mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100490 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CATALA & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par ordonnance du 19 janvier 2021, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Toulouse le dossier de la requête de Mme B F, enregistré le 12 novembre 2020 au tribunal administratif de Paris.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 20 janvier 2021 sous le n° 2100490, Mme F, représentée par Me Thalamas substituant la SCP Catala et associés, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2020 par lequel le ministre de l'économie, des finances et de la relance l'a suspendue de ses fonctions ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la relance de la réintégrer dans ses fonctions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme F soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dès lors qu'il ne repose pas sur des faits présentant une gravité et une vraisemblance suffisante.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé par Mme F n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 mars 2021 et le 31 octobre 2022, sous le n° 2101447, Mme B F, représentée par Me Thalamas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2021 par lequel le ministre de l'économie, des finances et de la relance a maintenu la suspension de ses fonctions à compter du lendemain de sa notification et modifiant ses conditions de traitement ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Mme F soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dès lors qu'il aurait dû intervenir au terme d'un délai de quatre mois à compter de la décision initiale prononçant la suspension de fonctions ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, dès lors que l'absence d'affectation provisoire et de détachement dans un autre corps doit être motivée ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'appréciation dès lors que : elle aurait dû être affectée provisoirement sur d'autres fonctions ou être détachée dans un autre corps et d'autre part, elle ne faisait plus l'objet de poursuites pénales depuis l'intervention du jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Toulouse du 5 mars 2021 ; la retenue de la moitié de son traitement a été décidée sans considération de sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la retenue sur traitement doit s'analyser comme une sanction disciplinaire intervenue en méconnaissance des règles s'imposant en la matière, à savoir la communication préalable du dossier, l'exercice des droits de la défense, la motivation et la proportionnalité ;
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il est fondé sur l'existence alléguée d'un lien de proximité entre elle et le gérant de la société " La compagnie française " et qu'il ne peut davantage être fondé sur l'existence d'un signalement la concernant en application de l'article 40 du code de procédure pénale.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
III. Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 août 2021, 13 août 2021 et le 31 octobre 2022 sous le n° 2104836, Mme B F, représentée par Me Thalamas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision rejetant implicitement sa demande du 29 avril 2021 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 11 janvier 2021 portant maintien de sa suspension de fonctions ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Mme F soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas eu accès à son dossier administratif et n'a pas été entendue ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'à compter de l'intervention du jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Toulouse du 5 mars 2021, elle ne faisait plus l'objet de poursuites pénales ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que l'absence d'affectation provisoire doit être motivée ;
- la décision attaquée ne saurait être fondée sur l'existence alléguée d'un lien de proximité avec le gérant de la société " La compagnie française ", ce lien n'étant pas établi, elle ne peut davantage être fondée sur l'existence d'un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors que la décision d'opérer une retenue de la moitié de son traitement a été prise sans considération de sa situation personnelle et dès lors qu'il s'agit d'une faculté et non d'une obligation ;
- la retenue sur rémunération doit s'analyser comme une sanction intervenue en méconnaissance des règles de droit s'imposant en la matière, à savoir la communication préalable du dossier, l'exercice des droits de la défense, la motivation et la proportionnalité ;
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- l'arrêté du 20 décembre 2019 portant organisation de la direction générale des finances publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel, rapporteure,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- les observations de Me Thalamas représentant Mme F.
- et les observations de Mme A, représentant le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes enregistrées sous les n° 2100490, 2101447 et 2104836 présentées pour la même requérante, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Par un arrêté du 15 septembre 2020, Mme F, administratrice des finances publiques, adjointe à la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées, a été suspendue de ses fonctions dans l'intérêt du service. Par un autre arrêté du 11 janvier 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance a maintenu la mesure de suspension et a décidé que son traitement subirait une retenue égale à 50 % de son montant. Par ses requêtes enregistrées respectivement sous le n°2100490 et sous le n° 2101447, Mme F demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés. Par sa requête enregistrée sous le n° 2104836, elle demande au tribunal d'annuler la décision rejetant implicitement sa demande du 21 avril 2021 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 11 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2020 :
3. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. () En cas de non-lieu, relaxe, acquittement ou mise hors de cause, l'autorité hiérarchique procède au rétablissement dans ses fonctions du fonctionnaire. () ".
4. Une mesure de suspension de fonctions ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire que lorsque les faits imputables à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que l'éloignement de l'intéressé se justifie au regard de l'intérêt du service. Eu égard à la nature conservatoire d'une mesure de suspension et à la nécessité d'apprécier, à la date à laquelle cet acte a été pris, la condition tenant au caractère vraisemblable des faits, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de statuer au vu des informations dont disposait effectivement l'autorité administrative au jour de sa décision.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, l'administration avait été informée par un courrier du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Toulouse du 11 septembre 2020, que Mme F, en suite d'une enquête préliminaire diligentée par la division économique et financière du service régional de police judiciaire (SRPJ) de Toulouse, faisait l'objet de poursuites pénales des chefs de prise illégale d'intérêts, violation du secret professionnel et recel de corruption passive. Ce courrier précisait également, d'une part, que la requérante avait été placée sous contrôle judiciaire par une ordonnance du juge des libertés et de la détention le 10 septembre 2021 transmise à l'administration et d'autre part, qu'elle était convoquée le 5 mars 2021 devant le tribunal judiciaire de Toulouse pour une comparution à une audience correctionnelle. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué, les faits reprochés à Mme F présentaient un caractère de vraisemblance suffisant et permettaient de présumer de la commission d'une faute grave de nature à justifier, en application de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, la mesure de suspension prise à son encontre. Par ailleurs, la circonstance invoquée par la requérante, et tirée de ce que ses compte-rendus d'entretien professionnel faisaient état de ses qualités professionnelles et de sa manière de servir est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 15 septembre 2020 prononçant la suspension de fonctions de Mme F doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2021 :
7. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense ; / () ". Aux termes de l'article 9 de l'arrêté du 20 décembre 2019 portant organisation de la direction générale des finances publiques : " () III. - La sous-direction de la gestion des personnels et des parcours professionnels () traite les questions et procédures afférentes à la déontologie et à la discipline, assure la protection et la sécurité juridique des agents et instruit les contentieux en matière de personnel. / Elle traite les actions en réparation civile de l'Etat. Elle est chargée des conditions de vie au travail, de la formation, du recrutement, des études et production de statistiques en matière de ressources humaines. Elle conduit des missions de médiation collective dans des situations de dégradation de l'environnement de travail. ".
8. Par arrêté du 24 juin 2013 portant délégation de signature au sein de la direction générale des finances publiques publié au Journal officiel du 28 juin suivant, M. D E, en sa qualité de sous-directeur chargé de la gestion des personnels et des parcours professionnels, a reçu délégation " à l'effet de signer, au nom du ministre de l'économie et des finances et dans la limite de leurs attributions, tous actes, arrêtés, décisions ou conventions ainsi que les ordres de mission en France et à l'étranger des personnels de la direction générale des finances publiques. ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
9. En deuxième lieu, les dispositions de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 imposent que la décision, qui peut prendre la forme d'une mesure de prolongation d'une suspension de fonctions précédemment prononcée, ne rétablissant pas ou n'affectant pas provisoirement un fonctionnaire suspendu au-delà de quatre mois et faisant l'objet de poursuites pénales doit être motivée.
10. L'arrêté attaqué du 11 janvier 2021, qui vise la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ainsi que l'arrêté du 15 septembre 2020 portant suspension de Mme F, mentionne que la requérante est poursuivie pénalement pour des infractions relatives à des faits qui auraient été commis dans l'exercice de ses fonctions ou en lien avec l'exercice de ses fonctions, précise les mesures prononcées par le juge des libertés et de la détention suite à son placement sous contrôle judiciaire, et indique qu'" eu égard à la gravité des faits, l'intérêt du service fait obstacle au rétablissement de l'agente dans ses précédentes fonctions ainsi qu'à une affectation provisoire sur un autre emploi ". Cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner les raisons pour lesquelles l'administration n'a pas prononcé d'affectation provisoire ou de détachement dans un autre corps, comporte ainsi l'énoncé des motifs de droit et de fait sur lesquels il se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judiciaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai. Lorsque, sur décision motivée, il n'est pas rétabli dans ses fonctions, il peut être affecté provisoirement par l'autorité investie du pouvoir de nomination, sous réserve de l'intérêt du service, dans un emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il est, le cas échéant, soumis. A défaut, il peut être détaché d'office, à titre provisoire, dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations. L'affectation provisoire ou le détachement provisoire prend fin lorsque la situation du fonctionnaire est définitivement réglée par l'administration ou lorsque l'évolution des poursuites pénales rend impossible sa prolongation. / () Le fonctionnaire qui, en raison de poursuites pénales, n'est pas rétabli dans ses fonctions, affecté provisoirement ou détaché provisoirement dans un autre emploi peut subir une retenue, qui ne peut être supérieure à la moitié de la rémunération mentionnée au deuxième alinéa. Il continue, néanmoins, à percevoir la totalité des suppléments pour charges de famille. ".
12. Il résulte des dispositions citées au point précédent que si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire à l'encontre d'un fonctionnaire suspendu, celui-ci est rétabli dans ses fonctions, sauf s'il fait l'objet de poursuites pénales. Un fonctionnaire doit, pour l'application de ces dispositions, être regardé comme faisant l'objet de poursuites pénales lorsque l'action publique a été mise en mouvement à son encontre et ne s'est pas éteinte. Lorsque c'est le cas, l'autorité administrative peut, au vu de la situation en cause et des conditions prévues par ces dispositions, le rétablir dans ses fonctions, lui attribuer provisoirement une autre affectation, procéder à son détachement ou encore prolonger la mesure de suspension en l'assortissant, le cas échéant, d'une retenue sur traitement.
13. D'une part, l'arrêté attaqué du 11 janvier 2021 est intervenu avant l'expiration d'un délai de quatre mois suivant l'arrêté du 15 septembre 2020 portant suspension des fonctions de Mme F. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit du fait de l'absence d'intervention d'une décision portant rétablissement de Mme F dans ses fonctions avant l'expiration d'un délai de quatre mois doit être écarté.
14. D'autre part, pour justifier l'absence de rétablissement de la requérante dans ses précédentes fonctions et d'affectation provisoire sur un autre emploi, l'administration fait valoir que l'intérêt du service y faisait obstacle, eu égard à la nature et à la gravité des faits qui lui sont reprochés. Il ressort des pièces du dossier que Mme F faisait l'objet de poursuites pénales tout d'abord du chef de prise illégale d'intérêts, dans le cadre d'une opération dont elle avait la charge d'assurer la surveillance et la supervision en qualité de responsable de la 4ème brigade départementale de vérification en charge du contrôle d'un restaurant de la commune de Toulouse, ensuite du chef de violation du secret professionnel, pour avoir révélé des informations à caractère secret dont elle était dépositaire à raison de ses fonctions tout au long des étapes administratives d'un contrôle depuis l'engagement de la vérification fiscale jusqu'à sa mise en œuvre et sa finalisation, puis du chef de recel de corruption passive, résultant du délit de corruption passive commis par son mari et consistant notamment en des séjours en Chine, à l'île Maurice ou en France. Eu égard à la nature et à la gravité des faits ayant conduit à ces chefs de prévention, le juge des libertés et de la détention a placé Mme F sous contrôle judiciaire et l'a astreinte à se soumettre, notamment, à l'obligation de " ne pas exercer de missions de service public en tant que chef de la 4ème division de la DIRCOFI, ni aucune fonction de contrôle impliquant la charge d'assurer la surveillance ou l'administration d'une brigade de contrôle fiscal, et ce y compris si ce changement de poste implique une perte de salaire ". Contrairement à ce que soutient Mme F, les dispositions de l'alinéa 3 de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires n'imposent pas à l'administration, qui n'est pas en mesure de rétablir dans ses fonctions un fonctionnaire ayant fait l'objet d'une suspension, de l'affecter provisoirement dans un emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il serait soumis ou de le détacher d'office, à titre provisoire, dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que des postes correspondant au grade de la requérante auraient été vacants dans des départements de la région Occitanie n'est en tout état de cause pas de nature à établir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit. Pour les motifs qui viennent d'être énoncés, cet arrêté n'est pas davantage entaché d'erreur d'appréciation.
15. En quatrième lieu, d'une part, en application de l'alinéa 5 de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, l'administration peut, en cas d'interdiction faite au fonctionnaire d'exercer ses fonctions résultant d'un contrôle judiciaire, interrompre le versement de son traitement pour absence de service fait. D'autre part, les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État disposant que le fonctionnaire conserve, selon la durée de son congé maladie, l'intégralité ou la moitié de son traitement, ont pour seul objet de compenser la perte de rémunération due à la maladie en apportant une dérogation au principe posé à l'article 20 de la loi n° 83-624 du 13 juillet 1983 subordonnant le droit au traitement au service fait. Elles ne peuvent avoir pour effet d'accorder à un fonctionnaire bénéficiant d'un congé de maladie des droits à rémunération supérieurs à ceux qu'il aurait eus s'il n'en n'avait pas bénéficié.
16. Tout d'abord, comme le fait valoir l'administration en défense, Mme F a perçu un demi-traitement à compter du 12 décembre 2020, non en application de l'arrêté la maintenant en suspension, mais en conséquence de son placement en congé de maladie ordinaire à compter du 12 septembre 2020. Par ailleurs, eu égard aux conséquences sur sa situation personnelle, dont au demeurant la requérante ne donne pas de détail, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'économie, des finances et de la relance ait fait une inexacte application des dispositions précitées en décidant d'opérer une retenue de 50 % sur son traitement.
17. Ensuite, Mme F soutient que les poursuites pénales engagées à son encontre se sont éteintes par l'intervention du jugement du tribunal judiciaire de Toulouse du 5 mars 2021. Toutefois, la légalité de l'arrêté attaqué s'apprécie à la date de son édiction, soit le 11 janvier 2021. Au surplus, contrairement à ce que soutient la requérante, ce jugement n'a pas pour objet de mettre fin aux poursuites pénales dont elle fait l'objet mais de renvoyer le dossier au procureur de la République aux fins de mieux se pourvoir à raison de " la complexité de l'affaire [qui] nécessite des investigations supplémentaires approfondies ", en application des dispositions de l'article 397-2 du code de procédure pénale. Ce même jugement a également maintenu l'ensemble des mesures de sureté sur le fondement des dispositions de l'article 397-3 du code de procédure pénale. Enfin, la retenue sur salaire opérée ne constitue pas une sanction disciplinaire. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit, du fait de l'extinction de l'action pénale, doit être écarté.
18. En cinquième et dernier lieu, contrairement à ce qui est soutenu, l'arrêté attaqué n'est fondé ni sur l'existence alléguée d'un lien de proximité entre la requérante et le gérant de la société " La compagnie française " ni sur l'existence alléguée d'un signalement dans le cadre de l'article 40 du code de procédure pénale, mais sur l'intérêt du service eu égard aux faits qui lui étaient reprochés, lesquels présentaient, à la date du 11 janvier 2011, un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus implicite d'abroger l'arrêté du 11 janvier 2021 et de réintégrer Mme F :
20. En premier lieu, aux termes de l'article L.242-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration est tenue de procéder, selon le cas, à l'abrogation ou au retrait d'une décision créatrice de droits si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait peut intervenir dans le délai de quatre mois suivant l'édiction de la décision. "
21. La décision attaquée refusant d'abroger l'arrêté portant maintien de la mesure de suspension de fonctions à l'encontre de Mme F ne nécessitait, préalablement à son intervention, ni l'engagement d'une procédure contradictoire ni la communication de son dossier administratif à la requérante. Par ailleurs, il ne ressort ni des dispositions précitées de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration ni d'aucun principe que le fonctionnaire demandant l'abrogation de la mesure maintenant sa suspension de fonctions devrait être entendu et avoir accès à son dossier administratif.
22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
23. Il résulte des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration mentionnées au point précédent qu'une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. En outre, Mme F n'établit ni même n'allègue avoir formulé, dans les conditions prévues par ces dispositions, une demande de communication des motifs de la décision implicite qu'elle conteste. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée est inopérant et doit être écarté.
24. En troisième lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai. Lorsque, sur décision motivée, il n'est pas rétabli dans ses fonctions, il peut être affecté provisoirement par l'autorité investie du pouvoir de nomination, sous réserve de l'intérêt du service, dans un emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il est, le cas échéant, soumis. ". Un fonctionnaire doit être regardé comme faisant l'objet de poursuites pénales au sens de ces dispositions lorsque l'action publique pour l'application des peines a été mise en mouvement à son encontre.
25. D'une part, aux termes de l'article 1er du code de procédure pénale : " L'action publique pour l'application des peines est mise en mouvement et exercée par les magistrats ou par les fonctionnaires auxquels elle est confiée par la loi. " et aux termes de l'article 6 du même code : " L'action publique pour l'application de la peine s'éteint par la mort du prévenu, la prescription, l'amnistie, l'abrogation de la loi pénale et la chose jugée./ Toutefois, si des poursuites ayant entraîné condamnation ont révélé la fausseté du jugement ou de l'arrêt qui a déclaré l'action publique éteinte, l'action publique pourra être reprise ; la prescription doit alors être considérée comme suspendue depuis le jour où le jugement ou arrêt était devenu définitif jusqu'à celui de la condamnation du coupable de faux ou usage de faux./ Elle peut, en outre, s'éteindre par transaction lorsque la loi en dispose expressément ou par l'exécution d'une composition pénale ; il en est de même en cas de retrait de plainte, lorsque celle-ci est une condition nécessaire de la poursuite. " Il résulte des dispositions précitées que l'action publique pour l'application des peines doit être regardée comme mise en mouvement dès la décision du procureur de la République d'engager des poursuites ou dès le dépôt, à l'initiative d'une partie lésée, d'une plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction.
26. D'autre part, aux termes de l'article 397-2 du code de procédure pénale : " Le tribunal peut () s'il estime que la complexité de l'affaire nécessite des investigations supplémentaires approfondies, renvoyer le dossier au procureur de la République. " et aux termes de l'article 397-3 du même code : " Dans tous les cas prévus par le présent paragraphe, le tribunal peut, conformément aux dispositions de l'article 141-1, placer ou maintenir le prévenu sous contrôle judiciaire. Cette décision est exécutoire par provision. ".
27. Il ressort des pièces du dossier que le procureur de la République a mis en mouvement l'action publique à l'encontre de Mme F le 10 septembre 2020 quand celle-ci s'est vue remettre une convocation par procès-verbal à une audience correctionnelle devant le tribunal judiciaire de Toulouse qui devait se tenir le 5 mars 2021. Le 5 mars 2021, Mme F a comparu devant le tribunal correctionnel pour des faits de prise illégale d'intérêts, dans le cadre d'une opération dont elle avait la charge d'assurer la surveillance et la supervision en qualité de responsable de la 4ème brigade départementale de vérification en charge du contrôle d'un restaurant de la commune de Toulouse, de violation du secret professionnel, pour avoir révélé des informations à caractère secret dont elle était dépositaire à raison de ses fonctions tout au long des étapes administratives d'un contrôle depuis l'engagement de la vérification fiscale jusqu'à sa mise en œuvre et sa finalisation, et de recel de corruption passive, résultant du délit de corruption passive commis par son mari et consistant notamment en des séjours en Chine, à l'île Maurice ou en France. Dans son jugement du même jour, le tribunal correctionnel a décidé, d'une part, sur le fondement des dispositions de l'article 397-2 du code de procédure pénale de renvoyer le dossier au procureur de la République aux fins de mieux se pourvoir au motif de " la complexité de l'affaire [qui] nécessite des investigations supplémentaires approfondies " et, d'autre part, sur le fondement de l'article 397-3 du code de procédure pénale, a maintenu les obligations de son contrôle judiciaire prescrites par une ordonnance du juge des libertés et de la détention datée du 10 septembre 2020. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, les poursuites pénales engagées à son encontre par le procureur de la République n'étaient pas éteintes à la date de la décision implicite de rejet de sa demande d'abrogation de l'arrêté du 11 janvier 2021 prolongeant le maintien de sa suspension de fonctions. Dans ces conditions, en l'absence de l'extinction des poursuites pénales à l'encontre de Mme F, la décision refusant d'abroger l'arrêté du 11 janvier 2021 et de la réintégrer n'est pas entachée d'erreur de droit. Ce moyen doit être écarté.
28. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 10 du présent jugement, le moyen tiré du défaut de motivation de l'absence d'affectation provisoire de Mme F doit être écarté. Pour les motifs mentionnés aux points 14 et 16 à 18 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit, qu'elle serait fondée sur l'existence alléguée d'un lien de proximité entre Mme F et le gérant de la société " La compagnie française " et un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale et que la retenue sur traitement doit être regardée comme une sanction disciplinaire, doivent également être écartés.
29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision rejetant implicitement la demande d'abrogation de l'arrêté du 11 janvier 2021 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que Mme F demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: Les requêtes n° 2100490, n° 2101447 et n° 2104836 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
F. HÉRY La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
2 - 2101447 - 2104836
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026