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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100600

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100600

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 4
Avocat requérantCABINET FRANCOIS JACQUOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 3 février 2021 sous le n° 2100600, l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme, représentée par Me Jacquot, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur du centre hospitalier Jean-Pierre Falret sur sa demande de communication d'une copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement correspondant à l'année 2018 et du rapport annuel établi au titre de cette même année pour rendre compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Jean-Pierre Falret de lui communiquer les documents demandés, dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, sans les mentions permettant d'identifier les coordonnées des personnels hospitaliers mais sans occultation de l'identifiant anonymisé des patients, ni des mentions relatives au début, à la fin et à la durée des mesures d'isolement et de contention ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Jean-Pierre Falret les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la liberté d'accès aux documents administratifs est au nombre des garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques ; elle est garantie par l'article 15 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, par l'article 10 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le rapport annuel établi en application de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique et de l'instruction ministérielle du 29 mars 2017 est un document administratif communicable dans son intégralité, sans occultation ;

- le registre des contentions et isolements est un document administratif communicable, sous réserve de l'occultation des données susceptibles de porter atteinte à la vie privée des personnes mentionnées ; l'association demande communication de ce registre sans les mentions permettant d'identifier les personnels de santé ; en revanche, elle a besoin d'obtenir communication du registre sans occultation des identifiants anonymisés des patients ; l'absence de ces éléments rendrait le registre inexploitable et porterait atteinte au droit d'accès aux documents administratifs ; la communication de l'identifiant anonymisé des patients ne porte pas atteinte à la vie privée des patients mais est indispensable pour permettre à l'association de poursuivre son objectif statutaire de défense des patients contre les abus qu'ils peuvent subir en matière d'isolement et de contention ;

- l'identifiant anonymisé du patient doit obligatoirement figurer sur le registre pour que l'objectif de traçabilité institué par le législateur puisse être atteint.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, l'association Institut Camille Miret, gestionnaire du centre hospitalier spécialisé (CHS) Jean-Pierre Falret, représentée par Me Smallwood, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formulées par la commission des citoyens pour les droits de l'homme ;

2°) à titre subsidiaire, de confirmer que le registre de contention et d'isolement du CHS Jean-Pierre Falret et le rapport annuel établis pour l'année 2018 ne peuvent être communiqués que sous réserve des anonymisations et occultations permettant de respecter le secret médical et la vie privée des professionnels de santé et des patients concernés, dont notamment les mentions relatives à l'identification des professionnels de santé, les identifiants anonymisés des patients, les mentions relatives au début, la fin et la durée des mesures d'isolement et de contention ;

3°) en conséquence de rejeter l'ensemble des demandes présentées par l'association requérante compte tenu de l'ampleur des anonymisations et occultations requises, rendant non communicables les documents sollicités ;

4°) à tout le moins d'ordonner la communication de ces documents sous réserve de l'anonymisation et de l'occultation des informations et données susceptibles de porter atteinte au secret médical et à la vie privée des professionnels de santé et des patients concernés, dont notamment les mentions relatives à l'identification des professionnels de santé, les identifiants anonymisés des patients, les mentions relatives au début, la fin et la durée des mesures d'isolement et de contention ;

5°) en tout état de cause, de rejeter les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir de l'association requérante, qui n'est pas une autorité publique de contrôle des établissements dispensant des soins psychiatriques et n'est pas mandatée par l'une de ces autorités ;

- la demande de communication des documents en litige est abusive ; l'institut Camille Miret n'a aucune obligation de communiquer les documents sollicités par l'association requérante au regard de la finalité malveillante de la demande et des objectifs poursuivis par cette dernière ; la commission des citoyens pour les droits de l'homme est une émanation de l'Eglise de scientologie, reconnue par les pouvoirs publics français comme un mouvement à caractère sectaire ; elle a pour objectif de lutter contre " la légitimité médicale du diagnostic psychiatrique " et a entrepris depuis plusieurs années une véritable vendetta à l'encontre des établissements de santé assurant des soins psychiatriques ;

- les dispositions du code des relations entre le public et l'administration invoquées par la société requérante ne sont pas applicables au centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret, qui est une personne morale de droit privé ;

- si la communication des documents sollicités est exigée par le tribunal, les mentions permettant l'identification des personnels soignants et les numéros d'identification des patients devront être anonymisés ; l'ampleur des anonymisations et occultations requises rend les documents en litige non communicables.

II. Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2021 sous le n° 2107041, l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme, représentée par Me Jacquot, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur du centre hospitalier Jean-Pierre Falret sur sa demande de communication d'une copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement correspondant à l'année 2019 et du rapport annuel établi au titre de cette même année pour rendre compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Jean-Pierre Falret de lui communiquer les documents demandés, dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, sans les mentions permettant d'identifier les coordonnées des personnels hospitaliers mais sans occultation de l'identifiant anonymisé des patients, ni des mentions relatives au début, à la fin et à la durée des mesures d'isolement et de contention ;

3°) de mettre à la charge au centre hospitalier Jean-Pierre Falret les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la liberté d'accès aux documents administratifs est au nombre des garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques ; elle est garantie par l'article 15 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, par l'article 10 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le rapport annuel établi en application de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique et de l'instruction ministérielle du 29 mars 2017 est un document administratif communicable dans son intégralité, sans occultation ;

- le registre des contentions et isolements est un document administratif communicable, sous réserve de l'occultation des données susceptibles de porter atteinte à la vie privée des personnes mentionnées ; l'association demande communication de ce registre sans les mentions permettant d'identifier les personnels de santé ; en revanche, elle a besoin d'obtenir communication du registre sans occultation des identifiants anonymisés des patients ; l'absence de ces éléments rendrait le registre inexploitable et porterait atteinte au droit d'accès aux documents administratifs ; la communication de l'identifiant anonymisé des patients ne porte pas atteinte à la vie privée des patients mais est indispensable pour permettre à l'association de poursuivre son objectif statutaire de défense des patients contre les abus qu'ils peuvent subir en matière d'isolement et de contention ;

- l'identifiant anonymisé du patient doit obligatoirement figurer sur le registre pour que l'objectif de traçabilité institué par le législateur puisse être atteint.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, l'association Institut Camille Miret, gestionnaire du centre hospitalier spécialisé (CHS) Jean-Pierre Falret, représentée par Me Smallwood, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formulées par la Commission des citoyens pour les droits de l'homme ;

2°) à titre subsidiaire, de confirmer que le registre de contention et d'isolement du CHS Jean-Pierre Falret et le rapport annuel établis pour l'année 2019 ne peuvent être communiqués que sous réserve des anonymisations et occultations permettant de respecter le secret médical et la vie privée des professionnels de santé et des patients concernés, dont notamment les mentions relatives à l'identification des professionnels de santé, les identifiants anonymisés des patients, les mentions relatives au début, la fin et la durée des mesures d'isolement et de contention ;

3°) en conséquence de rejeter l'ensemble des demandes présentées par l'association requérante compte tenu de l'ampleur des anonymisations et occultations requises, rendant non communicables les documents sollicités ;

4°) à tout le moins d'ordonner la communication de ces documents sous réserve de l'anonymisation et de l'occultation des informations et données susceptibles de porter atteinte au secret médical et à la vie privée des professionnels de santé et des patients concernés, dont notamment les mentions relatives à l'identification des professionnels de santé, les identifiants anonymisés des patients, les mentions relatives au début, la fin et la durée des mesures d'isolement et de contention ;

5°) en tout état de cause, de rejeter les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir de l'association requérante, qui n'est pas une autorité publique de contrôle des établissements dispensant des soins psychiatriques et n'est pas mandatée par l'une de ces autorités ;

- la demande de communication des documents en litige est abusive ; l'institut Camille Miret n'a aucune obligation de communiquer les documents sollicités par l'association requérante au regard de la finalité malveillante de la demande et des objectifs poursuivis par cette dernière ; la commission des citoyens pour les droits de l'homme est une émanation de l'Eglise de scientologie, reconnue par les pouvoirs publics français comme un mouvement à caractère sectaire ; elle a pour objectif de lutter contre " la légitimité médicale du diagnostic psychiatrique " et a entrepris depuis plusieurs années une véritable vendetta à l'encontre des établissements de santé assurant des soins psychiatriques ;

- les dispositions du code des relations entre le public et l'administration invoquées par la société requérante ne sont pas applicables au centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret, qui est une personne morale de droit privé ;

- si la communication des documents sollicités est exigée par le tribunal, les mentions permettant l'identification des personnels soignants et les numéros d'identification des patients devront être anonymisés ; l'ampleur des anonymisations et occultations requises rend les documents en litige non communicables.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jordan-Selva, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Coutier, rapporteur public,

- et les observations de Me Lefaire, représentant l'institut Camille Miret, gestionnaire du centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret.

Une note en délibéré, présentée par l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme, a été enregistrée le 1er juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 18 décembre 2019, l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme (CCDH) a adressé au directeur du centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret (Lot) une demande de communication de la copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement établi pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2018 et du rapport annuel établi au titre de l'année 2018. Le 27 février 2020, en l'absence de réponse, l'association CCDH a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs. Celle-ci a rendu le 25 juin 2020 un avis favorable à la communication des documents sollicités sous les réserves prévues aux articles L. 311-5 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. Une décision implicite confirmant le refus de communication initialement opposé à l'intéressée est née à la suite du silence gardé pendant deux mois par le directeur du centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret à compter de la saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs. Par la requête, enregistrée sous le n° 2100600, l'association CCDH demande l'annulation de cette décision.

2. Par un courriel du 24 septembre 2020, l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme (CCDH) a adressé au directeur du centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret (Lot) une demande de communication de la copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement établi pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2019 et du rapport annuel établi au titre de l'année 2019. Le 21 décembre 2020, en l'absence de réponse, l'association CCDH a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs. Celle-ci a rendu le 4 mars 2021 un avis favorable à la communication des documents sollicités sous les réserves prévues aux articles L. 311-5 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. Une décision implicite confirmant le refus de communication initialement opposé à l'intéressée est née à la suite du silence gardé pendant deux mois par le directeur du centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret à compter de la saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs. Par la requête, enregistrée sous le n° 2107041, l'association CCDH demande l'annulation de cette décision.

3. Les requêtes susvisées sous les nos 2100600 et 2107041 présentées par l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs. " Aux termes de l'article L. 300-2 du même code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions et décisions. / () ". Aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. " Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical () ; 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice ". Enfin, aux termes de l'article L. 311-7 de ce code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. "

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de contrôler la régularité et le bien-fondé d'une décision de refus de communication de documents administratifs sur le fondement des articles L. 311-1 et L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration. Pour ce faire, par exception au principe selon lequel le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité d'un acte administratif à la date de son édiction, il appartient au juge, eu égard à la nature des droits en cause et à la nécessité de prendre en compte l'écoulement du temps et l'évolution des circonstances de droit et de fait afin de conférer un effet pleinement utile à son intervention, de se placer à la date à laquelle il statue.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable à la date du présent jugement : " () / III. - Un registre est tenu dans chaque établissement de santé autorisé en psychiatrie et désigné par le directeur général de l'agence régionale de santé pour assurer des soins psychiatriques sans consentement en application du I de l'article L. 3222-1. Pour chaque mesure d'isolement ou de contention, ce registre mentionne le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, un identifiant du patient concerné ainsi que son âge, son mode d'hospitalisation, la date et l'heure de début de la mesure, sa durée et le nom des professionnels de santé l'ayant surveillée. Le registre, établi sous forme numérique, doit être présenté, sur leur demande, à la commission départementale des soins psychiatriques, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires. / L'établissement établit annuellement un rapport rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, la politique définie pour limiter le recours à ces pratiques et l'évaluation de sa mise en œuvre. Ce rapport est transmis pour avis à la commission des usagers prévue à l'article L. 1112-3 et au conseil de surveillance prévu à l'article L. 6143-1 ".

7. En premier lieu, comme il résulte notamment des articles L. 300-1 et L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration, l'association n'a pas à se prévaloir d'un intérêt particulier à obtenir communication des documents demandés, notamment pas au regard des prescriptions de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique. La fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir ne doit pas être accueillie.

8. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, citées au point précédent, qui prévoient, d'une part, que le registre de contention et d'isolement doit être présenté, sur leur demande, à la commission départementale des soins psychiatriques, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires et, d'autre part, que le rapport annuel rendant compte de ces pratiques est transmis pour avis à la commission des usagers et au conseil de surveillance de l'établissement, n'ont ni pour objet ni pour effet de soustraire ces documents aux règles du code des relations entre le public et l'administration régissant le droit d'accès aux documents administratifs.

9. Le rapport annuel et le registre des mesures d'isolement et de contention, qui sont prévus par les dispositions de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, et établis et détenus par les établissements de santé dans le cadre de leur mission de service public, constituent des documents administratifs au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ces documents sont soumis au droit d'accès prévu à l'article L. 311-1 de ce code, sous les réserves prévues aux articles L. 311-5 et L. 311-6 de ce code.

10. Il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret est chargé d'une mission de service public pour la prise en charge des patients faisant l'objet de soins sans consentement en psychiatrie. Dans ces conditions, et alors même qu'il est dirigé par une personne morale de droit privé, l'institut Camille Miret, les documents qu'il produit dans ce cadre doivent en principe être regardés comme des documents administratifs au sens des dispositions de l'article L. 300-2 ci-dessus. Le défendeur n'est ainsi pas fondé à soutenir que les dispositions du code des relations entre le public et l'administration ne lui serait pas opposable.

11. En troisième lieu, le registre des mesures d'isolement et de contention et le rapport annuel rendant compte de ces pratiques sont communicables à toute personne qui en fait la demande, sans que cette personne ait à justifier d'un intérêt particulier à obtenir communication de tels documents, après, conformément à l'article L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration, occultation des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée de personnes physiques, du secret médical ou qui feraient apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice, telles que les éléments permettant d'identifier les patients concernés. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la mention de l'identifiant anonymisé des patients permettrait de les identifier et, ainsi, pourrait porter atteinte à la protection de leur vie privée, au secret médical ou pourrait faire apparaître leur comportement et, ce faisant, pourrait leur porter préjudice. Cet identifiant non nominatif doit être distingué d'un " identifiant permanent du patient ", dit A, mention dont l'occultation s'impose. En outre, les mentions des dates, heures et durées des mesures d'isolement et de contention ne sont pas au nombre de celles dont, par application de l'article L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration, les articles L. 311-5 et L. 311-6 de ce code permettent l'occultation ou la disjonction.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration n'est pas tenue de donner suite aux demandes abusives, en particulier par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ".

13. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que les demandes adressées au centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret aurait eu pour objet ou pour effet de perturber son fonctionnement ou de faire peser sur cet établissement une charge disproportionnée au regard des moyens dont il dispose. La circonstance que l'association requérante manifeste une hostilité notoire, non pas seulement aux modalités de la prise en charge hospitalière de la psychiatrie mais, en réalité, au principe même de cette prise en charge, n'est pas de nature à la priver du droit à la communication de ces documents qu'elle tient de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration. La demande de la CCDH ne revêt dès lors pas un caractère abusif.

14. En cinquième lieu, il ressort des pièces des dossiers que l'association requérante renonce à connaître l'identité des professionnels de santé figurant sur le registre. Dans ces conditions, les documents sollicités devront être communiqués après occultation du nom des personnels soignants.

15. En sixième et dernier lieu, il ne ressort d'aucune des pièces des dossiers que le rapport annuel contiendrait des mentions dont la divulgation serait protégée par l'une ou l'autre des dispositions du livre III du code des relations entre le public et l'administration.

16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que l'association CCDH est fondée à demander l'annulation des décisions implicites par lesquelles le directeur du centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret a refusé de lui communiquer les rapports annuels et les registres des mesures d'isolement et de contention établis au titre des années 2018 et 2019, sous réserve toutefois, d'une part, de l'occultation des données concernant les personnels de santé et, d'autre part, en ce qui concerne les patients, que les registres ne contiennent que les données personnelles prévues par l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. L'exécution du jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret de communiquer à l'association requérante, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, d'une part, une copie des registres des mesures d'isolement et de contention établis pour les périodes du 1er janvier au 31 décembre 2018 et du 1er janvier au 31 décembre 2019 et, d'autre part, une copie des rapports rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention établi pour les années 2018 et 2019 par l'établissement, dans les conditions et sous les réserves mentionnées au point 16 du présent jugement. Pour le cas où le registre serait assorti d'identifiants anonymisés des patients, sa communication comportera mention de ces identifiants. Pour le cas où, en dépit des énonciations de l'instruction ministérielle du 29 mars 2017 dont l'annexe 1 prévoit que le registre comporte pour chaque mesure un " identifiant patient ", il ne serait pas assorti de tels identifiants, dont l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable avant 2021, n'imposait pas la mention, cette communication ne comportera pas mention de tels identifiants. Elle ne comportera pas davantage la mention d'un quelconque identifiant nominatif d'un quelconque patient. Si l'association requérante soutient que la mention d'un identifiant anonymisé est indispensable à l'exploitation d'un tel registre, une telle circonstance est néanmoins sans influence sur l'étendue du droit à communication résultant des dispositions rappelées au point 4 du présent jugement, qui n'imposent pas à l'administration de porter sur les documents communicables qu'elle a établis des mentions qu'elle n'avait pas, lors de cet établissement, l'obligation légale d'y faire figurer. Dès lors l'association requérante demande que la communication à lui faire de ce registre et de ce rapport ne comporte pas les noms des professionnels de santé, cette communication ne comportera pas mention de ces noms, tant en ce qui concerne le registre qu'en ce qui concerne, en tout état de cause, le rapport. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

18. En premier lieu, l'association requérante n'établit pas avoir exposé des frais au titre des dépens de l'instance. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées comme étant dépourvues d'objet.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

20. Ces dispositions font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par le centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret soit mise à la charge de l'association CCDH qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret la somme de 1 000 euros à verser à l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites par lesquelles le directeur du centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret a maintenu son refus de communiquer la copie des registres de contention et d'isolement de l'établissement établis du 1er janvier au 31 décembre 2018 et du 1er janvier au 31 décembre 2019 ainsi que les rapports annuels établis pour les années 2018 et 2019 relatifs aux pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention au sein de cet établissement, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret de procéder à la communication à l'association CCDH des documents visés à l'article 1er selon les modalités prévues aux points 16 et 17 du présent jugement, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'institut Camille Miret versera à l'association CCDH la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme, au centre hospitalier spécialisé Jean-Pierre Falret et à l'institut Camille Miret.

Copie en sera adressée à la Commission d'accès aux documents administratifs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La magistrate désignée,

S. JORDAN-SELVA

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2100600, 2107041

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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