jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ZANIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 février 2021, et des mémoires en production de pièces des 20 août 2021, 17 janvier 2022, 30 et 31 mars 2022, M. D A, représenté par Me Zanin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour, ou à tout le moins, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter d'un mois après la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2021, et un mémoire en production de pièces du 27 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2021.
Un mémoire, enregistré le 17 novembre 2022, présenté par le préfet de la Haute-Garonne n'a pas été analysé ni communiqué, dès lors qu'il n'apportait aucun élément nouveau.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les observations de Me Zanin, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 7 juillet 1993, ressortissant algérien, est entré en France, selon ses déclarations, via l'Espagne, le 29 novembre 2016 muni d'un passeport algérien revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités italiennes. Le 18 mai 2017, à la suite de son interpellation par les services de police, le requérant a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délais pris par le préfet de la Haute-Garonne, ainsi que d'une décision de placement en rétention administrative, confirmés par le tribunal administratif de Toulouse, le 4 juillet 2017. Le 21 octobre 2017, M. A a, de nouveau, été interpellé par les services de police et placé en rétention administrative ; à cette occasion, il a fait l'objet d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an édictée par le préfet de la Moselle. L'intéressé a déposé une demande de protection internationale, rejetée le 3 novembre 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de manière définitive, le 28 mars 2018, par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 26 mars 2019, à la suite d'une nouvelle interpellation par les services de police, M. A a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délais et d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an pris par le préfet du Pas-de-Calais. La Cour d'appel de Douai a toutefois prononcé sa libération du centre de rétention administrative de Coquelles et son assignation à résidence sur la commune de Toulouse. L'intéressé a sollicité, le 17 juin 2020, son admission au séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien. Par une décision du 3 décembre 2020, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 2 avril 2020 publié le jour même au recueil administratif spécial n° 31-2020-086, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. La décision attaquée, qui vise les textes dont il est fait application, en particulier le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien sur le fondement duquel la demande de titre de séjour est présentée, et expose de manière suffisamment précise les conditions de l'entrée et du séjour ainsi que l'examen de sa demande de titre de séjour au regard de son état de santé, satisfait à l'obligation de motivation prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, alors que le caractère suffisant de la motivation de la décision ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) Au ressortissant algérien résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis rendu le 25 septembre 2020 par le collège de médecins de l'OFII qui a considéré que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, l'Algérie, il pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et voyager sans risque vers ce pays. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'une importante instabilité psychologique. Il bénéficie, à ce titre, de traitements médicamenteux lourds composés essentiellement d'anxiolytiques, antipsychotiques et de médicaments destinés à traiter la dépendance à certains psychotropes et ses addictions. Cependant, M. A qui se borne à faire valoir que son état de santé nécessiterait un encadrement structurant à la fois médical et familial, ne démontre pas, ni même n'allègue, qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie. En tout état de cause, les seules attestations produites par l'intéressé ne suffisent pas à établir qu'il serait en situation de dépendance vis-à-vis des membres de sa famille, présents sur le territoire français, en l'absence notamment de tout élément médical en ce sens. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans méconnaître le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
9. D'une part, si M. A se prévaut de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français depuis l'année 2016, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français sans délai en date des 18 mai 2017 et 26 mars 2019, non exécutées et de deux interdictions de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en date des 21 octobre 2017 et 26 mars 2019. D'autre part, si l'intéressé fait état de la présence de ses parents, de deux de ses frères et sœurs en France, ces éléments ne suffisent pas à établir que le centre de ses intérêts privés se situerait désormais sur le territoire français, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans en Algérie où demeurent notamment trois autres de ses frères et sœurs. Le requérant ne justifie pas non plus d'autres liens d'une particulière intensité sur le territoire français. En outre, M. A, défavorablement connu des services de police, notamment concernant des faits de violences sur personne dépositaire de l'autorité publique, pour lesquels il a été condamné à des peines d'emprisonnement, n'atteste pas d'une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions et alors même que le préfet n'a pas entendu examiner la demande de l'intéressé au titre de la vie privée et familiale dans le cadre de son pouvoir général d'appréciation, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne du 3 décembre 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
T. B
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026