jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100916 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TOUBOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 février 2021 et le 30 mars 2022, M. C B, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 février 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier Gérard Marchant lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier Gérard Marchant de faire droit à sa demande de protection fonctionnelle ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Gérard Marchant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué et le principe d'impartialité a été méconnu ;
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que sa demande aurait dû être transmise à l'agence régionale de santé ;
- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits, d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis et ne sont pas de nature à justifier la décision critiquée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et constitue une sanction déguisée dès lors que la situation de harcèlement moral dont il se prévaut est établie.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2021, le centre hospitalier Gérard Marchant, représenté par Me Duverneuil, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 avril 2023 par une ordonnance du 13 avril précédent.
M.B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2020, qui a été retiré par décision du 12 février 2021.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda,
- les conclusions de M. Daguerre de Hureaux, rapporteur public,
- et les observations de Me Touboul, représentant M. B, ainsi que celles de Me Duverneuil, représentant le centre hospitalier Gérard Marchant.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté par voie de mutation au centre hospitalier Gérard Marchant à compter du 18 juin 2019 en qualité d'attaché principal d'administration hospitalière pour occuper les fonctions de responsable des achats et de la logistique. Il a été affecté à la direction du patrimoine et de la logistique dirigée par Mme A, directrice adjointe. Le 17 janvier 2020, lors d'un entretien qu'il a sollicité auprès de la direction des ressources humaines, il a appris que plusieurs faits dans l'exercice de ses fonctions lui sont reprochés par sa hiérarchie. Par décision du 24 janvier 2020, le directeur du centre hospitalier a suspendu M. B de ses fonctions pour une durée de quatre mois au motif que " sa manière défaillante de servir altère fortement le fonctionnement du service et justifie l'ouverture d'une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle à son encontre ". Par courrier du 28 janvier 2020, M. B a sollicité auprès du directeur général du centre hospitalier le bénéfice de la protection fonctionnelle, qui lui a été refusé par décision du 7 février 2020. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 7 février 2020 par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Gérard Marchant lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle et d'enjoindre à ce dernier de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans sa version applicable au litige, " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire () bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Et l'article L.6143-7 du code de la santé publique dispose que " Le directeur exerce son autorité sur l'ensemble du personnel dans le respect des règles déontologiques ou professionnelles qui s'imposent aux professions de santé, des responsabilités qui sont les leurs dans l'administration des soins et de l'indépendance professionnelle du praticien dans l'exercice de son art ".
3. Il résulte de ces dispositions que, si la protection fonctionnelle n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Il résulte du principe d'impartialité que le supérieur hiérarchique mis en cause à raison de tels actes ne peut régulièrement, quand bien même il serait en principe l'autorité compétente pour prendre une telle décision, statuer sur la demande de protection fonctionnelle présentée pour ce motif par son subordonné. Lorsque le directeur d'un établissement public de santé, à qui il appartient en principe de se prononcer sur les demandes de protection fonctionnelle émanant des agents de son établissement, se trouve en situation de ne pouvoir se prononcer sur une demande sans méconnaître les exigences qui découlent du principe d'impartialité, il lui appartient de transmettre la demande au directeur général de l'Agence régionale de santé dont relève son établissement, pour que ce dernier y statue.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment de la demande lapidaire de protection fonctionnelle du 28 janvier 2020 formulée par M. B et de son courriel du 3 février 2020, que ce dernier a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison de faits de harcèlement moral qu'il reproche, à ce stade de la procédure, à Mme A, sa supérieure hiérarchique directe. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que le directeur général du centre hospitalier n'était pas, à la date de la décision attaquée, mis en cause personnellement par M. B. D'autre part, si le directeur du centre hospitalier avait manifesté une prise de position en faveur de Mme A dans le conflit l'opposant à M. B et a indiqué, dans son courrier du 7 février 2020, qu'en l'état du dossier, il ne pouvait pas réserver une suite favorable à la demande de protection fonctionnelle de M. B, il ressort des pièces du dossier qu'il a cependant diligenté une enquête administrative dont il n'est pas allégué qu'il n'en aurait pas tenu compte par la suite. Dans ces conditions, le directeur général du centre hospitalier, qui est par principe l'autorité compétente pour prendre une telle décision, a pu légalement et sans méconnaître le principe d'impartialité statuer sur la demande de protection fonctionnelle présentée le 28 janvier 2020 par M. B, la circonstance que, postérieurement à la décision attaquée, M. B ait directement et personnellement mis en cause le directeur général étant sans effet sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du vice de procédure et de la méconnaissance du principe d'impartialité doivent tous être rejetés.
5. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 susvisé : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".
6. Il résulte de ces dispositions que pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, des difficultés relationnelles ne sont pas constitutives de harcèlement moral. Il appartient alors à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. M. B soutient que, dans l'exercice de ses fonctions, il a été victime de pressions, de remarques désobligeantes, de propos à caractère raciste, dévalorisants et humiliants, de demandes contradictoires, de menaces et de violences verbales répétées. En produisant à l'appui de sa requête les échanges de courriels avec sa supérieure hiérarchique en date du 7 janvier 2020, dans lesquels Mme A le compare à une personne nécessitant des soins psychiatriques, le requérant établit que Mme A a dépassé, à cette occasion, les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Toutefois, les autres pièces du dossier et notamment la plainte qu'il a déposée à l'encontre de Mme A, les témoignages qu'il produit à l'appui de sa requête, les courriels de son épouse et même la note interne, à supposer qu'elle ait été transmise à l'intéressée, ne permettent pas de retenir que Mme A a dépassé les limites de l'exercice normal de son pouvoir hiérarchique à d'autres occasions ni d'ailleurs qu'elle aurait tenu des propos racistes à son encontre. De même, les éléments produits en défense par le centre hospitalier notamment le rapport rédigé par Mme A le 8 janvier 2020, les décisions prises à l'encontre de M. B et les témoignages des agents du centre hospitalier montrent que les relations entre M. B et sa supérieure hiérarchique directe étaient tendues sans pour autant permettre d'étayer les allégations de M. B sur l'existence d'une situation de harcèlement ou d'insulte à caractère raciste. Dans ces conditions, et alors même que des difficultés relationnelles entre M. B et sa supérieure hiérarchique directe existaient, l'existence d'un fait isolé, au demeurant inacceptable de la part d'une cadre dirigeante, n'est pas suffisant pour permettre de caractériser une situation de harcèlement moral ou à caractère raciste. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le centre hospitalier a commis une erreur de fait ni une erreur d'appréciation ni une erreur de droit ou qu'il aurait pris une sanction déguisée, en lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée à la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Gérard Marchant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B en application de cet article. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier Gérard Marchant présentée sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au centre hospitalier Gérard Marchant.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
La rapporteure,
V. JORDALe président,
D. KATZLa greffière,
C. CASTRILLO
La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026