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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100441

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100441

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKALED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2021 et deux mémoires enregistrés les 8 novembre 2021 et 4 avril 2022, Mme C D, représentée par Me Kaled, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le Préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au Préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans les dix jours suivant la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, de lui délivrer tout autre titre que la juridiction estimerait idoine ; à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- l'auteur de la décision du 2 octobre 2020 est incompétent ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit ;

- elle est entachée d'erreur de droit faute d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;

- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 avril 2021 et 21 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- la décision de rejet du recours gracieux du 9 février 2022 est confirmative de la décision portant refus de séjour du 2 octobre 2020 et n'est donc pas susceptible de recours.

Par une ordonnance en date du 16 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 19 avril 2022.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2100555 du 12 février 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Quessette, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante comorienne née en 1991, est entrée en France le 3 août 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour du 25 juillet 2016 au 25 juillet 2017. Par la suite, Mme D a bénéficié d'une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " étudiant ", régulièrement renouvelée jusqu'au 19 septembre 2019. Le 28 novembre 2019, Mme D a sollicité le changement de son statut et son admission au séjour en qualité de mère d'un enfant français, sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 2 octobre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer ce titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 2 avril 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Garonne n° 31-2020-086, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les mesures relevant de la compétence de sa direction, et notamment celles relatives à la police des étrangers. Mme B pouvait dès lors compétemment signer la décision attaquée. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 2 octobre 2020 est entaché d'un vice d'incompétence.

3. En deuxième lieu, selon les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Contrairement à ce que soutient Mme D, la décision attaquée vise les dispositions juridiques applicables à sa situation personnelle, comporte des éléments de fait suffisants sur cette situation et précise également les raisons pour lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'elle sollicitait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait et en droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, le moyen d'erreur de droit tiré du défaut d'examen de la situation de la requérante n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier la portée. En tout état de cause, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation du refus de titre de séjour, qui mentionne les différents éléments de la situation particulière de Mme D, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de son droit au séjour. Ce moyen doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, selon les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ; () ".

7. Pour refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour en application des dispositions précitées, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur la circonstance que le père de l'enfant ne justifiait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de celle-ci. D'une part, en recherchant si le père de l'enfant de la requérante contribuait à l'entretien et l'éducation de cette enfant, le préfet n'a commis aucune erreur de droit, dès lors que les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de l'article 55 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 applicable en l'espèce, prévoient expressément que l'octroi d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant de nationalité française est soumis à cette condition. La requérante ne peut donc se borner à faire valoir qu'elle justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille pour remettre en cause l'acte attaqué. D'autre part, si Mme D verse au dossier deux preuves de virements bancaires effectués à son profit par le père de l'enfant, pour un montant de 60 euros en 2017 et 60 euros en 2018, ces éléments ne suffisent pas à démontrer que l'auteur de la reconnaissance de paternité de la fille de Mme D contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de celle-ci, ce que la requérante admet par ailleurs. Enfin, en l'absence de toute décision de justice relative à la contribution et à l'éducation de l'enfant par son père français, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision du 2 octobre 2020 méconnaît les dispositions précitées.

8. En cinquième et dernier lieu, selon les dispositions du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () / 6° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

9. La décision attaquée n'étant pas assortie d'une obligation de quitter le territoire français, Mme D ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation. Par suite, ce moyen inopérant ne peut donc qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, par les moyens invoqués et au vu des pièces du dossier, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions présentées par Mme D à fin d'annulation de la décision attaquée, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte, les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles présentées au titre des dépens dont aucun n'a du reste été exposé en l'espèce, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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