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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101077

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101077

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOLINSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 25 février 2021, le président du tribunal administratif de Bastia a renvoyé au tribunal administratif de Toulouse le dossier de la requête de M. C A B, enregistrée le 24 février 2021 au tribunal administratif de Bastia.

Par cette requête, M. C A B, représenté par Me Solinski, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2021 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a procédé au retrait de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire et qu'il n'a ainsi pas été mis en mesure de produire son contrat de travail ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il est titulaire d'un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " valable jusqu'au 15 octobre 2022 et bénéficie d'un contrat de travail ;

- le préfet, qui s'est estimé en situation de compétence liée et n'a effectué aucune recherche en ce qui concerne sa situation, a commis une erreur de droit ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est insuffisamment motivé ;

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2021, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant marocain, est entré en France le 16 octobre 2019 sous couvert d'un visa de trois mois et a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 16 octobre 2019 au 15 octobre 2022. M. A B a fait l'objet, le 23 février 2021, d'un contrôle par la police aux frontières et le préfet de la Corse-du-Sud a pris à son encontre, le même jour, un arrêté portant retrait de son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant son pays de renvoi. Par la présente requête, M. A B a demandé au tribunal l'annulation de cet arrêté. Par un jugement du 2 mars 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal a annulé les décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de destination et a renvoyé les conclusions à fin d'annulation de la décision retirant le titre de séjour de M. A B devant une formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions tendant à l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 25 mai 2021, M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. (). ".

4. La décision par laquelle le préfet retire d'office à un étranger son titre de séjour doit être précédée de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal établi le 23 février 2021 par les services de la police aux frontières, que M. A B a été retenu et auditionné, à deux reprises, le même jour dans le cadre de la vérification de son droit au séjour. Il a été informé, lors de l'audition qui a débuté à 12 heures 40, que la préfecture allait engager une procédure contradictoire visant au retrait de son titre de séjour, en raison du " non respect des conditions prévues lors de la remise de son titre de séjour saisonnier ", et a été invité à présenter des observations. Ce procès-verbal a été signé par M. A B à 12 heures 45. La notification de l'arrêté attaqué est intervenue le jour même à 15 heures 50. Le délai de trois heures et cinq minutes dont le requérant a disposé pour présenter des observations ne peut être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme suffisant. Dans ces conditions, M. A B est fondé à soutenir qu'il a effectivement été privé de la garantie que constitue le respect de la procédure contradictoire prévue par les dispositions citées ci-dessus et, partant, que la décision de retrait en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 février 2021 par laquelle le préfet de la Corse-du-Sud a procédé au retrait de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement qui annule la décision de retrait du titre de séjour de M. A B n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. D'une part, M. A B n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocat de M. A B n'a pas demandé que lui soit versée la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle de M. A B.

Article 2 : La décision du préfet de la Corse-du-Sud en date du 23 février 2021 portant retrait du titre de séjour de M. A B est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C F A B, à Me Solinski et au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

V. E

L'assesseure la plus ancienne,

M. DLa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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