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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101066

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101066

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantESCUDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2021, M. A C, représenté par Me Escudier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient, outre que la requête est recevable, que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il appartenait au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation de travail ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile des étrangers ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Haute-Garonne soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une décision du 23 avril 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 15 novembre 1986, est entré sur le territoire français le 16 septembre 2010 muni d'un visa long séjour " étudiant ". A compter du 4 octobre 2011, il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire d'un an mention " étudiant ", renouvelée jusqu'au 30 septembre 2014. M. C a sollicité le 4 juillet 2019 son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié. Par arrêté du 1er février 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de renvoi. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée cite les textes dont il est fait application, et précise les éléments significatifs de la situation de M. C. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment motivé sa décision. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié ". () / Ces titres de séjour confèrent à leurs titulaires le droit d'exercer en France la profession de leur choix. Ils sont renouvelables de plein droit ". Aux termes de l'article 7 quater du même accord : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". En vertu du point 2.3.3 du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008 : " () le titre de séjour portant la mention " salarié ", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'Accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent Protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".

6. Il résulte des stipulations précitées que la délivrance aux ressortissants tunisiens d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour et d'un contrat visé par les services en charge de l'emploi.

7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé, pour refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, sur la circonstance que celui-ci ne produisait pas de promesse d'embauche ni de demande d'autorisation de travail, et ne présentait aucune perspective d'insertion professionnelle. Par ailleurs, la circonstance que le requérant verse aux débats une promesse d'embauche et un formulaire de demande d'autorisation de travail, établis postérieurement à la décision attaquée, est sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de droit en fondant la décision attaquée sur l'absence d'autorisation visée par les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1, la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ". Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien susvisé : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Ces stipulations ne font pas obstacle à la délivrance d'une carte de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-14 à un ressortissant tunisien qui ferait valoir que sa demande répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. M. C se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, de son intégration professionnelle, de sa maitrise de la langue française et du fait qu'il est titulaire d'un Master II Micro et Nano systèmes de l'université de Toulouse III. Ces circonstances, à les supposer établies s'agissant notamment de son ancienneté de présence, ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels pour l'application des dispositions de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article L. 313-14 et notamment en justifiant par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. Au regard des développements qui précèdent, la commission du titre de séjour n'avait pas à être consultée sur la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Si M. C, qui est célibataire et sans charge de famille, soutient avoir tissé des liens sociaux et amicaux forts sur le territoire français, il n'en justifie pas. Le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie où réside sa mère et où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. S'il se prévaut de la présence régulière en France de sa sœur, il n'établit pas l'intensité des liens avec cette dernière. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressé, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

14. Les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le seul moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée, et tiré du défaut de base légale de cette décision, en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour, doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. C à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Les conclusions à fin d'annulation de M. C étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

17. Les conclusions de M. C tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Escudier et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

B. D

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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