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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101455

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101455

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLASSUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Société d'expertise comptable castanéenne (SECCAS), représentée par Me Lassus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2020 par laquelle le directeur régional des finances publiques de Midi-Pyrénées et du département de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de remise gracieuse ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société SECCAS soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a fait preuve d'efforts pour régler sa dette malgré la dégradation de sa situation financière causée par le contexte sanitaire lié à l'épidémie de Covid-19.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 16 juin 2021 et le 14 avril 2023, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société d'expertise comptable castanéenne ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Société d'expertise comptable castanéenne (SECCAS), dont le siège social est situé à Castanet-Tolosan, exerce une activité d'expertise comptable. En 2013, elle a fait l'objet d'une vérification générale de comptabilité portant sur les exercices 2010, 2011 et 2012 au titre de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée. A la suite de cette vérification, l'administration fiscale a notifié à la société SECCAS des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 30 septembre 2010 à 2012, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er octobre 2009 au 30 avril 2013 et l'amende prévue à l'article 1736 du code général des impôts au titre des exercices clos les 30 septembre 2010 et 2011. Par un jugement n° 1701520 du 25 janvier 2019, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté la requête de la société SECCAS tendant à la décharge des rappels de la taxe sur la valeur ajoutée, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de l'amende prévue à l'article 1736 du code général des impôts, mises à sa charge par un avis de mise en recouvrement du 26 février 2014. Le gérant de la société d'expertise comptable castanéenne a sollicité le 12 juillet 2019 une remise gracieuse de la plus large des majorations et pénalités restant à la charge de la société, pour un montant de 30 384,36 euros. Sa demande a été rejetée par une décision du 21 décembre 2020. Par sa requête, la société demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable ;/ 1° Des remises totales ou partielles d'impôts directs régulièrement établis lorsque le contribuable est dans l'impossibilité de payer par suite de gêne ou d'indigence ; / 2° Des remises totales ou partielles d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent sont définitives () ". Si la décision de l'administration refusant une remise gracieuse sur ce fondement peut être déférée au juge administratif par la voie du recours pour excès de pouvoir, cette décision ne peut être annulée que si elle est entachée d'incompétence, d'erreur de droit, d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation ou encore si elle est révélatrice d'un détournement de pouvoir.

3. En premier lieu, les décisions prises par l'administration sur les demandes de remise gracieuse dont elle est saisie par les contribuables n'entrent dans aucune des catégories d'actes administratifs que les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration imposent de motiver. Dès lors le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, lorsqu'elle se prononce sur des demandes de remise gracieuse d'impôt en application du 1° de l'article L. 247 précité, l'administration est tenue de ne prendre en compte que la situation financière du contribuable. En revanche, lorsqu'elle se prononce sur des demandes de remise gracieuse de pénalités en application du 2° du même article, elle doit également prendre en considération tous les éléments pertinents relatifs à la situation du contribuable.

5. La SARL Société expertise comptable castanéenne soutient que le directeur des finances publiques de la région Occitanie n'a pas procédé à un examen complet de sa situation dès lors qu'il n'a pas pris en compte les circonstances qu'elle faisait valoir. Toutefois, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la décision attaquée que l'administration fiscale n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de la société requérante. En outre, si la société SECCAS se prévaut de sa mise en liquidation judiciaire en suite de sa cessation de paiement, elle ne produit aucune pièce justifiant de la date à laquelle cette liquidation judiciaire serait intervenue et n'établit pas en avoir informé l'administration fiscale. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, la SARL Société expertise comptable castanéenne soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ni sa situation de gêne financière ni les diligences accomplies par elle pour s'acquitter du règlement de sa dette n'ont pas été pris en compte par l'administration fiscale. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que si la société requérante fait état de difficultés financières liées notamment à l'impact de la crise sanitaire liée au Covid-19 sur ses clients, les pièces produites à l'appui de la requête n'établissent pas qu'elle était dans l'impossibilité de s'acquitter des pénalités en litige dont le montant s'élève à 31 461 euros. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la société requérante, au moment de la présentation de sa demande de remise gracieuse, ait justifié une situation de gêne ou d'indigence. D'autre part, la seule circonstance que la société SECCAS ait proposé en novembre 2020 un plan d'apurement en dix échéances de sa dette est insuffisante par elle-même pour faire regarder la décision attaquée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. La société requérante n'établit pas non plus, au demeurant, qu'elle était dans l'incapacité financière de procéder au règlement de sa créance selon les modalités définies par l'administration. Dans ces conditions, la société SECCAS n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Elle n'établit pas d'avantage que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de la SARL Société expertise comptable castanéenne à fin d'annulation de la décision du 21 décembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société expertise comptable castanéenne demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la SARL Société expertise comptable castanéenne est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Société expertise comptable castanéenne et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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