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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101314

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101314

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2021, M. A C, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 8 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues pour les demandeurs d'asile ;

3°) d'enjoindre à titre principal à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 7 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ; en particulier, il ne résulte pas de la motivation que sa vulnérabilité ait été prise en compte ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une procédure contradictoire ;

- elle méconnait le droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence négative et d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est incompatible avec les objectifs de la directive 2013/33 UE du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 n° 428530, 428564, et notamment son point 11 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérien né le 15 février 1999, est entré sur le territoire français le 1er novembre 2019 et a déposé une demande d'asile le 8 janvier 2021. Par une décision du 8 janvier 2021, dont M. C demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 23 avril 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :

Sur le cadre juridique applicable :

4. La directive visée ci-dessus du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ". Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant ces dispositions : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables.".

5. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : ()/ 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. " et aux termes de l'article D.744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : ()/ 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; ".

Sur l'examen des moyens invoqués par M. C :

6. En premier lieu, la décision attaquée mentionne que l'intéressé n'a pas respecté, sans motif légitime, le délai de 90 jours après son entrée en France au cours duquel une demande d'asile doit être déposée, si bien qu'en application des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice des conditions matérielles lui a été refusé. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, contrairement à ce qu'il soutient, il ressort des pièces du dossier que le 8 janvier 2021, M. C a bénéficié d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité avec un agent de l'OFII en présence d'un interprète en langue anglaise. Dans ces conditions, le vice de procédure tiré du défaut d'entretien préalable, qui manque en fait, doit être écarté.

8. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser de sa propre initiative un entretien avec l'intéressé ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, applicables en l'espèce dès lors que les conditions matérielles d'accueil ont été refusées à l'intéressé après le 1er janvier 2019 : " () le bénéfice de celles-ci peut être : () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ". Aux termes de l'article D. 744-38 du même code, dans sa rédaction applicable : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ". Si le droit d'être entendu implique, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'avant de prendre à l'encontre d'un demandeur d'asile une décision de retrait des conditions matérielles d'accueil, l'autorité administrative mette l'intéressé à même de présenter des observations, ce droit n'exige pas qu'une telle procédure contradictoire soit conduite préalablement à l'édiction d'une décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil.

10. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 7, qu'un entretien de vulnérabilité a été conduit par l'OFII avec M. C, avant que lui soit notifié le refus litigieux. Dès lors, le requérant n'établit ni même n'allègue avoir été privé de la possibilité de faire valoir des éléments pertinents sur sa situation avant l'édiction de la décision attaquée. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et de la méconnaissance du principe du contradictoire doivent être écartés.

11. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée du 8 janvier 2021 ni d'aucune autre pièce du dossier que l'OFII aurait méconnu l'étendue de sa compétence en refusant automatiquement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C, sans examiner sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence négative doit être écarté.

12. En cinquième lieu, pour refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII s'est fondé sur la circonstance que celui-ci, entré en France le 1er novembre 2019, avait sans motif légitime déposé tardivement sa demande d'asile le 8 janvier 2021. Si M. C soutient avoir eu de grandes difficultés à obtenir des informations sur le droit d'asile en France, ces allégations ne sont corroborées par aucune pièce du dossier. En outre, il ne ressort d'aucun des éléments versés au dossier que la décision attaquée placerait le requérant dans une situation de grande vulnérabilité et de grande précarité. Ainsi, la demande d'asile présentée le 8 janvier 2021 était tardive. C'est dès lors à bon droit que le directeur territorial de l'OFII a pu, pour ce motif, refuser à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

13. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'entretien relatif à sa vulnérabilité et de l'évaluation de sa situation personnelle que M. C est célibataire, n'a pas d'enfant à charge et ne rencontre pas de problème de santé. Par ailleurs, il ne produit dans la présente instance aucun élément de nature à établir qu'il serait particulièrement vulnérable. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant les conditions matérielles d'accueil serait entachée d'erreur d'appréciation.

14. En septième et dernier lieu, les dispositions de l'article L. 744-8 transposent en droit interne les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale. Le cas de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil qu'elles prévoient correspond à l'hypothèse fixée au paragraphe 2 de l'article 20 de la directive qui énonce que les Etats membres peuvent " limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'Etat membre ". Par suite, le cas de refus prévu au 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas, dans son principe, incompatible avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE.

15. Par ailleurs, si le Conseil d'Etat a jugé, par une décision du 31 juillet 2019 annulant pour excès de pouvoir les 12° et 14° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018 relatif aux conditions matérielles d'accueil, respectivement codifiés sous les articles D. 744-37-1 et D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " qu'en créant des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et en excluant, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018, s'avèrent incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ", ce motif porte exclusivement sur les dispositions de l'article L. 744-7 en tant qu'elles créent " des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil ", et sur les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 en tant qu'elles excluent, " en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions ". Ce motif ne porte donc pas sur les dispositions du 2° de l'article L. 744-8, qui n'instituent, ni un " cas de retrait ", ni un cas de refus de plein droit des conditions matérielles d'accueil, mais un cas où, aux termes du premier alinéa et du 2° de l'article L. 744-8, le bénéfice de ces conditions " peut " être " refusé ".

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de la décision du 8 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Mercier et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

La rapporteure,

B. D

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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