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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100814

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100814

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAJHAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2021, Mme B C, représentée par Me Majhad, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 14 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui accorder un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen circonstancié de sa situation ;

- le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision litigieuse méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 9 de la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité marocaine, née le 1er décembre 1976, est entrée sur le territoire national, selon ses déclarations, le 10 mai 2018, sous couvert d'un passeport marocain en cours de validité et d'une carte de résident longue durée UE valable jusqu'au 21 septembre 2021, délivrée par les autorités espagnoles. L'intéressée a sollicité, le 23 mai 2019, son admission exceptionnelle au séjour en France au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en qualité de salarié, et au titre de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par une décision du 14 décembre 2020, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission au séjour.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 11 mai 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1°) Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. " Et aux termes de l'article R. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. La décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Elle vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-marocain. Elle précise également les éléments circonstanciés et détaillés relatifs à la situation personnelle de la requérante, en particulier au regard de ses conditions d'entrée et de séjour en France. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait et ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut qu'être écarté. En outre, et à supposer le moyen soulevé, le caractère suffisant de la motivation témoigne de ce que le préfet a procédé à un examen circonstancié de la situation de Mme C.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. " En vertu du premier alinéa de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. " Aux termes de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée aux articles L. 313-20, L. 313-21, L. 313-23, L. 313-24, L. 313-27 et L. 313-29 sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1. () ".

6. L'accord signé entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi en date du 9 octobre 1987 renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et sont nécessaires à sa mise en œuvre. Il en va notamment ainsi, pour le titre de séjour " salarié " mentionné à l'article 3 de l'accord cité ci-dessus. Il en résulte que la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour portant la mention " salarié " prévue à l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 est notamment subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la production par l'intéressé du visa de long séjour mentionné à l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il n'est pas contesté que Mme C ne dispose ni d'un visa de long séjour, ni d'un contrat de travail visé par l'administration du ministère chargé de l'emploi. Ainsi, au regard de ces seuls motifs, le préfet de la Haute-Garonne pouvait légalement, et sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser d'admettre au séjour la requérante sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain.

8. En troisième lieu, et d'une part aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Enfin, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Mme C se prévaut de la durée de sa présence en France, soit deux ans à la date de la décision attaquée, et de la présence de ses deux filles, de nationalité espagnole, sur le territoire français, dont une est mineure. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Espagne, pays dans lequel la requérante a vécu 13 ans, où ses deux filles sont nées et ont été scolarisées et où elle est titulaire d'un droit au séjour de longue durée ainsi que, le cas échéant, dans son pays d'origine, le Maroc, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et conservé d'importantes attaches, notamment ses parents et ses dix frères et sœurs, pays dont ses deux filles ont également la nationalité. Par ailleurs, l'apprentissage du français par la requérante, la production d'une demande d'autorisation de travail et d'une promesse d'embauche ne suffisent pas à démontrer une intégration particulière sur le territoire français alors que Mme C ne justifie d'aucun lien intense, stable et ancien en France. Dans ces conditions, la décision litigieuse n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le titre de séjour sollicité.

11. En quatrième lieu, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

12. Si la requérante fait valoir que sa fille mineure ne pourrait poursuivre sa scolarité en Espagne ou au Maroc, il ressort au contraire des pièces du dossier qu'ayant vécu 12 ans en Espagne et 6 ans au Maroc, Mme C ne peut sérieusement soutenir que sa fille parlerait uniquement le français, alors qu'elle a été scolarisée en Espagne jusqu'à l'âge de 12 ans. Au surplus et en tout état de cause, rien ne s'oppose à ce qu'elle soit, le cas échéant, de nouveau scolarisée dans une école francophone au Maroc. Par ailleurs, l'arrêté litigieux n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme C de sa fille mineure. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ne peut donc qu'être écarté.

13. En cinquième lieu, les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, selon lesquelles les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droit aux intéressés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 14 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par Mme C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

T. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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