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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101115

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101115

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2021, M. B E, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 30 novembre 2020 par laquelle la préfète de l'Ariège a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour et a refusé de lui renouveler le récépissé de cette demande ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de renouveler son titre de séjour et, dans l'attente, de lui renouveler son récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'administration lui a accordé un titre de séjour constamment renouvelé malgré l'absence de justificatif de sa nationalité ; il a entrepris l'ensemble des démarches pour se voir reconnaître la nationalité d'origine de son père ou de sa mère ainsi que les démarches en vue de solliciter une nouvelle demande d'apatridie ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2021, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 18 avril 1987, est arrivé en France le 10 novembre 2005. Il a sollicité le bénéfice de l'asile, le 12 janvier 2006, mais sa demande a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 22 octobre 2009. L'intéressé a fait l'objet d'un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français, confirmé par le tribunal administratif de Montpellier par un jugement en date du 18 mars 2009. Le 10 août 2011, Le requérant a présenté une demande tendant à la reconnaissance du statut d'apatride, rejetée par une décision de l'OFPRA en date du 31 mai 2012. Le 13 mars 2012, M. E a bénéficié d'un titre de séjour en qualité " d'étranger malade ", régulièrement renouvelé. Le 14 février 2017, l'intéressé s'est marié avec Mme A D, ressortissante française. Depuis lors, il a bénéficié d'une carte de séjour " vie privée et familiale " régulièrement renouvelée jusqu'au 23 août 2020. Le 7 juillet 2020, le requérant a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un courrier en date du 6 octobre 2020, la préfète de l'Ariège lui a accordé un délai d'un mois pour compléter sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par une décision en date du 30 novembre 2020, la préfète de l'Ariège l'a informé du renouvellement de son récépissé pour une durée de trois mois afin de poursuivre ses démarches et qu'à défaut de justifier de sa nationalité, son dossier serait classé sans suite et son récépissé ne serait pas renouvelé conformément à l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. E demande au juge l'annulation de cette décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 25 mai 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. E le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. "

4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Lorsque l'autorité compétente envisage de prendre une mesure qui prive un étranger du droit au séjour en France, il lui incombe notamment de s'assurer, en prenant en compte l'ensemble des circonstances relatives à la vie privée et familiale de l'intéressé, que cette mesure n'est pas de nature à porter à celle-ci une atteinte disproportionnée.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour " classer sans suite " la demande de M. E, la préfète de l'Ariège s'est fondée sur le motif tiré de ce que, si celui-ci a présenté des documents en vue de justifier de son état civil, il n'a en revanche pas justifié de sa nationalité ainsi que l'exige pourtant l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte également des pièces du dossier que M. E est entré en France, selon ses déclarations, le 10 novembre 2005 et qu'il s'est vu délivrer un titre de séjour en 2012, régulièrement renouvelé jusqu'au 23 août 2020. Ainsi, à la date de la décision en litige, M. E, résidait régulièrement depuis neuf ans en France avec sa femme et ses enfants, de nationalité française, nés en 2017 et 2019 et où il travaillait régulièrement en intérim de sorte que le centre de ses intérêts personnels et familiaux se trouve désormais en France. A cet égard, les faits commis par M. E, ayant donné lieu à des condamnations pénales en 2009, 2011 et 2015, pour répréhensibles qu'ils soient, ne sont pas de nature à faire obstacle à la délivrance d'un titre de séjour au requérant, ce qui n'est au demeurant pas soutenu par la préfète. En outre, s'il est constant que M. E n'a produit aucun document lui permettant de justifier sa nationalité à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'intéressé a toujours et constamment indiqué, depuis son arrivée sur le territoire national et dans le cadre de ses différentes démarches administratives, être né le 18 avril 1987 à Bakou, d'un père arménien et d'une mère azérie et n'avoir jamais possédé d'autre document qu'une copie de son acte de naissance. Il résulte également de l'instruction que M. E a déposé une demande de reconnaissance de la qualité d'apatride dès le 10 août 2011, rejetée le 31 mai 2012 et qu'il justifie avoir depuis accompli, par l'intermédiaire de son conseil, des démarches auprès des ambassades d'Arménie et d'Azerbaïdjan, soit les deux États dont il est susceptible d'être ressortissant, ayant fait l'objet respectivement, d'une réponse défavorable et d'une absence de réponse, ainsi qu'une nouvelle demande de reconnaissance de la qualité d'apatride en date du 7 décembre 2020. Au regard des éléments caractérisant la situation particulière de M. E, alors que l'administration n'a remis en cause, lors de la délivrance antérieure des titres de séjour dont il a été titulaire depuis 2012, aucune des informations relatives à l'identité et l'état civil dont il se prévaut, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la décision en litige le prive de son droit au séjour en France, doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de la décision 30 novembre 2020 par laquelle la préfète de l'Ariège a " classé sans suite " sa demande de renouvellement de titre de séjour et a refusé de renouveler le récépissé de cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. L'annulation prononcée par le présent jugement, compte tenu du motif retenu, implique que la préfète de l'Ariège réexamine la demande de M. E de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement au conseil de M. E d'une somme globale de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour Me Benhamida de renoncer au bénéfice de la contribution de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. E.

Article 2 : La décision de la préfète de l'Ariège en date du 30 novembre 2020 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de réexaminer la demande de M. E de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Benhamida une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Benhamida de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E, à Me Benhamida et à la préfète de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le président-rapporteur,

T. C

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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