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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100641

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100641

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCARMONA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 février 2021, M. C A, représentée par Me Carmona, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 septembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification dudit jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur " manifeste " d'appréciation au regard du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Carmona, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité albanaise, né le 25 janvier 1955, est entré en France, selon ses déclarations, le 5 janvier 2017. Le 12 janvier 2017, l'intéressé a sollicité son admission au bénéfice de l'asile, mais sa demande a été définitivement rejetée, le 4 octobre 2017, par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 7 novembre 2018, M. A a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, régulièrement renouvelé jusqu'au 17 avril 2020. Le requérant a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 25 septembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 avril 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer les décisions de refus de titre de séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes dont il est fait application, en particulier l'article L. 313-11 / 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose de manière suffisamment précise les conditions de l'entrée et du séjour de M. A en France, satisfait à l'obligation de motivation prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait et ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction application au présent litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié (). La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis rendu le 10 juin 2020 par le collège de médecins de l'OFII qui a considéré que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé albanais, l'intéressé peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine, l'Albanie. Il ressort des certificats médicaux produits par M. A qu'il souffre de troubles dépressifs récurrents sévères liés à un deuil pathologique et un syndrome post traumatique. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant fait l'objet de suivi psychothérapique, et bénéficie de traitements médicamenteux composés essentiellement d'anxiolytiques et d'antipsychotiques. A cet égard, il ressort toutefois de la fiche " medical country of origin information " de 2015 versée par le préfet au dossier que les soins nécessaires au traitement des maladies psychiatriques, dont la dépression et le stress post traumatique, sont disponibles en Albanie. Si le requérant indique, à l'appui du certificat établi par le Dr D., qu'un retour en Albanie pourrait lui provoquer des " reviviscences psychotraumatiques ", il ne démontre pas, dès lors qu'il n'assortit ses allégations d'aucun élément circonstancié, le lien entre la pathologie dont il souffre et les événements traumatisants qu'il aurait vécus en Albanie, de sorte qu'il ne remet pas utilement en cause l'avis du collège médical de l'OFII concernant l'accès effectif à des soins que son état requiert, en Albanie. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne a pu, à bon droit et sans commettre d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 septembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

T. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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