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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100545

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100545

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 février 2021 et 17 novembre 2022, sous le n° 2100545, M. C E, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2020 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de renouveler son titre de séjour et a prononcé sa réadmission vers l'Italie ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation administrative en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que le paiement d'une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions des articles L. 313-10 (3°) et R. 313-16-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York, le 26 janvier 1990 ;

En ce qui concerne la décision portant réadmission vers l'Italie :

- la décision contestée est privée de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 531-1, L. 531-2 et R. 531-10-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. E été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 décembre 2020.

II. Par une requête, enregistrée le 2 février 2021, sous le n° 2100546, Mme F A B épouse E, représentée par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2020 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui renouveler son titre de séjour et a prononcé sa réadmission vers l'Italie ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation administrative en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que le paiement d'une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions des articles L. 313-10 (3°) L. 313-11-1 et R. 313-16-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York, le 26 janvier 1990 ;

En ce qui concerne la décision portant réadmission vers l'Italie :

- la décision contestée est privée de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 531-1 et L. 531-2 R. 531-10-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A B épouse E été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 décembre 2020.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant Mme et M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain, né le 11 janvier 1961, déclare être entré en France le 1er septembre 2015 sous couvert d'une carte de résident longue durée UE délivrée par les autorités italiennes, le 8 avril 2014. Le 21 décembre 2015, l'intéressé a été rejoint par son épouse, Mme A B, épouse E, ressortissante marocaine, née le 17 mars 1973, titulaire d'une carte de résident longue durée UE délivrée par les autorités italiennes, le 22 avril 2011, et accompagnée de leurs trois enfants mineurs. Le 15 septembre 2018, M. E a sollicité un titre de séjour en qualité de commerçant sur le fondement des dispositions des articles L. 313-4-1 et L. 313-10 (3°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. L'intéressé a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " commerçant ", régulièrement renouvelée jusqu'en 2018. Le 7 mars 2017, Mme A B, épouse E, a sollicité un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale en qualité de membre de la famille d'un étranger titulaire du statut résident longue durée UE sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 19 juin 2017, l'intéressée a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Le 18 juin 2018, Mme A B, épouse E, et M. E ont sollicité le renouvellement de leurs titres de séjour respectifs. Par des arrêtés du 20 mai 2020, dont les requérants sollicitent l'annulation, la préfète de l'Ariège leur a refusé le renouvellement de leur droit au séjour et a prononcé leur réadmission vers l'Italie.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2100545 et 2100546 présentées par Mme A B, épouse E, et M. E concernent la situation d'un couple, dont les deux conjoints sont soumis à des mesures similaires, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les arrêtés pris dans leur ensemble :

3. Les arrêtés attaqués visent les stipulations et dispositions applicables pertinentes, et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990, les textes d'application de la convention de Schengen ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers, notamment les articles L. 531-1, L. 531-2 et R. 531-10, dont il est fait application. Ils retracent le parcours des intéressés et précisent que M. E ne peut justifier ni de moyens d'existence suffisants ni de la viabilité de son activité économique et que les intéressés n'entrent dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité préfectorale rappelle également la situation des intéressés et souligne que les décisions édictées ne portent pas une atteinte disproportionnée à leur situation personnelle et à leur vie familiale. Par suite, les décisions contestées, qui comportent les circonstances de droit et de fait qui les fondent, sont suffisamment motivées.

En ce qui concerne les décisions de refus de séjour :

4. En premier lieu, l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, dispose : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE définie par les dispositions communautaires applicables en cette matière et accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France et sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée : () 5° Une carte de séjour temporaire portant la mention de l'activité professionnelle pour laquelle il a obtenu l'autorisation préalable requise, dans les conditions définies, selon le cas, aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 313-10. () ". Aux termes de l'article L. 311-11-1 du même code : " I. La carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 313-11 est délivrée, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France et sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée, au conjoint d'un étranger titulaire du statut de résident de longue durée-UE dans un autre Etat membre de l'Union européenne et d'une carte de séjour temporaire délivrée en application de l'article L. 313-4-1, s'il justifie avoir résidé légalement avec le résident de longue durée-UE dans l'autre Etat membre, disposer de ressources stables et suffisantes ainsi que d'une assurance maladie () ". En outre, l'article L. 313-10 du même code précise : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : () / 3° Pour l'exercice d'une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur. Elle porte la mention "entrepreneur/ profession libérale" ". Enfin, aux termes de l'article R. 313-36-1 de ce même code : " () III. - Lorsque l'étranger sollicite le renouvellement de la carte de séjour temporaire délivrée au titre des dispositions du 3° de l'article L. 313-10, il doit présenter, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 313-4-1, les pièces suivantes : / 1° En cas de création, tout document établissant qu'il a réalisé son projet et que les ressources qu'il en tire sont d'un niveau équivalent au salaire minimum de croissance correspondant à un emploi à temps plein () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. E a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " commerçant ", régulièrement renouvelée pendant deux ans pour exercer une activité de commerçant ambulant. Aux fins de justifier la viabilité de son activité économique, M. E produit les déclarations trimestrielles de chiffre d'affaires effectuées auprès de l'URSSAF, au titre des quatre trimestres de l'année 2019, et fait état à cet égard d'un chiffre d'affaires annuel à hauteur de 12 000 euros. Par ailleurs, il ressort de sa déclaration de revenus de 2019, au titre des revenus perçus au cours de l'année 2018, que ses ressources tirées de ses revenus industriels et commerciaux s'élevaient à un montant de l'ordre de 9 030 euros sur l'année concernée. Il résulte de ces éléments, en admettant même que les chiffres produits pour l'année 2019 puissent être regardés comme authentiques et certifiés, que le chiffre d'affaires déclaré, au demeurant largement inférieur aux prévisions indiquées dans le dossier prévisionnel fourni à l'appui de sa première demande de titre de séjour, ne peut être regardé comme assurant à l'intéressé et à sa famille un niveau de revenus équivalent au salaire minimum de croissance (SMIC), dès lors que les revenus disponibles nets correspondent en moyenne à 50 % du chiffre d'affaires réalisé. Ainsi, la somme devant être regardée comme exprimant les bénéfices réels qu'il tire de son activité se situe, tant en 2018 qu'en 2019, très en-deçà du salaire minimum interprofessionnel de croissance, en toute hypothèse, de sorte que M. E ne démontre pas la viabilité économique de son activité ni qu'il disposait de moyens d'existence suffisants pour lui-même et sa famille. Par suite, en refusant le renouvellement des titres de séjour aux intéressés pour les motifs précédemment analysés, la préfète de l'Ariège, qui n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 313-11-1, R. 313-36-1 III et du 3° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas davantage entaché ses arrêtés d'une erreur d'appréciation de leur situation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " -1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-2 soit exigée () ". Enfin, aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. "

7. M. E et Mme A B, épouse E, sont entrés en France sous couvert de cartes de résident longue durée UE délivrées par les autorités italiennes, respectivement les 8 avril 2014 et 22 avril 2011. S'ils font état de la présence à leurs côtés de leurs trois enfants, compatriotes, scolarisés sur le territoire français et nés respectivement les 21 décembre 2002, 11 mai 2009 et 16 novembre 2012, ils ne démontrent pas l'impossibilité de poursuivre leur vie familiale en Italie, pays dans lequel ils sont détenteurs de titres de séjour permanents, où ils ont vécu avant leur entrée en France en 2015 et où il n'est pas contesté que leurs enfants pourront être scolarisés. Par ailleurs les requérants n'établissent ni même n'allèguent de la réalité d'une intégration particulière ou de liens d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité en France. Dans ces conditions Mme A B, épouse E, et M. E ne sont pas fondés à soutenir que la préfète de l'Ariège aurait méconnu leur droit au respect de leur vie privée et familiale, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 313-14 et L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant, et qu'elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. Si Mme A B, épouse E, et M. E font valoir que leurs enfants, âgés de 17, 10 et 7 ans à la date de la décision attaquée, sont scolarisés en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions en litige seraient intervenues en méconnaissance de l'intérêt supérieur de ces enfant au sens des stipulations précitées dès lors que rien ne s'oppose à ce que la vie familiale se poursuive en Italie, pays dans lequel les requérants sont détenteurs de titres de séjour permanents, où la cellule familiale peut se reconstituer, et à ce que leurs enfants y poursuivent une scolarité normale.

En ce qui concerne les décisions portant réadmission vers l'Italie :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre des décisions de refus de renouvellement de titres de séjour n'est fondé. Par suite, Mme A B, épouse E, et M. E ne sauraient se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions aux fins de demander l'annulation des décisions portant réadmission vers l'Italie.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation aux articles L. 213-2 et L. 213-3, L. 511-1 à L. 511-3, L. 512-1, L. 512-3, L. 512-4, L. 513-1 et L. 531-3, l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne qui a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 211-1, L. 211-2, L. 311-1 et L. 311-2 peut être remis aux autorités compétentes de l'Etat membre qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire, ou dont il provient directement, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec les Etats membres de l'Union européenne. / L'étranger visé au premier alinéa est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'Etat. / Cette décision peut être exécutée d'office par l'administration après que l'étranger a été mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. " L'article L. 531-2 du même code, dans sa rédaction applicable, précise que : " Les dispositions de l'article L. 531-1 sont applicables, sous la réserve mentionnée à l'avant-dernier alinéa de l'article L. 741-4, à l'étranger qui demande l'asile, lorsqu'en application des dispositions des conventions internationales conclues avec les Etats membres de l'Union européenne l'examen de cette demande relève de la responsabilité de l'un de ces Etats. / Les mêmes dispositions sont également applicables à l'étranger qui, en provenance du territoire d'un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, est entré ou a séjourné sur le territoire métropolitain sans se conformer aux dispositions des articles 19, paragraphe 1 ou 2, 20, paragraphe 1, ou 21, paragraphe 1 ou 2, de cette convention ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. / Il en est de même de l'étranger détenteur d'un titre de résident de longue durée-CE en cours de validité accordé par un autre Etat membre qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'application du présent alinéa. / Il en est également de même de l'étranger détenteur d'une carte de séjour temporaire portant la mention " carte bleue européenne " en cours de validité accordée par un autre Etat membre de l'Union européenne lorsque lui est refusée la délivrance de la carte de séjour temporaire prévue au 6° de l'article L. 313-10 ou bien lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention " carte bleue européenne " dont il bénéficie expire ou lui est retirée durant l'examen de sa demande, ainsi que des membres de sa famille. Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'application du présent alinéa. " Et le I de l'article R. 531-10 dudit code ajoute que : " Les dispositions du troisième alinéa de l'article L. 531-2 sont applicables à l'étranger titulaire du statut de résident longue durée-UE accordé par un autre Etat membre de l'Union européenne qui aura soit séjourné sur le territoire français plus de trois mois consécutifs sans se conformer aux dispositions de l'article L. 313-4-1, soit fait l'objet d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire en application de l'article L. 313-4-1 ou du retrait d'une carte de séjour temporaire délivrée en application de l'article L. 313-4-1. "

12. Il est constant que Mme A B, épouse E, et M. E sont titulaires de cartes de séjour UE à validité permanente délivrées par les autorités italiennes et sont ainsi résidents de longue durée en Italie. Par suite, et alors même que les intéressés se prévalent d'une ancienneté de séjour et de travail en France de cinq années en situation régulière, dans la mesure où ils ne bénéficient plus d'un droit au séjour en France, que le renouvellement de leur titre de séjour leur a été refusé et que rien ne s'oppose à ce que leur cellule familiale se reconstitue en Italie, le préfet de la Haute-Garonne en décidant leur remise aux autorités italiennes sur le fondement de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas méconnu la combinaison des dispositions de cet article avec celles des articles L. 531-2 et R. 531-10 (I) précités du même code.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A B, épouse E, et M. E à fin d'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'ils présentent à fin d'injonction sous astreinte, les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en toute hypothèse, celles présentées au titre de dépens inexistants.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A B, épouse E, et de M. E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A B, épouse E, à M. C E et à la préfète de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

T. D

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°s 2100545, 2100546

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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