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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101110

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101110

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 février 2021, 13 mai et 29 août 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Beguerat, représentée par Me Soler-Couteaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le maire de Castelnau-d'Estrétefonds s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 1er décembre 2020 en vue de la création et de la modification d'ouvertures en façade, et du ravalement de façades, d'un bâtiment sis, 21, rue du Capech ;

2°) d'enjoindre au maire de Castelnau-d'Estrétefonds de lui délivrer une décision de non-opposition, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Castelnau-d'Estrétefonds le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucune régularisation des travaux réalisés n'était nécessaire, en l'absence de changement de destination de l'immeuble ;

- les travaux réalisés ne méconnaissent pas les dispositions de l'article UA.12 du plan local d'urbanisme relatives aux règles de stationnement, dès lors qu'ils ne portent pas sur une construction nouvelle et n'entraînent pas de changement de destination ;

- le projet déclaré ne méconnaît pas l'article 3.3.11 du règlement de la zone BM du plan de prévention des risques naturels " inondations et glissements de terrain " approuvé le 20 décembre 2007, dès lors que les travaux en cause ne portent pas sur l'aménagement interne de constructions existantes et sont étrangers à tout changement de destination.

Par des mémoires enregistrés les 30 mars et 12 juillet 2022, la commune de Castelnau-d'Estrétefonds, représentée par Me Dunyach, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SARL Beguerat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frindel ;

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public ;

- les observations de Me Vienne, représentant la SARL Beguerat ;

- et les observations de Me Abadie de Maupeou, représentant la commune de Castelnau-d'Estrétefonds.

Une note en délibéré, enregistrée au greffe du tribunal le 6 novembre 2023, a été présentée pour la commune de Castelnau-d'Estrétefonds et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 mai 2019, le maire de Castelnau-d'Estrétefonds (31) ne s'est pas opposé à la déclaration de travaux déposée le 26 mars 2019 par la société à responsabilité limitée (SARL) Beguerat, en vue de la création et de la modification d'ouvertures en façade, côté rue, et du ravalement de façades, d'un bâtiment sis 21, rue du Capech. Le 1er décembre 2020, la société requérante a déposé une déclaration préalable concernant la création d'ouvertures en façade, côté jardin, et le ravalement de façades, du même bâtiment. Par une décision du 25 janvier 2021, le maire de Castelnau-d'Estrétefonds s'est opposé à cette déclaration. Par la présente requête, la SARL Beguerat demande au tribunal d'annuler la décision du 25 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : / () c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () / Pour l'application du c du présent article, les locaux accessoires d'un bâtiment sont réputés avoir la même destination que le local principal ". Si l'usage d'une construction résulte en principe de la destination figurant à son permis de construire, lorsqu'une construction, en raison de son ancienneté, a été édifiée sans permis de construire et que son usage initial a depuis longtemps cessé en raison de son abandon, l'administration, saisie d'une demande d'autorisation d'urbanisme, ne peut légalement fonder sa décision sur l'usage initial de la construction. Il lui incombe d'examiner si, compte tenu de l'usage qu'impliquent les travaux pour lesquels une autorisation est demandée, celle-ci peut être légalement accordée sur le fondement des règles d'urbanisme applicables. Doit être regardée comme une construction destinée à l'habitation, au sens des articles R. 151-27 et R. 151-28 du code de l'urbanisme, un édifice destiné, compte tenu de ses caractéristiques propres, à l'habitation, sans que la circonstance qu'il n'aurait pas été occupé, même durant une longue période, soit par elle-même de nature à changer cette destination.

3. D'autre part, lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation.

4. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la SARL Beguerat, le maire de Castelnau-d'Estrétefonds s'est tout d'abord fondé sur le motif tenant à ce que des travaux, consistant en un changement de destination et en la création de trois logements, ont été réalisés dans l'immeuble en cause sans autorisation et en violation de la décision de non-opposition à déclaration préalable délivrée le 23 mai 2019, et n'ont pas été régularisés par le dépôt d'une demande de permis de construire. Compte tenu de l'ancienneté de l'immeuble en litige, édifié au milieu du 19e siècle sans permis de construire, sa destination ne peut se déduire que de son usage et de ses caractéristiques propres. Or, tant l'acte de vente notarié du 5 mars 1974 que celui du 20 juin 2019, mentionnent une affectation à usage d'habitation. Cette destination est corroborée par les caractéristiques propres du bien, lequel est pourvu d'ouvertures en nombre suffisant et espacées de manière régulière et comporte du parquet à l'étage. S'il ressort des pièces du dossier qu'une partie de l'immeuble a été utilisée comme local commercial par un de ses anciens propriétaires, cette affectation temporaire n'a pas été de nature à lui faire perdre sa destination d'habitation. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que la création de plusieurs logements à l'intérieur de ce bâtiment n'a procédé irrégulièrement à aucun changement de destination. Par ailleurs, si de tels travaux doivent respecter les règles d'urbanisme qui leur sont applicables, ils ne sont soumis à aucune formalité au titre du code de l'urbanisme en application des dispositions de l'article R. 421-13 de ce code, de telle sorte que l'éventuelle méconnaissance de ces règles n'est pas susceptible de fonder un refus de permis de construire ou une opposition à déclaration préalable, ni de nature à faire regarder ces travaux comme contraires à une autorisation d'urbanisme antérieure. Ainsi, les travaux d'aménagement intérieur à l'origine de la création de trois logements, en cause dans la présente affaire, ne méconnaissent pas la décision de non-opposition du 23 mai 2019. Il s'ensuit que la SARL Beguerat n'était pas tenue de les régulariser par le dépôt d'une demande de permis de construire en application des dispositions du c) de l'article R. 421-14 précitées du code de l'urbanisme.

5. En deuxième lieu, les dispositions de l'article UA.12 du règlement écrit du plan local d'urbanisme de la commune de Castelnau-d'Estrétefonds imposent, pour les habitations collectives, la création d'une place de stationnement pour véhicule par tranche de 70 mètres carrés de surface de plancher, avec un minimum d'une place par logement, ainsi qu'un espace couvert et clos destiné au stationnement sécurisé des vélos d'une superficie de 1,5 mètre carré par logement. Elles précisent qu'elles " s'appliquent aux constructions nouvelles, changements de destination, changements d'affectation et extensions, ainsi qu'aux opérations d'ensemble composées de plusieurs logements ".

6. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la SARL Beguerat, le maire de Castelnau-d'Estrétefonds a estimé que les travaux déjà réalisés méconnaissent les dispositions de l'article UA.12 précité relatives aux habitations collectives, dès lors qu'ils n'ont prévu que six places de stationnement et aucun local à vélos. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, les travaux d'aménagement intérieur ayant conduit à la création de trois logements dans le bâtiment existant, ne nécessitaient aucune autorisation d'urbanisme et n'ont donc pas méconnu la décision de non-opposition du 23 mai 2019. Par suite, le maire de Castelnau-d'Estrétefonds ne pouvait légalement s'opposer à la déclaration préalable en litige en invoquant le principe jurisprudentiel rappelé au point 3, au motif que ces travaux n'ont pas été régularisés et que le projet tel que réalisé méconnaît les dispositions de l'article UA.12 précité. En tout état de cause, et ainsi qu'il a été dit précédemment, la destination de l'immeuble n'a pas été modifiée, et il ne ressort pas des pièces du dossier que ces travaux, qui ne concernent qu'un seul bâtiment, auraient consisté en une opération d'ensemble, non plus d'ailleurs qu'en une construction nouvelle, un changement d'affectation ou une extension, de telle sorte que les dispositions précitées ne leur sont pas applicables.

7. En troisième et dernier lieu, l'article 3.3.11 du règlement de la zone Bm du plan de prévention des risques naturels " inondations et glissements de terrain " de la commune de Castelnau-d'Estrétefonds, approuvé le 20 décembre 2007, conditionne le changement de destination et les aménagements internes des constructions existantes à la " réalisation d'une étude géotechnique préalable définissant les mesures de stabilisation () ou de protection contre les coulées boueuses () à mettre en œuvre ". Il est également prescrit d'" assurer la maîtrise des rejets d'eaux pluviales ou usées et [d']éviter toute injection d'eau dans le terrain () ".

8. L'arrêté attaqué est enfin fondé sur la circonstance que le projet méconnaît les dispositions citées au point précédent, dès lors que les pièces du dossier de déclaration préalable ne font pas apparaître qu'il prévoirait des mesures de stabilisation ou de protection contre les coulées boueuses et qu'il permettrait d'assurer les rejets d'eaux pluviales ou usées et d'éviter toute injection d'eau dans le terrain. Toutefois, et d'une part, le projet, tel que déclaré le 1er décembre 2020, à savoir la création et la modification d'ouvertures en façade et le ravalement de façades de la construction existante, ne peut être assimilé à un changement de destination ou à un aménagement interne d'une construction existante. D'autre part, et ainsi qu'il a été dit, les travaux d'aménagement intérieur déjà menés à terme, s'ils devaient respecter les règles d'urbanisme qui leur sont applicables, ne nécessitaient aucune autorisation d'urbanisme et n'ont pas été réalisés en méconnaissance de la décision de non-opposition du 23 mai 2019, de telle sorte que le maire de Castelnau-d'Estrétefonds ne pouvait en tout état de cause pas s'opposer au projet en invoquant le principe rappelé au point 3 du présent jugement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Beguerat est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 janvier 2021 du maire de Castelnau-d'Estrétefonds.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

11. Lorsque le juge annule une opposition à déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

12. Le présent jugement censure l'ensemble des motifs opposés par le maire de Castelnau-d'Estrétefonds à la demande de la SARL Beguerat. Il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme en vigueur à la date de la décision attaquée interdiraient d'accueillir les conclusions à fin d'injonction présentées par la société requérante ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Castelnau-d'Estrétefonds de délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 1er décembre 2020 par la SARL Beguerat, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL Beguerat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Castelnau-d'Estrétefonds sur leur fondement. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Castelnau-d'Estrétefonds le versement de la somme demandée par la SARL Beguerat au titre des frais exposés par elle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 janvier 2021 du maire de Castelnau-d'Estrétefonds est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Castelnau-d'Estrétefonds de délivrer à la SARL Beguerat une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 1er décembre 2020 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par la SARL Beguerat et par la commune de Castelnau-d'Estrétefonds sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Beguerat et à la commune de Castelnau-d'Estrétefonds.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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