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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100522

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100522

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBELHADI-DIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 1906033 rendue le 27 janvier 2021, le tribunal administratif de Grenoble a transmis au tribunal administratif de Toulouse le dossier de la requête de M. B.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 septembre 2019 et 4 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Belhadi-Diallo, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les titres de perception émis à son encontre les 18 juin et 15 octobre 2018 et le 22 janvier 2019, d'un montant respectif de 2 146, 194 et 3 619 euros ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

S'agissant de la régularité des titres de perception :

- si les courriers qui lui ont été adressés le 10 juillet 2019 par le centre d'expertise des ressources humaines de la solde de Nancy précisent qu'il aurait reçu les titres de perception les 15 octobre 2018 et 22 janvier 2019, il n'en va pas de même concernant le titre émis le 18 juin 2018, qui a fait l'objet d'une notification irrégulière et devra donc être annulé ;

- la procédure est irrégulière au regard de l'article L. 257-0 B du livre des procédures fiscales dès lors qu'aucune lettre de relance ne lui a été adressée préalablement à l'émission des trois titres en litige ;

- aucune mise en demeure ne lui a été adressée concernant les titres émis les 18 juin et 15 octobre 2018 ;

S'agissant du bien-fondé du titre de perception émis le 18 juin 2018 :

- il a effectué une mission en Côte d'Ivoire entre les 4 juillet et 28 août 2017 et pouvait donc bénéficier de l'indemnité de sujétions pour services à l'étranger à hauteur de 2 256,32 euros mensuels bruts, soit 4 512,64 euros pour deux mois ; il a versé la somme de 1 293,59 euros à la suite d'une saisine sur son compte bancaire effectuée le 27 février 2019, la somme due est donc désormais égale à 701 euros ;

S'agissant du bien-fondé du titre de perception émis le 15 octobre 2018 :

- l'indemnité pour temps d'activité et d'obligations professionnelles complémentaires ne lui a pas été versée par erreur dès lors qu'il avait moins de six mois d'ancienneté à compter du mois de septembre 2016 ; il ne dispose pas de ses bulletins de solde au titre de l'année 2016 et ne peut donc pas vérifier le montant de l'indemnité qui lui a été versée au titre de cette période ;

S'agissant du bien-fondé du titre de perception émis le 22 janvier 2019 :

- le tableau produit par le ministère des armées concernant l'indemnité compensatrice de la contribution sociale est incompréhensible et le montant des droits ouverts tel que rapporté dans ce tableau n'est pas expliqué ;

- son bulletin de solde du mois d'août 2018 fait apparaître une retenue de 51 euros au titre de l'indemnité pour temps d'activité et d'obligations professionnelles qui n'a pourtant pas été prise en compte dans le titre exécutoire ;

- le ministère des armées n'expose pas les raisons pour lesquelles il devait bénéficier de l'indemnité pour services en campagne au lieu de l'indemnité pour services aériens des militaires pour parachutistes au taux n° 1 au cours des mois de janvier et mars 2018 alors qu'il ne pouvait effectuer des services en campagne durant cette période, au cours de laquelle il était en arrêt maladie ; le calcul du montant de l'indemnité pour services en campagne n'étant pas détaillé, il lui est impossible de vérifier le bien-fondé de la créance en litige ; le ministère des armées n'est pas fondé à solliciter le remboursement de l'indemnité pour services aériens des militaires pour parachutistes au taux n° 1 dès lors que son montant est supérieur au montant de l'indemnité pour services en campagne ;

- une retenue de 913,77 euros a été effectuée sur son bulletin de solde du mois d'août 2018 au titre de sa solde de base, correspondant à douze jours du mois de mars 2018 ;

- dès lors que le montant des droits ouverts au titre des retenues et cotisations sociales n'est pas expliqué, le bien-fondé du calcul effectué par l'administration ne peut pas être vérifié ;

S'agissant du rappel de solde :

- au mois de juin 2017, il a perçu l'indemnité pour services en campagne " sentinelle " pour 5 jours seulement et n'a pas perçu l'indemnité alerte opérationnelle territoire national alors qu'il a effectué une mission " sentinelle " à Paris entre le début du mois de février 2017 et le 3 avril 2017 ; il n'a pas perçu l'indemnité pour services en campagne " sentinelle " au titre de la mission " sentinelle " qu'il a effectuée à Paris entre le 8 décembre 2017 et la fin du mois de janvier 2018 ; il est donc susceptible de bénéficier d'un rappel de solde à ce titre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juin 2020 et 2 février 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive au regard des articles 118 et 119 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la requête est irrecevable dès lors que M. B n'a pas produit un inventaire détaillé de ses pièces et qu'il n'a pas numéroté ces dernières, en méconnaissance de l'article R. 414-3 du code de justice administrative ;

- la requête est dépourvue de moyens et de conclusions en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- pour le surplus, les moyens de la requête relatifs à la régularité et au bien-fondé des titres de perception ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 49-1655 du 28 décembre 1949 ;

- le décret n° 75-142 du 3 mars 1975 ;

- le décret n° 97-901 du 1er octobre 1997 ;

- le décret n° 2002-185 du 14 février 2002 ;

- le décret n° 2008-955 du 12 septembre 2008 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n° 2017-1889 du 30 décembre 2017 ;

- la circulaire du 15 janvier 2018 relative aux modalités de mise en œuvre de l'indemnité compensatrice de la hausse de la contribution sociale généralisée instituée par le décret n° 2017-1889 du 30 décembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est entré au service de l'armée de terre à compter du 7 juin 2016 en qualité de volontaire au sein du 8ème régiment parachutiste d'infanterie de marine à Castres. Il a été placé en congé de maladie ordinaire du 23 janvier au 11 mars 2018, puis en absence irrégulière du 12 au 18 mars suivant et a été rayé des contrôles le 6 octobre 2018, après avoir été considéré comme déserteur à compter du 19 mars 2018. Par des courriers des 18 décembre 2017, 10 août et 5 décembre 2018, le centre d'expertise des ressources humaines de la solde de Nancy a avisé l'intéressé de l'existence de trop-perçu de rémunération, d'un montant respectif de 2 145,67 euros, 193,62 euros et 3 618,95 euros, ainsi que d'une demande d'émission de titre exécutoire auprès des services des finances publiques. Trois titres de perception ont été émis à l'encontre de M. B les 18 juin et 15 octobre 2018 et le 22 janvier 2019, d'un montant respectif de 2 146, 194 et 3 619 euros. Par un courriel du 16 juin 2019, M. B a contesté auprès de la direction départementale des finances publiques de la Moselle le montant de ces titres. Par un courrier du 10 juillet 2019, le centre d'expertise des ressources humaines de la solde de Nancy l'a informé de ce que la contestation de ces titres n'a pas été formée dans le délai imparti. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation desdits titres.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. /() ". Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

3. M. B doit être regardé comme ayant formé, dans son courriel du 16 juin 2019, une contestation préalable des titres litigieux auprès de la direction départementale des finances publiques de la Moselle. Si la ministre des armées fait valoir que cette contestation est tardive, elle ne produit toutefois aucune pièce de nature à établir la date de notification des titres de perception. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de l'expiration du délai prévu par l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 doit être écartée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 414-3 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable à la date d'introduction de la requête : " Les pièces jointes sont présentées conformément à l'inventaire qui en est dressé. / Lorsque le requérant transmet, à l'appui de sa requête, un fichier unique comprenant plusieurs pièces, chacune d'entre elles doit être répertoriée par un signet la désignant conformément à l'inventaire mentionné ci-dessus. S'il transmet un fichier par pièce, l'intitulé de chacun d'entre eux doit être conforme à cet inventaire. Le respect de ces obligations est prescrit à peine d'irrecevabilité de la requête. / Les mêmes obligations sont applicables aux autres mémoires du requérant, sous peine pour celui-ci, après invitation à régulariser non suivie d'effet, de voir ses écritures écartées des débats. ".

5. M. B s'est conformé aux dispositions de l'article R. 414-3 du code de justice administrative en cours d'instance, et plus précisément le 4 janvier 2021 lorsqu'il a produit son second mémoire. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de ces dispositions doit également être écartée.

6. En dernier lieu, l'article R. 411-1 du code de justice administrative prévoit que : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

7. Outre la circonstance que des moyens et conclusions sont identifiables dans la requête introduite par M. B le 4 septembre 2021, étant précisé qu'il n'était alors pas représenté par un avocat, il résulte de l'instruction que l'intéressé s'est fait représenter par un avocat en cours d'instance et que son second mémoire, produit le 4 janvier 2021, comporte l'exposé de moyens et de conclusions conformément aux prescriptions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Par suite, cette dernière fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions relatives aux titres de perception :

En ce qui concerne la régularité de l'ensemble des titres de perception :

8. En premier lieu, M. B soutient que si les courriers qui lui ont été adressés par le centre d'expertise des ressources humaines de la solde de Nancy précisent qu'il a accusé réception des titres de perception émis à son encontre les 15 octobre 2018 et 22 janvier 2019, il n'en va pas de même concernant le titre émis le 18 juin 2018. Cette circonstance, à la supposer établie, aurait pour seul effet d'empêcher le délai de recours contentieux de courir à l'encontre de ce dernier titre de perception mais n'aurait aucune incidence sur sa légalité, étant précisé, en tout état de cause, que M. B n'a été privé d'aucune garantie dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'il a obtenu la communication de ce titre le 14 juin 2019. Par suite, le moyen tiré de la notification irrégulière du titre de perception émis à son encontre le 18 juin 2018 doit être écarté.

9. En second lieu, selon l'article 113 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Le recouvrement des ordres de recouvrer relevant de la présente sous-section s'effectue comme en matière d'impôts directs () ". L'article L. 257-0 A du livre des procédures fiscales dispose : " 1. A défaut de paiement de l'acompte mentionné à l'article 1663 C du code général des impôts ou des sommes mentionnées sur l'avis d'imposition à la date limite de paiement ou de celles mentionnées sur l'avis de mise en recouvrement, le comptable public adresse au redevable la mise en demeure de payer prévue à l'article L. 257 du présent livre avant la notification du premier acte de poursuite devant donner lieu à des frais au sens de l'article 1912 du code général des impôts. / 2. Lorsque la mise en demeure de payer porte à la connaissance du redevable des sanctions fiscales, aucune poursuite ne peut être engagée par le comptable public avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification de ladite mise en demeure, en application du second alinéa de l'article L. 80 D du présent livre. ". Aux termes de l'article L. 257-0 B du même livre : " 1. Pour la mise en œuvre de l'article L. 257-0 A, la mise en demeure de payer prévue à l'article L. 257 est précédée d'une lettre de relance lorsqu'aucune autre défaillance de paiement n'a été constatée pour un même redevable au titre d'une même catégorie d'impositions au cours des trois années précédant la date limite de paiement ou la date de mise en recouvrement de l'imposition dont le recouvrement est poursuivi. ".

10. Bien que l'article 113 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique prévoie que le recouvrement des ordres de recouvrer relevant des recettes de l'administration autres que les impositions, amendes et condamnations pécuniaires s'effectue comme en matière d'impôts directs, M. B n'est pas fondé à invoquer l'article L. 257-0 B du livre des procédures fiscales, pris pour l'application de l'article L. 257-0 A du même livre relatif à l'acompte mentionné à l'article 1663 C du code général des impôts ou de sommes mentionnées sur un avis d'imposition ou sur un avis de recouvrement, dès lors que le présent litige ne porte sur aucune de ces pièces, le requérant n'est ainsi pas fondé à invoquer l'existence d'un vice de procédure tiré de l'absence de lettre de relance et de mise en demeure préalables aux titres de perception litigieux, qui constituent les actes par lesquels les services des finances publiques rendent exécutoires les sommes dont l'intéressé serait débiteur envers l'Etat, et non un avis de recouvrement qui doit être précédé d'une lettre de relance ou d'une mise en demeure de payer, un tel avis devant être adressé dans l'hypothèse où l'intéressé ne s'acquitterait pas des sommes mises à sa charge dans les titres exécutoires. Par suite, le moyen tiré de l'absence de lettre de relance et de mise en demeure de payer doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le bien-fondé des titres de perception :

S'agissant du titre de perception émis le 18 juin 2018 :

11. Selon l'article 2 du décret du 1er octobre 1997 relatif à la rémunération des militaires à solde mensuelle envoyés en opération extérieure ou en renfort temporaire à l'étranger : " Les militaires visés par le présent décret, sous réserve des dispositions de l'article 6 ci-dessous, perçoivent, lorsqu'ils sont à l'étranger, la solde de base, le supplément familial de solde, les primes et indemnités, auxquelles s'ajoutent une indemnité de sujétions pour service à l'étranger prenant en compte, le cas échéant, un supplément pour enfant à charge, ainsi que les prestations familiales perçues sur leur lieu d'affectation. / La rémunération des militaires visés par le présent décret est soumise aux retenues légales et réglementaires. ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " L'indemnité de sujétions pour service à l'étranger prévue à l'article 2 ci-dessus est calculée par application d'un coefficient multiplicateur à la solde de base perçue par les militaires visés par le présent décret. Elle est exclusive de l'indemnité de sujétions d'absence opérationnelle prévue par le décret n° 2021-1701 du 17 décembre 2021. " et de son article 4 : " Le coefficient multiplicateur prévu à l'article précédent est fixé à 1,5. ". L'article 7 du même décret prévoit enfin : " L'indemnité de sujétions pour service à l'étranger prévue par l'article 2 du présent décret est attribuée du jour inclus d'arrivée dans l'Etat étranger de séjour ou la zone d'opération au jour inclus du départ de cet Etat ou de cette zone. ".

12. Il résulte de l'instruction que M. B a effectué une mission en Côte d'Ivoire entre les 4 juillet et 28 août 2017 et qu'il a perçu deux fois la somme de 2 256,32 euros au titre de l'indemnité de sujétions pour services à l'étranger, alors que la ministre des armées considère que le montant des droits ouverts étaient en réalité égal à 2 132,14 euros. Tout d'abord, si la ministre de la défense expose que les " indus versés jusqu'au 31 mai 2017 sont prescrits ", les titres de perception en litige portent sur des sommes qui ont été versées à compter du 4 juillet 2017. Ensuite, il résulte du tableau produit en défense concernant le calcul de cette indemnité que le requérant a perçu la somme totale de 6 618,54 euros alors que la multiplication du nombre de 2 256,32 euros par deux affiche un résultat de 4 512,60 euros. Par ailleurs, le ministère des armées considère que l'intéressé pouvait percevoir l'indemnité de sujétions pour services à l'étranger au titre d'un seul mois alors que l'article 7 du décret du décret du 1er octobre 1997 relatif à la rémunération des militaires à solde mensuelle envoyés en opération extérieure ou en renfort temporaire à l'étranger dispose que cette indemnité est attribuée du jour inclus d'arrivée dans l'Etat étranger au jour inclus de départ, et que M. B a effectué une mission en Côte d'Ivoire pendant plus d'un mois. Dès lors et en l'absence de contestation du ministère des armées tant sur le calcul effectué dans le tableau précité que sur la période au cours de laquelle M. B disposait d'un droit à percevoir l'indemnité de sujétions pour services à l'étranger, la créance mise à la charge de ce dernier dans le titre du 15 juin 2018 ne saurait être considérée comme certaine et, par suite, fondée. Pour ce motif, il y a lieu de prononcer l'annulation dudit titre et la décharge de l'obligation de payer la somme de 2 146 euros.

S'agissant du titre de perception émis le 15 octobre 2018 :

13. Aux termes de l'article 1 du décret du 14 février 2002 relatif à l'attribution au personnel militaire d'une indemnité pour temps d'activité et d'obligations professionnelles complémentaires : " Il est institué au profit du personnel militaire une indemnité pour temps d'activité et d'obligations professionnelles complémentaires () / Cette indemnité n'est pas versée aux militaires qui peuvent dénoncer leur contrat dans les six premiers mois de service, aux militaires élèves en formation initiale dans les écoles et aux militaires placés en congé de reconversion. ". Selon l'article 8 du décret du 12 septembre 2008 relatif aux volontariats militaires : " Le contrat initial de volontariat ne devient définitif qu'à l'issue d'une période probatoire de trois mois pour un contrat d'une durée de douze mois, ou de six mois pour un contrat d'une durée supérieure à douze mois. () / Au cours de la période probatoire, quelle qu'en soit la durée, le contrat peut être dénoncé unilatéralement par chacune des parties. Lorsque le contrat est dénoncé par le ministre de la défense, ou le ministre de l'intérieur pour les volontaires dans les armées en service au sein de la gendarmerie nationale, il l'est par décision motivée. ".

14. Il résulte de l'instruction que M. B a été recruté pour servir dans l'armée par un contrat qui a débuté le 7 juin 2016. La ministre des armées fait valoir que l'intéressé a été soumis à une période probatoire de six mois sans que cette affirmation soit sérieusement contestée. Il est dès lors établi, au regard des dispositions prévues par l'article 1 du décret du 14 février 2002 cité au point précédent, que M. B ne pouvait se voir octroyer une indemnité pour temps d'activité et d'obligations professionnelles complémentaires avant la fin de sa période probatoire survenue le 7 décembre 2016. Par conséquent cette indemnité, versée au requérant entre les mois de septembre et novembre 2016, doit être regardée comme indue. Concernant l'indemnité versée au mois de décembre 2016, il résulte de l'instruction que M. B y avait droit à hauteur de 59,03 euros et qu'une somme de 70,83 euros lui a en réalité été versée. Par suite, le moyen tiré de ce que la créance mise à la charge de M. B dans le titre de perception du 15 juin 2018, pour un montant de 194 euros, serait infondée doit être écartée.

S'agissant du titre de perception émis le 22 janvier 2019 :

15. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 30 décembre 2017 pris en application de l'article 113 de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 et instituant une indemnité compensatrice de la hausse de la contribution sociale généralisée dans la fonction publique : " I. - Les agents publics mentionnés à l'article 1er du présent décret, nommés ou recrutés en cette qualité avant le 1er janvier 2018, bénéficient d'une indemnité dont le montant annuel est calculé comme suit : / La rémunération brute annuelle perçue au cours de l'année 2017 est multipliée par 1,6702 %. Sont déduits du montant obtenu les montants dus sur cette même rémunération () au titre de : / 1° La contribution exceptionnelle de solidarité prévue à l'article L. 5423-26 du code du travail, dans sa rédaction antérieure à l'article 112 de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 susvisée ; / 2° La cotisation salariale d'assurance maladie du régime général de sécurité sociale prévue au 1° du II de l'article L. 241-2 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction antérieure à l'article 8 de la loi n° 2017-1836 du 30 décembre 2017 susvisée ; / 3° La contribution salariale d'assurance chômage mentionnée à l'article L. 5422-9 du code du travail, versée par les agents dans les conditions définies avant l'entrée en vigueur de l'article 8 de la loi n° 2017-1836 du 30 décembre 2017 susvisée. / Le résultat obtenu en application des alinéas précédents est ensuite multiplié par 1,1053. ".

16. Pour contester la créance mise à sa charge au titre de l'indemnité compensatrice de la contribution sociale, M. B soutient que le tableau de calcul produit par le défendeur n'est pas compréhensible et que les montants affichés dans ce tableau ne sont pas expliqués. Il résulte toutefois de l'instruction que le requérant aurait dû percevoir la somme de 84,39 euros au titre de cette indemnité (34,96 euros pour le mois de janvier 2018, 36,17 euros pour le mois de février 2018, et 13,26 euros pour le mois de mars 2018) et qu'il a en réalité perçu la somme de 94,11 euros, ce qui correspond à un trop-perçu de 9,72 euros. Il résulte, en outre, des écritures en défense que pour parvenir à ce résultat, le ministère des armées a appliqué la méthode de calcul définie par les dispositions citées au point 15. M. B n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le tableau produit par le défendeur ainsi que les explications correspondantes ne sont pas compréhensibles. Dans ces conditions, la créance constituée par un trop-perçu de l'indemnité compensatrice de la contribution sociale doit être regardée fondée.

17. En deuxième lieu, M. B se prévaut, concernant le trop-perçu de l'indemnité pour temps d'activité et d'obligations professionnelles au titre des mois de mars et avril 2018, de ce que son bulletin de solde du mois d'août 2018 fait apparaître une retenue de 51 euros au titre de cette même indemnité, pourtant non prise en compte par le ministère des armées. Il résulte de l'instruction que l'intéressé avait droit à une telle indemnité à hauteur de 85 euros mensuels et qu'il l'a perçue au mois de mars 2018 alors que le montant des droits ouverts était égal à 28,33 euros, et au mois d'avril 2018 alors que le montant des droits ouverts était nul. Il résulte, en outre, de la fiche de solde de M. B pour le mois d'août 2018 qu'une retenue de 51 euros a été effectuée au titre de cette indemnité, et plus précisément que la date de début de l'indemnité est celle du 1er mars 2018, ce qui correspond à une période visée par le ministère des armées dans le tableau qu'il produit en défense pour expliquer le calcul effectué. La ministre des armées ne contredit pas cette affirmation et se borne, dans son second mémoire, à s'en remettre à ses précédentes écritures sans expliquer cette retenue de 51 euros. Dans ces conditions et dès lors que la créance mise à la charge de M. B au titre de cette indemnité n'est pas certaine, il y a lieu de prononcer l'annulation dans cette mesure du titre émis le 22 janvier 2019.

18. En troisième lieu, le décret n° 49-1655 du 28 décembre 1949 institue une indemnité pour services aériens aux parachutistes, et le décret n° 75-142 du 3 mars 1975 institue quant à lui une indemnité pour services en campagne. L'article 1 de de décret prévoit que l'indemnité pour services en campagnes est exclusive de l'indemnités pour services aériens.

19. Pour justifier du caractère fondé de la créance mise à la charge de M. B au titre du trop-perçu de l'indemnité pour services aériens des militaires pour parachutistes au taux n° 1, le ministère des armées expose la méthode de calcul de cette indemnité et fait valoir que le droit mensuel de M. B à ce titre était égal à 761,48 euros, que l'intéressé a effectué une activité entre les 8 décembre 2017 et 16 janvier 2018 qui lui a ouvert droit au versement d'une indemnité pour services en campagne, et que quatorze jours devaient lui être payés concernant l'indemnité pour services aériens des militaires pour parachutistes au taux n° 1. M. B considère toutefois qu'il ne pouvait percevoir une indemnité pour services en campagne au cours des mois de janvier à mars 2018 dès lors qu'il était en arrêt maladie, que le détail du calcul de cette indemnité n'est pas exposé et qu'une " compensation " semble avoir été opérée sur ses fiches de soldes des mois de mars et août 2018. Il résulte des fiches de solde de M. B pour les mois de mars et août 2018 que les sommes respectives de 959,47 et 442,83 euros ont été retenues au titre de l'indemnité pour services aériens des militaires pour parachutistes au taux n° 1 sans que le ministère des armées semble en tenir compte. Par ailleurs, si le défendeur se prévaut de l'application de l'indemnité pour services en campagne, il n'apporte aucun élément relatif au calcul de cette indemnité. S'il se prévaut en outre de ce que le taux le plus avantageux doit être appliqué entre l'indemnité pour services en campagne et l'indemnité pour services aériens des militaires pour parachutistes au taux n° 1, il n'invoque aucun fondement textuel relatif à l'application d'une telle règle, alors que l'article 1 du décret du 3 mars 1975 portant création d'une indemnité pour services en campagne allouée à certains militaires de l'armée de terre, de la marine et de l'armée de l'air alors applicable se borne à prévoir que la première indemnité est exclusive de la seconde. En tout état de cause, il ne justifie aucunement du montant de l'indemnité pour services en campagne. Par suite et dès lors que la créance mise à la charge de M. B au titre de l'indemnité pour services aériens des militaires pour parachutistes au taux n° 1 n'est pas certaine, il y a lieu de prononcer l'annulation du titre émis le 22 janvier 2019 en tant qu'il met à la charge de l'intéressé la somme de 1 236,72 euros.

20. En quatrième lieu, si le ministère des armées fait valoir que M. B a bénéficié d'un trop-perçu de sa solde de base à hauteur de 2 589,05 euros au titre des mois de janvier, mars et avril 2018, il résulte toutefois de l'instruction, et notamment de la fiche de solde du requérant pour le mois d'août 2018, qu'une somme de 913,77 euros a été retenue au titre de la solde de base. La ministre des armées, qui se borne dans son second mémoire à s'en remettre à ses précédentes écritures, n'apporte aucun élément de nature à expliquer à quoi correspond cette retenue. Par suite, il y a également lieu de prononcer l'annulation du titre émis le 22 janvier 2019 en tant qu'il met à la charge de M. B la somme de 2 589,05 euros au titre de sa solde de base.

21. En dernier lieu, M. B se prévaut que ce que le montant des droits ouverts au titre des retenues et cotisations sociales n'est pas expliqué et que le bien-fondé du calcul effectué par l'administration ne peut dès lors être vérifié. En défense, le ministère des armées se borne à produire un tableau, peu exploitable, et à faire valoir qu'il ressort de ce tableau " un moins-versé des retenues et cotisations salariales d'un montant total de 508,21 euros " à déduire de la créance mise à la charge du requérant. Ainsi que cela a été dit précédemment, le défendeur n'apporte aucun élément de nature à établir le caractère certain de cette somme. Dans ces conditions, il y a lieu d'annuler le titre émis le 22 janvier 2019 en tant qu'il retient un moins-versé de 508,21 euros au titre des retenues et des cotisations sociales.

22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 15 à 21 que M. B est fondé à demander l'annulation du titre de perception émis le 22 janvier 2019 ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme de 3 459,28 euros (soit le montant du titre de perception, duquel il convient de soustraire la somme de 9,72 euros, jugée fondée, et la somme de 150 euros que M. B n'a pas contesté).

Sur le rappel de solde sollicité par M. B :

23. M. B se prévaut de ce qu'au mois de juin 2017, il a perçu l'indemnité pour services en campagne " sentinelle " pour 5 jours seulement et qu'il n'a pas perçu l'indemnité alerte opérationnelle territoire national alors qu'il a effectué une mission " sentinelle " à Paris entre le début du mois de février 2017 et le 3 avril 2017. Il soutient également qu'il n'a pas perçu l'indemnité pour services en campagne " sentinelle " au titre de la mission " sentinelle " qu'il a effectuée à Paris entre le 8 décembre 2017 et la fin du mois de janvier 2018. Toutefois, M. B se borne à faire valoir qu'il " semble donc avoir droit à un rappel de solde " sans apporter aucune justification. Par suite, M. B n'est, en tout état de cause, pas fondé à solliciter ledit rappel de solde.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation du titre de perception émis à son encontre le 15 juin 2018, ainsi que l'annulation de celui du 22 janvier 2019 en tant qu'il met à sa charge la somme de 3 459,28 euros, ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 5 605,28 euros.

Sur les frais de l'instance :

25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au bénéfice de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception émis à l'encontre de M. B le 15 juin 2018 est annulé.

Article 2 : Le titre de perception émis à l'encontre de M. B le 22 janvier 2019 est annulé en tant qu'il met à sa charge la somme de 3 459,28 euros.

Article 3 : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme totale de 5 605,28 euros.

Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre des armées.

Copie en sera adressée aux directions départementales des finances publiques du Tarn et de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTO

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne à la ministre des armées, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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