis l'âge de dix-huit ans, lui serait indispensable. En particulier, il ne ressort pas des pièces du dossier que son beau-père, bien qu'il soit placé en congé de longue maladie, ne puisse apporter à celle-ci l'assistance que son état de santé requiert. Enfin, M. B ne justifie pas, par la seule circonstance qu'il ait bénéficié d'une promesse d'embauche pour une durée de six mois en 2018, d'une intégration professionnelle sur le territoire français. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision portant refus de séjour n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport à ses motifs et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, ni des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour en date du 27 novembre 2020, doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction et les conclusions relatives aux dépens et aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Durand et à la préfète du Tarn.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Nègre-Le Guillou, première conseillère,
Mme David-Brochen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
F. NEGRE-LE GUILLOU
Le président,
S. GOUÈSLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne à la préfète du Tarn, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026