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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100434

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100434

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 28 janvier 2021 et 30 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Dalbin demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 13 janvier 2021 par laquelle la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn et Garonne a refusé d'abroger partiellement le plan local d'urbanisme de la commune de Canals en tant qu'il classe les parcelles A n°263, 276 et 16 en zone A ;

2°) d'enjoindre à la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn et Garonne d'inscrire à l'ordre du jour de la prochaine réunion du conseil communautaire la question de l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme de la commune de Canals sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente, seul le conseil communautaire de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne pouvant refuser d'abroger le plan local d'urbanisme intercommunal ;

- cette décision est illégale dès lors que la délibération du 24 novembre 2015 a été prise par une autorité incompétente, la communauté de communes du Terroir de Grisolles et Villebrumier n'était, à cette date, pas dotée de la compétence en matière de plan local d'urbanisme ;

- cette décision est illégale dès lors que le classement de ses parcelles est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, respectivement enregistrés les 10 juin 2021 et 9 septembre 2021, la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne, représentée par Me Courrech conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête de M. B est irrecevable, en l'absence d'intérêt pour agir de ce dernier ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Mony, rapporteur public,

- et les observations de Me Facelina représentant la communauté de communes.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 24 novembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes du Terroir de Grisolles et Villebrumier a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Canals. Le 1er janvier 2017, le Terroir de Grisolles et Villebrumier a fusionné avec la communauté de communes Garonne et Canal pour donner la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne. Par un courrier en date du 24 novembre 2020, M. B a sollicité, auprès de la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne, l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme de la commune. Par une décision en date du 13 janvier 2021, la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne a refusé de faire droit à sa demande.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Il ressort des pièces du dossier et particulièrement des attestations notariales en date du 21 juin 2021 que M. A B est propriétaire des parcelles A 263, A 276 et A 16 sur le territoire de la commune de Canals. Par suite, il dispose d'un intérêt pour agir dans la présente instance, tendant à l'abrogation partielle du PLU concernant le zonage de ces parcelles et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " () Lorsqu'il est élaboré par un établissement public de coopération intercommunale compétent, le plan local d'urbanisme couvre l'intégralité de son territoire () ". Aux termes de l'article L. 123-6 du même code, dans sa version alors applicable : " Le plan local d'urbanisme est élaboré à l'initiative et sous la responsabilité de l'établissement public de coopération intercommunale lorsqu'il est doté de la compétence en matière de plan local d'urbanisme, en concertation avec les communes membres () Dans les autres cas, le plan local d'urbanisme est élaboré à l'initiative et sous la responsabilité de la commune, le cas échéant en concertation avec l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre dont elle est membre () ".

4. Aux termes de l'article L. 5211-17 du code général des collectivités territoriales : " Les communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale peuvent à tout moment transférer, en tout ou partie, à ce dernier, certaines de leurs compétences dont le transfert n'est pas prévu par la loi ou par la décision institutive () / Ces transferts sont décidés par délibérations concordantes de l'organe délibérant et des conseils municipaux () / Le transfert de compétences est prononcé par arrêté du ou des représentants de l'État dans le ou les départements intéressés () / L'établissement public de coopération intercommunale est substitué de plein droit, à la date du transfert de compétences, aux communes qui le composent dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes() ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 27 septembre 2013, le préfet de Tarn-et-Garonne, à la demande de la communauté de communes du Terroir de Grisolles et Villebrumier, et en accord avec ses communes membres, en a modifié les statuts en ajoutant à ses compétences obligatoires celle relative à " l'élaboration, révision et gestion du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) (la compétence sera exercée à compter du 1er octobre 2013) ".

6. À la date de la délibération en litige, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune aurait transféré à la communauté de communes sa compétence pour élaborer ou réviser son document d'urbanisme. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'à cette même date la communauté de communes aurait engagé une procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal incluant nécessairement, en application de l'article L. 123-1 du code de l'urbanisme, le territoire de la commune de Canals.

7. Dans ces conditions, à la date de la délibération en litige dans la présente instance, le conseil municipal de Canals était compétent pour approuver le plan local d'urbanisme applicable au seul territoire de cette commune, dont l'élaboration a été prescrite par délibération du conseil municipal du 10 juillet 2007. Par suite, et alors que ce moyen, relatif à l'incompétence de l'auteur de l'acte, est un moyen d'ordre public, la circonstance qu'il ait été soulevé par le demandeur postérieurement au délai de recours ouvert contre cet acte par sa requête alors qu'il ne présentait initialement qu'un seul moyen de légalité interne est sans incidence sur sa recevabilité.

8. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du conseil communautaire de la communauté de communes du Terroir de Grisolles et Villebrumier pour approuver le plan local d'urbanisme de la commune de Canals le 24 novembre 2015 doit être accueilli.

9. En second lieu, l'article L. 123-10 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige prévoit que : " () Après l'enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par délibération du conseil municipal. () ". Et l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales précise que : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour () ".

10. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si le conseil municipal est seul compétent pour abroger tout ou partie du plan local d'urbanisme de la commune, c'est au maire qu'il revient d'inscrire cette question à l'ordre du jour d'une réunion du conseil municipal. Par suite, le maire a compétence pour rejeter une demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme ou de certaines de ses dispositions. Toutefois, il ne peut légalement prendre une telle décision que si les dispositions dont l'abrogation est sollicitée sont elles-mêmes légales. Dans l'hypothèse inverse, en effet, il est tenu d'inscrire la question à l'ordre du jour du conseil municipal, pour permettre à celui-ci, seul compétent pour ce faire, de prononcer l'abrogation des dispositions illégales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que compte tenu de l'illégalité de la délibération de la communauté de communes du Terroir de Grisolles et Villebrumier approuvant le plan local d'urbanisme de la commune de Canals, la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne était tenue d'inscrire la question de l'abrogation de partielle du plan local d'urbanisme de cette commune à l'ordre du jour du conseil communautaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autrice de la décision du 13 janvier 2021 doit être accueilli.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la décision en date du 13 janvier 2021, par laquelle la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne a refusé d'abroger partiellement le plan local d'urbanisme de la commune de Canals doit être annulée.

13. En application du L. 600-4-1 du code de l'urbanisme aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn et Garonne d'inscrire à l'ordre du jour de la prochaine réunion du conseil communautaire la question de l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme de la commune de Canals. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 13 janvier 2021 par laquelle la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne a refusé d'abroger partiellement le plan local d'urbanisme de la commune de Canals est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne d'inscrire à l'ordre du jour de la prochaine réunion du conseil communautaire la question de l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme de la commune de Canals.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bentolila, président,

Mme Matteaccioli, conseillère,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La rapporteure,

L. C

Le président,

P. BENTOLILA

La greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne à la préfète de Tarn et Garonne, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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